Radio numérique au Sénégal : une révolution qui ne s’entend encore qu’à Dakar


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Radio (illustration)
Radio (illustration)

Le Sénégal est officiellement entré jeudi dans l’ère de la radio numérique terrestre (RNT). Le ministre de la Communication, Bacary Sarr, a présidé à Dakar le lancement de ce mode de diffusion, présenté comme un moyen de moderniser l’audiovisuel en préservant « l’intérêt général, le pluralisme et la qualité de l’information ». Mais pour l’instant, cette nouvelle radio ne s’entend que dans une partie du pays. La couverture et le prix des récepteurs restent les deux grandes questions en suspens.

La RNT repose sur la norme DAB+, utilisée notamment en Europe. Contrairement à la FM, où chaque station occupe sa propre fréquence, elle permet de regrouper plusieurs radios sur un même canal, appelé multiplex. Le signal est numérique, avec un son plus stable et la possibilité d’afficher des informations à l’écran. L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a mené les essais à Dakar, avec un premier service test lancé en avril 2023.

Une couverture limitée à l’ouest du pays

Selon les données publiées par l’organisation internationale WorldDAB, qui promeut cette norme, le dispositif pilote repose sur un seul site d’émission, installé dans le centre de Dakar à 80 mètres de hauteur. Trois émetteurs de 600 watts diffusent deux multiplex, soit 32 stations au total. Le signal porte à plus de 73 kilomètres. Il couvre l’ensemble de la région de Dakar et une partie de celle de Thiès, jusqu’à Kayar, Thiénaba et Nianing, sur la Petite-Côte.

Cette zone représente environ 28% de la population sénégalaise, soit un peu plus de cinq millions d’habitants. Les régions de l’intérieur, comme Tambacounda, Kédougou, Matam ou la Casamance, ne reçoivent donc pas encore ce signal. Or c’est souvent là que la radio reste le premier moyen d’information, dans des zones où la télévision et internet sont moins accessibles. L’extension du réseau vers ces régions n’a pas fait l’objet d’un calendrier public lors du lancement.

Des récepteurs encore rares

Pour écouter la RNT, il faut un poste compatible avec la norme DAB+. Les radios FM classiques, très répandues dans les foyers, les commerces et les véhicules, ne captent pas ce signal. La plupart des téléphones portables vendus sur le marché sénégalais n’en sont pas équipés non plus. La directrice générale de Télédiffusion du Sénégal (TDS SA), Aminata Sarr, a d’ailleurs placé jeudi « l’accessibilité des récepteurs » parmi les priorités de cette nouvelle étape.

Elle a aussi annoncé un « dialogue concret avec les diffuseurs sur les coûts d’accès ». La question est sensible pour les radios. Être diffusé sur un multiplex aura un prix, payé à l’opérateur. Pour les grandes stations commerciales de Dakar, la dépense peut se justifier. Pour les petites structures, elle risque de peser lourd. Aminata Sarr a toutefois précisé que le passage au numérique se fera de manière progressive, en complément de la bande FM, sans la remplacer.

Les radios communautaires face au numérique

Le paysage radiophonique sénégalais repose largement sur les radios communautaires. En 2017, le pays comptait 276 radios, dont 222 communautaires, 48 commerciales et six internationales, pour 457 fréquences FM attribuées par l’ARTP. La bande FM était déjà décrite comme saturée à l’époque. La représentante de l’ARTP, Coura Kane, a rappelé lors de la cérémonie que les fréquences constituent « une ressource rare ». La RNT doit justement permettre d’accueillir davantage de stations sans encombrer davantage la bande FM.

Mais ces radios communautaires, installées dans les villes moyennes et les zones rurales, sont précisément celles qui se trouvent hors de la zone couverte. Beaucoup fonctionnent avec des budgets réduits et un matériel limité. Leur passage au numérique dépendra donc de l’extension du réseau, mais aussi du coût de diffusion fixé par TDS SA pour chaque station. Le ministre a assuré que son département accompagnera le développement de la RNT pour renforcer la viabilité du secteur médiatique.

Un relais confié à TDS SA

Le 10 septembre 2026, l’ARTP a transféré l’infrastructure de la RNT à TDS SA, l’opérateur public de diffusion. Couro Kane a insisté jeudi sur le partage des rôles : le régulateur garde la planification et le contrôle des fréquences, tandis que l’opérateur assure l’exploitation et le développement du réseau. Selon elle, ce « passage de relais n’est pas un retrait » de l’ARTP. Le transfert comprend aussi un contrat de maintenance des équipements installés pendant la phase pilote.

Le Sénégal n’est pas le seul pays de la sous-région à tester cette technologie. Au Ghana, l’autorité nationale des communications a lancé en août 2023 une phase d’essai du DAB+ à Accra et à Kumasi, avec 18 chaînes au départ. À Dakar, les autorités présentent le Sénégal comme l’un des premiers pays d’Afrique francophone à franchir le pas.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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