La face cachée de Jeannette Bougrab

Le président français, Nicolas Sarkozy, a nommé mardi Jeannette Bougrab à la présidence de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Elle va remplacer à ce poste Louis Schweitzer dont le mandat est arrivé à expiration. Jeune française de 36 ans, sur-diplômé et issue de l’immigration algérienne, Jeannette Bougrab va gérer les dossiers en experte, ayant elle-même connu la discrimination.

Le nom de Maleck Boutih, secrétaire national du Parti socialiste chargé des questions de société, a été un temps avancé, suscitant une énorme polémique, lorsque le patron des sénateurs UMP (Union pour un mouvement populaire), Gérard Longuet, a objecté qu’il eût été préférable de nommer « un membre du corps traditionnel français ». Nicolas Sarkozy a décidé de clore cette polémique née au sujet du remplacement de Louis Schweitzer, dont le mandat de cinq ans est arrivé à expiration, à la tête de la Haute autorité de lutte contre les discrimination (Halde). C’est une femme membre du parti de la majorité qui lui succédera. Mardi, le président français a en effet décidé de piocher dans son propre camp, et a désigné la constitutionnaliste Jeannette Bougrab à la tête de la Halde.

Jeannette Bougrab, comme son patronyme le laisse deviner, est issue de l’immigration. C’est une petite fille de Harki. Et en matière de discrimination, elle a peu de choses à apprendre. La jeune femme de 36 ans, né à Déols, dans la région de Châteauroux, dans le Berry, aurait même pu apparaître dans la rubrique « clients », des documents de la Halde. « J’ai tout cumulé; j’étais jeune femme, fille d’ouvrier, oh mon dieu, et puis fille de Harki. Ça a été des handicaps. On croit facilement qu’être femme est devenu tendance. Ce n’est pas vrai. C’est toujours aussi difficile d’être une femme. Et c’est encore plus difficile quand vous êtes fille d’ouvriers et d’immigrés», répond cette militante convaincu de l’UMP tendance gaullisme social, lorsque, mi-mars, dans une interview filmée accordée au Figaro madame en prévision de la publication de son rapport sur la lutte contre les discriminations et la promotion des talents par le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg, on lui demande ce qui lui a fait le plus souffrir.

Éradiquer la discrimination: un combat de longue halène

Âgée de 36 ans, docteur en droit public, Maître des requêtes au Conseil d’État, professeur de droit public à la Sorbonne et à Sciences Po et militante précoce des droits Humains lorsqu’elle s’engage encore lycéenne à SOS Racisme, Jeannette Bougrab, bien que surdiplômée et hyperactive aura connu sa part de discrimination. Candidate malheureuse de l’UMP aux législatives de 2007 dans le XVIIIe arrondissement de Paris, un fief de la gauche, elle doit essuyer attaques misogynes et xénophobes. Elle s’entend dire qu’elle a usé de son charme pour obtenir sa circonscription; on lui fait observer qu’elle n’a pas « assez de sang français dans les veines ».

Toutes choses qui, loin de la décourager, semblent avoir accru sa détermination à lutter contre les diverses formes de discrimination. Thème sur lequel elle a travaillé d’arrache-pied, multipliant les casquettes. Chargée au sein de l’UMP d’un rapport sur « Les discriminations dans l’accès au marché de l’emploi ». En 2002, elle rejoint le Haut conseil à l’intégration. Elle est également membre du Conseil d’Analyse de la Société, du Conseil franco-britannique, et siège au conseil d’administration de l’Institut du monde arabe.

Elle est signataire avec François Rachline, Luc Ferry, Max Gallo et quinze autres auteurs, de Qu’est-ce qu’être français ?, un livre critique sur la francité d’aujourd’hui. En janvier dernier, elle a été nommée présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances. Socialement engagée, elle milite pour une juste répartition des tâches ménagères au sein du couple. À l’application des quotas dans les entreprises, elle oppose la promotion des talents et du mérite. Elle préfère aussi parler de mobilisation positive plutôt que de discrimination positive.

Même Gérard Longuet a salué sa nomination. Jeannette Bougrab a « ce côté apaisant que je cherchais dans la fonction et donc je n’ai pas d’observation particulière autre que la satisfaction de voir qu’une institution sensible sera dirigée par quelqu’un de nuancé », a déclaré le patron des sénateurs de la majorité, cité par Europe1. Il ne reste plus que son examen de passage devant la Représentation française. « Le président de l’Assemblée nationale et le Président du Sénat sont saisis de ce projet de nomination, afin que la commission intéressée de chacune des assemblées soit en mesure, si elle le souhaite, d’auditionner Mme Bougrab, avant qu’il soit procédé à sa nomination » a indiqué la présidence française.