Malek Boutih, pas assez français pour devenir président de la Halde ?

Les propos tenus mercredi par le sénateur UMP Gérard Longuet au sujet de la candidature de Malek Boutih à la présidence de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité (Halde) suscitent une vague d’indignation en France. Le sénateur avait jugé préférable, mercredi, de nommer à la Halde quelqu’un du « corps français traditionnel » plutôt que le leader socialiste d’origine maghrébine. Tollé immédiat dans l’opposition, mais aussi au sein de la majorité.

Le président du groupe UMP au Sénat Gérard Longuet a tenté de désamorcer la polémique suscitée par ses propos tenus mercredi sur Malek Boutih. « J’ai appelé Malek Boutih », a-t-il affirmé jeudi, lors d’une intervention sur LCI, indiquant s’être expliqué avec lui sur sa candidature à la présidence à la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). « J’ai ouvert un débat (…) je n’ai pas de volonté d’agresser », s’est-il encore justifié.

Le sénateur UMP avait, dans une interview mercredi sur France Info, jugé préférable de nommer à la Halde quelqu’un du « corps français traditionnel » plutôt que le leader socialiste et ancien président de SOS Racisme Malek Boutih, dont le nom est évoqué pour succéder à Louis Schweitzer à la tête de l’institution. « La Halde, cela veut dire que c’est la France qui s’ouvre aux populations nouvelles. Schweitzer est un vieux protestant, parfait ! », avait-il expliqué, avant d’ajouter : « Si vous mettez quelqu’un de symbolique pour ouvrir la France à l’extérieur, c’est rater l’opération ». Gérard Longuet a reconnu ensuite s’être exprimé de façon « raccourcie et maladroite », mais maintenu que pour présider la Halde, il faut «quelqu’un qui soit accepté par l’immense majorité comme représentant une conscience, une intelligence, une culture, une expérience pour pouvoir dire je ne suis pas un militant de telle ou telle cause».

« Bien plus qu’un dérapage »

Les propos du sénateur UMP ont suscité un tollé immédiat dans l’opposition, mais aussi au sein de son propre camp. «Ces propos sont, bien plus qu’un dérapage, une véritable théorie raciale totalement contraire à l’idée de la nation républicaine et à l’égalité des droits entre les citoyens de toutes origines », a dénoncé l’eurodéputé et secrétaire national du Parti Socialiste (PS) Harlem Désir. Daniel Cohn-Bendit, leader d’Europe Écologie, a fait, lui, allusion au passé de militant d’extrême droite de Gérard Longuet, affirmant que le sénateur retrouvait « son histoire » qui n’était « peut-être pas la plus belle ». Quant à Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, il a appelé le premier ministre François Fillon à condamner « très fermement les propos scandaleux d’un haut responsable de l’UMP qui défigurent la République ».

Les déclarations du patron des sénateurs UMP ont également été condamnées par plusieurs associations. La présidente de Ni putes ni soumises (NPNS) Sihem Habchi s’est dite « scandalisée » par les propos qu’elle a estimés « racistes et anti-laïques ». SOS Racisme, dont Malek Boutih a été président, a dénoncé « la vision véhiculée par M. Longuet (…) qui montre la conception ethnique qu’il s’en fait et qui rappelle la France de Maurras, en contradiction avec la France républicaine qu’il est censé incarner ».

Yazid Sabeg « pas choqué »

Visiblement embarrassé, l’UMP a pris ses distances avec Gérard Longuet. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse a jugé la déclaration du sénateur « très malheureuse». « D’abord, j’ai pas compris grand-chose de ce qu’il a dit, ensuite je considère que c’est plutôt regrettable », a de son côté déclaré le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre. Le ministre de l’Écologie Jean-Louis Borloo a quant à lui estimé que Malek Boutih avait « le bon profil » pour diriger la Halde, même si ce n’était pas le « seul ».

Prenant le contre-courant des critiques, le commissaire à la Diversité Yazid Sabeg s’est dit « pas choqué » par les propos de du patron des sénateurs UMP, estimant qu’il n’a « n’a pas porté atteinte aux valeurs » de Malek Boutih. « Je connais très bien Gérard Longuet. C’est tout sauf un raciste primaire », a-t-il en outre affirmé. Le parti d’extrême droite Front national s’est quant à lui engouffré dans la polémique pour pousser sa déjà très controversée campagne pour les régionales, menée sur le thème de l’islam et l’immigration . « Je suis d’accord avec cette déclaration, ça me paraît normal. Malek Boutih est un homme d’origine immigrée, on le sait », a déclaré le président du FN Jean-Marie Le Pen .

Louis Schweitzer, qui a quitté ses fonctions de président de la Halde lundi dernier, n’a manqué de rappeler, lors de sa dernière intervention, que l’origine ethnique était la principale cause de discrimination en France.