Rapprochement entre la Russie et l’Algérie : liaison dangereuse pour le Maroc et l’Europe

Lavrov et Tebboune
Sergueï Lavrov et Abdelmadjid Tebboune

La Russie est annoncée en Algérie pour des exercices militaires conjoints, près de la frontière avec le Maroc. Dans le même temps, Alger joue contre l’Europe une carte énergétique similaire à celle de la Russie en posant ses conditions pour une livraison de gaz à l’Espagne et à l’Allemagne. Une liaison entre Alger et Moscou qui ne sera pas sans conséquences.

Les éléments des forces de défense russes sont attendus, en novembre prochain, en Algérie, pour des exercices militaires antiterroristes conjoints. Citant un communiqué du commandement de la région militaire du Sud, Ecsaharaui précise que «la première réunion de préparation de ces exercices antiterroristes conjoints russo-algériens prévus en novembre, s’est tenue dans la ville russe de Vladikavkaz, capitale de la République d’Ossétie».

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Des manœuvres militaires programmées sur la base d’Hammaguir, dans la région de Béchar, frontalière avec le sud-ouest marocain. Au menu de ces exercices, des déplacements tactiques visant à rechercher, détecter, traquer et procéder à l’élimination des groupes terroristes. Il a été indiqué que près de 80 soldats russes seront mobilisés pour cet exercice. Des manœuvres militaires qui interviennent dans un contexte de tension entre l’Algérie et le Maroc.

Cette même Russie, aujourd’hui devenue un allié de l’Algérie

Deux pays voisins en Afrique, comme le sont la Russie et l’Ukraine en Europe, et qui entretiennent des relations similaires, très tendues. Cette tension entre ces deux pays occidentaux a d’ailleurs débouché sur une invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette même Russie, aujourd’hui devenue un allié de l’Algérie, qui a d’ailleurs récemment sollicité Moscou pour faire face à des incendies d’envergure, déploie ses forces pour appuyer celles algériennes pour des manœuvres militaires aux frontières du Maroc.

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Ce qui ne va pas dans le sens de rassurer les autorités marocaines qui ne sont pas les seules à faire l’objet de menaces par leurs homologues algériennes. En effet, le mercredi 8 juin 2022, «l’Algérie a décidé de procéder à la suspension immédiate du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération qu’elle a conclu le 8 octobre 2002 avec le Royaume d’Espagne et qui encadrait jusqu’ici le développement des relations entre les deux pays». C’était alors l’escalade.

N’eut été l’UE, l’Algérie allait couper le robinet de gaz à l’Espagne

N’eut été l’intervention ferme de l’Union Européenne, qui y entrevoyait des pratiques d’Alger similaires à celles de Moscou qui brandit la menace énergétique contre les pays européens non favorables à sa politique, il n’est pas exclu que l’Algérie allait couper le robinet de gaz à l’Espagne. L’Union Européenne ne s’en cache pas, elle est intéressée par le gaz algérien, pays déjà relié à l’Europe via l’Espagne et l’Italie. D’ailleurs, l’Allemagne veut bénéficier du gaz algérien.

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Alors qu’il est interpellé par le journal Der Spiegel, le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, pose ses conditions. «Si l’Allemagne veut nous acheter du gaz, alors ouvrez de nouveaux gisements avec nous. Comme les Italiens avec le groupe ENI», a dit le ministre, évoquant un «programme ambitieux de 39 milliards de dollars pour accroître la production dans le secteur pétrolier et gazier d’ici 2026». En clair, si l’Europe veut davantage de gaz algérien, il faudra casser la tirelire.

Un message d’alerte lancé à l’Europe et au Maroc

Dans le même temps, l’officiel algérien a indiqué que son pays est en train de négocier avec l’Espagne sur une hausse inévitable du prix du gaz. Des conditions qui rappellent les pratiques de Vladimir Poutine qui avait exigé à ce que l’Europe paie le gaz en roubles, avant de déboucher sur une décision violente de rompre la fourniture de gaz à la plupart de ses voisins européens. Voir l’Algérie qui fricote aujourd’hui avec la Russie est synonyme d’une alerte lancée à l’Europe certes, mais aussi et surtout au voisin marocain.

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