Rama Yade et Fadela Amara remerciées : la fin de la diversité au gouvernement?

Le remaniement du gouvernement français, dimanche, a coûté leurs postes à Rama Yade et Fadela Amara, respectivement ex-Secrétaire d’Etat aux sports et ex-secrétaire d’Etat à la ville. Avec Rachida Dati aujourd’hui députée européenne, elles étaient les trois membres du gouvernement français issues de l’immigration africaine nommées en 2007. L’ouverture à la diversité du président Nicolas Sarkozy a pris un coup que ne semble pas pouvoir compenser la promotion de Jeannette Boughrab nommée secrétaire d’Etat à la jeunesse et à la vie associative.

Nicolas Sarkozy a-t-il décidé de tourner la page de l’ouverture du gouvernement français à des ministres d’origine africaine ? Parmi les victimes du remaniement ministériel de ce dimanche figurent Rama Yade, ex-Secrétaire d’Etat aux sports, et Fadela Amara qui, depuis trois ans, tenait les rennes du secrétariat d’Etat à la Ville. Les deux dernières femmes issues de l’immigration africaine du premier gouvernement Fillon-Sarkozy ont été poussées vers la sortie, ce qui laisse penser que le président français a décidé de clore l’épisode de la promotion des valeurs de la « diversité française » qu’il avait initié.

Alors qu’il recevait Barack Obama alors candidat à l’élection présidentielle américaine, il avait évoqué avec fierté Rama Yade, qu’il présentait alors comme l’équivalente française de l’ancienne secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice. A la faveur de deux remaniement ministériels, il a remercié les trois premières femmes d’origine africaine qu’il avait promues au rang de ministre. La première victime fut Rachida Dati, propulsée ministre d’Etat, ministre de la justice a qui il confia la tâche, ingrate selon certains, de conduire une réforme en profondeur de l’appareil judiciaire décriée à l’unisson par la magistrature française. Rama Yade et Fadela Amara viennent de la rejoindre dans le camp des ex-ministres. Et la promotion de Nora Berra, qui passe du poste de secrétaire d’Etat chargée des Aînés à celui de secrétaire d’Etat chargée de la Santé, et l’arrivée de Jeannette Boughrab, fille de Harkis, qui quitte la présidence de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) pour le secrétariat d’Etat à la jeunesse et à la vie associative, ne semblent pas suffire à compenser leur départ. Ce dimanche, la diversité au sein du gouvernement français a pris un sérieux coup. A l’approche de la présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a opté pour un resserrement autour de sa famille politique traditionnelle, loin de l’ouverture tous azimuts qu’il prônait au début de son mandat.

Rama Yade et Fadela Amara sanctionnées ?

La plupart des analyses publiées dimanche n’ont cependant relevé que les griefs, certes nombreux, qu’on pourrait retenir contre Rama Yade et Fadela Amara. Elles ont ainsi rappelé que Rama Yade, dont le départ du Secrétariat d’État aux Affaires étrangères aux Droits de l’homme pour celui des sports avait déjà été vu comme une sanction, a régulièrement mis à mal le principe de solidarité gouvernementale par sa liberté de parole souvent dirigée contre son propre camp. Ce qui lui a valu plusieurs recadrages dont un émanait de Nicolas Sarkozy lui-même. De sa critique de la visite, en 2007, du numéro un libyen, Mouammar Kadhafi – à qui elle avait rappelé que « notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits » – à son discours sur la méritocratie – lorsque Jean Sarkozy, un des fils du président français alors en deuxième année de droit souhaitait prendre la direction de l’Etablissement public d’aménagement de La Défense (Epad) suscitant un tollé -, il est vrai que l’ancienne secrétaire d’Etat aux Sports n’a pas retenu sa langue. Elle a même, fait unique dans ce premier quinquennat de Nicolas Sarkozy, refusé de se présenter aux élections européennes comme le souhaitait le président, où d’être parachuté dans le Val d’Oise lors des élections régionales, comme le lui proposait l’UMP, son camp. Réagissant tardivement, trois ans après les faits, elle prenait à grandes enjambées, il y a quelques jours, ses distances vis-à-vis du fameux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar. « Qu’est-ce-que vous voulez que je fasse? Que je saute sur la tribune et que je gifle le président? », déclarait-elle avant d’ajouter, sur un ton nettement plus apaisé : « Je connais suffisamment le président pour savoir que son intention n’était pas de blesser ».

Pour les admirateurs de Rama Yade, qu’elle ait pu ainsi conserver pendant trois ans sa liberté de parole est tout à son honneur. « Quel exemple éclatant de réussite sociale, politique et culturelle que celle de Rama dans la société française. Pour les noirs français, c’est un exemple à suivre au delà des beaux discours et des divergences idéologico-politiques droite-gauche. », écrivait en novembre 2009, Lucien Pambou, Conseiller municipal UMP à Alfortville et cofondateur et ancien membre du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) avec lequel il a pris ses distances parce que «le discours de victimisation» qui y était tenu ne lui convenait pas. Egalement ancien membre du CRAN, Emmanuel Ntonga ne dit pas autre chose : « Nous lui rendons hommage. Dans sa démarche, on a vu l’effort permanent d’être ministre comme tout autre membre du gouvernement, et non pas ministre des noirs. C’est cela sans doute que les Français ont apprécié chez elle. Le fait qu’elle soit une de leurs personnalité préférée ne s’improvise pas », a-t-il réagi.

Bien qu’écartée du gouvernement, l’ancienne secrétaire d’Etat aux sports continue de croire à son avenir politique. « Les postes ministériels n’appartenant, comme je l’ai toujours dit, à personne, je quitte sans regret ce gouvernement, fière du travail accompli (…) Forte du soutien que les Français m’ont toujours apporté, je retrouve ma pleine et entière liberté de parole et d’action au service de mes nouveaux engagements », a-t-elle indiqué dans un communiqué. Nicolas Sarkozy lui aurait proposé de devenir porte-parole de l’UMP en remplacement de Frédéric Lefebvre nommé au gouvernement, ce qu’elle aurait refusé.

Le plan banlieue de Fadela Amara enterré

Issue du milieu associatif et figure de la lutte contre le racisme, Fadela Amara aura de son côté bataillé durement pour tenir dans un gouvernement de droite où elle a dû assumer à contre cœur certains discours à l’égard des immigrés. On se souvient ainsi de ses critiques à l’égard des test ADN. « Je ne suis pas favorable à ça (…) Ça me heurte en tant que fille d’immigrés (…) Ce qui me gêne, c’est que ça jette l’opprobre sur les étrangers qui veulent venir chez nous », avait-elle réagi. Son dossier phare, le plan de rénovation des banlieues n’aurait pas reçu le soutien qu’elle escomptait de la part du gouvernement français. Le Premier ministre, François Fillon l’aurait même bloqué pour la punir, après qu’elle l’eut traité de « bourgeois de la Sarthe ». Son choix fin octobre, au moment du pré-remaniement, de soutenir l’ancien ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo, alors en compétition avec François Fillon pour le poste de Premier ministre, aurait définitivement scellé son sort.

Dans un communiqué, la fondatrice de l’association « Ni putes ni soumises » a déclaré avoir pu mesurer lors de son passage au gouvernement « les limites que constitue le poids de l’inertie et du sectarisme. » « A maintes reprises, je me suis exprimée avec force et tout récemment de manière lapidaire, pour faire comprendre l’urgence de la justice sociale tant attendue par les couches populaires », a-t-elle ajouté. Elle a affirmé qu’elle n’était pas déçue de quitter le gouvernement.

Le départ des deux derniers symboles de l’ouverture à la diversité brandis en 2007 par Nicolas Sarkozy s’accompagne de ceux de l’ouverture au centre et à gauche. Avec un gouvernement plus classique et mieux ancré à droite, le chef de l’Etat donne un signal fort à son électorat traditionnel, moins de deux ans avant l’élection présidentielle.