Rachid Nekkaz, « la France à tous les Français »

De nouvelles têtes en politique, la France en a bien besoin et Rachid Nekkaz en fait partie. Ce chef d’entreprise et militant associatif de 34 ans, né en France de parents algériens, a annoncé sa volonté de se porter candidat aux prochaines présidentielles de 2007. Découverte.

L’engagement de Rachid Nekkaz ne date pas d’hier. Né en 1972 à Villeneuve Saint-Georges (94) de parents algériens installés en France depuis 1950, il crée en 1995 la première association d’initiation à Internet dans les quartiers populaires de Choisy-le-Roi, avec des jeunes en difficulté. Rachid Nekkaz défend aussi depuis plus de dix ans une proposition de loi qu’il veut déposer à l’Assemblée nationale pour l’inscription automatique de tous les citoyens sur les listes électorales. Pour défendre cette proposition, il a même fondé le Club des Elus « Allez France ! » et a mené campagne sur le terrain. Diplômé d’histoire et de philosophie, il est en 1998 président-fondateur de Vudunet, une web agency spécialisée dans l’édition et la démocratie électronique. La même année, il est à l’origine de la première expérience de démocratie directe sur Internet : 200 000 jeunes du monde entier ont la possibilité de poser leurs questions, via un site, aux chefs d’Etat du G7. Les questions-réponses sont publiées dans le livre Millénium, quel avenir pour l’humanité ? (éditions Robert Laffont, 2000). Rachid Nekkaz a déjà obtenu 238 promesses de signatures de maires, sur les 500 obligatoires pour pouvoir être candidat officiel à la présidentielle de 2007. Ce « citoyen-internaute » mise sur l’outil Internet qui se trouve au cœur de sa campagne mais aussi de son programme politique. Son maître-mot : l’innovation

Afrik : Pourquoi voulez-vous être candidat à la présidentielle de 2007 ?

Rachid Nekkaz : Il est dit dans la Constitution française que chaque citoyen a le droit de concourir à la formation de la loi par le biais de ses élus : j’ai essayé, mais ça n’a pas marché. Cela fait 15 ans que je me bats pour l’inscription automatique de tous les citoyens sur les listes électorales car, aujourd’hui, 14 millions de Français ne votent plus et 3,2 millions ne sont même plus inscrits sur les listes… J’ai fait une proposition de loi et, pour la défendre, j’ai fait avec mon équipe le tour des élus de France. En trois ans, j’ai convaincu 2 417 maires et 414 députés de tous bords politiques, soit 72% de l’Assemblée nationale. Malgré cela, le gouvernement et l’Elysée ne veulent pas que cette loi soit discutée. La France n’est pas démocratique au sens où un citoyen ne peut pas faire de proposition de loi. Nous avons donc atteint une limite et j’avais alors deux solutions : baisser les bras ou m’adresser directement aux électeurs pour essayer de changer les règles du jeu et faire que le citoyen puisse agir sur le politique. J’ai pensé à me présenter après le 21 avril 2002 (et le passage du Front national, parti d’extrême droite, au deuxième tour de la présidentielle, ndlr). Depuis 15 ans, j’observe en France un affaiblissement du sens civique et politique et je veux contribuer à inverser cette tendance.

Afrik : Arriverez-vous à rassembler les 500 signatures à temps pour pouvoir vous présenter officiellement ?

Rachid Nekkaz : J’ai déjà 238 promesses de maires. En novembre, j’aurais les 500 ! J’ai un avantage, celui d’avoir créé le club d’élus « Allez France ! ». Et puis, il faut savoir que 91% des maires de France n’appartiennent pas à un parti politique, pour la simple raison qu’ils n’ont pas besoin d’être appuyés par un parti pour être élus. Moi, trois jours par semaine, je vais à la rencontre des élus dans la France entière.

Afrik : Vous non plus, vous n’êtes affilié à aucun parti politique…

Rachid Nekkaz : Non, et d’ailleurs, si je suis élu, je propose un gouvernement d’union nationale car il y a de bonnes idées à prendre de tous les côtés. De Gaulle l’a fait en 1945, les Allemands le font en ce moment : c’est donc possible ! Il faut savoir innover.

Afrik : Votre slogan, c’est « Votre candidat 100% France », pourquoi ?

Rachid Nekkaz : Mon slogan veut vraiment dire « la France à tous les Français », en opposition à « la France aux Français » du Front national… Les hommes politiques font régulièrement l’amalgame entre les immigrés et ceux qui sont nés ici, notamment d’origine maghrébine. Cela montre que ce sont les jeunes beurs qui posent problème dans l’inconscient des politiques et que l’on va de plus en plus vers une remise en question du droit du sol. En ce moment, la France n’a plus confiance en elle. Il n’y a plus d’amour pour la France car on a laissé l’amour de la France aux partis d’extrême droite. Le paradoxe, c’est que ceux qui défendent les valeurs de la République et s’en réclament sont le plus souvent des étrangers ou des Français d’origine étrangère !

Afrik : Vous pensez donc, vous aussi, que la France va mal ?

Rachid Nekkaz : Le sentiment de frustration et d’injustice est généralisé : dans les campagnes, les banlieues et les villes. Aujourd’hui, plus personne ne se sent bien dans le pays : il faut écouter les gens pour répondre à leurs besoins. Je le fais à mon niveau. Je suis le seul candidat à aller voir les maires en personne. Au vu des conditions sociales, culturelles et politiques, plus personne ne se reconnaît dans les schémas actuels. En plus, il y a un réel mépris des politiques à l’égard des petites gens. On a laissé se développer en France une caste politique : on a de nos jours plus de privilégiés qu’en 1789 !

Afrik : Dans votre programme, vous parlez beaucoup de la nécessité de réhabiliter les campagnes.

Rachid Nekkaz : Il faut faire le tour de France pour prendre conscience du décalage ! Quand on vit à Paris, on ne se rend pas compte qu’il y a deux sociétés dans le pays. Dans les campagnes, il n’y a pas de services publics, les gens se sentent exclus, il y a un fort sentiment d’injustice et c’est ce qui les pousse à voter Le Pen. Les campagnes sont oubliées car peu de gens y vivent et le vivier électoral est donc faible. Il faut réintégrer les campagnes dans le pays, notamment par le biais d’Internet. Il faut numériser l’ensemble du territoire, développer l’ADSL (Internet haut débit, ndlr) et l’accès aux réseaux de téléphones portables pour rendre les campagnes intéressantes. Pour moi, l’utilisation d’Internet de façon collective et solidaire est un réel facteur d’inclusion.

Afrik : Les politiques vous connaissent-ils ?

Rachid Nekkaz : Avec mon projet de loi, ils me connaissent sous un certain angle. Maintenant, avec ma candidature, nous sommes en concurrence. Ils préfèreraient que j’intègre le giron mais aujourd’hui, c’est démodé et décalé de créer un parti politique !

Afrik : Suite aux émeutes de banlieue de l’hiver dernier, des personnalités se sont manifestées pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales pour voter en 2007. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Rachid Nekkaz : Suite à cette campagne médiatique, avec le club « Allez France ! », nous avons mené l’enquête dans 108 communes françaises. Il en ressort des taux d’augmentation des inscriptions de 7 à 32% selon les endroits, plus élevés dans les banlieues et les campagnes. Dans les banlieues, l’augmentation est observée chez les jeunes de 18-25 ans qui se sont inscrits pour dire « j’existe ». Leur prise de conscience est directement liée à la mobilisation des médias et de célébrités comme l’humoriste Jamel Debbouze ou le rappeur Joey Starr. Dans les campagnes, c’est l’inverse, l’augmentation est notable chez les plus de 45 ans qui, ainsi, expriment leur peur… Ça se radicalise des deux côtés. On observe une coupure sociologique entre les jeunes et les moins jeunes. Il n’y a plus de projets communs, d’identité commune. Dans les banlieues, le coup médiatique de certaines personnes célèbres n’a pas eu de suivi et les jeunes, qui ne se reconnaissent plus dans le schéma constitutionnel actuel, se sont sentis encore plus abandonnés. Jusqu’au 31 décembre 2006, mon objectif est d’inciter le maximum de personnes à s’inscrire sur les listes. J’ai d’ailleurs créé une association : « Je m’inscris en 2006 et je vote en 2007 ». C’est autour de cette thématique que nous allons mobiliser le réseau associatif. Aujourd’hui, on a des consommateurs, plus des citoyens. Le mot citoyen ne veut plus rien dire… il faut changer ça !

Afrik : Quelle est votre stratégie pour séduire les jeunes ?

Rachid Nekkaz : Il faut être crédible. Dans mon cas, il faut d’abord que je sois candidat officiel, avec les 500 signatures. Il faut ensuite être représentatif et être à leur écoute. Il faut sensibiliser les associations sur le terrain pour développer la conscience citoyenne dans les quartiers. Mais on ne peut pas développer une conscience citoyenne sans développer une conscience politique. J’aimerais leur rendre crédible que les élections peuvent changer leur quotidien. Les jeunes de 18 ans votent à 75 ou 80% mais dès le vote d’après, c’est terminé parce qu’ils ne voient pas de différence. Plus de 60% des jeunes de 19 à 25 ans ne votent pas.

Afrik : Quel est selon vous, l’un des premiers problèmes à régler pour leur redonner confiance ?

Rachid Nekkaz : La discrimination, avant tout autre chose. Par exemple, en ce qui concerne les offres d’emploi de l’ANPE, je suis pour un tirage au sort des candidats à compétence égale. Je suis fondamentalement contre la discrimination positive : je suis pour la combinaison des compétences et du hasard. Pareil en politique : les vertus du tirage au sort sont à combiner avec les vertus des compétences et de l’élection. On tire au sort parmi des députés élus et compétents pour éviter le copinage et les incompétences. En Grèce antique, tous les élus étaient tirés au sort parmi des aristocrates fonciers. Il faut adapter le système dans une démocratie.

Afrik : Que pensez-vous de la proposition de Ségolène Royal (parti socialiste) d’un « encadrement militaire » pour les jeunes délinquants ?

Rachid Nekkaz : Ça ne veut rien dire. Cent soixante mille jeunes sortent chaque année du système scolaire. Ce qui fait plus d’1,6 million de jeunes éjectés du système depuis que Jacques Chirac est au pouvoir. Je suis favorable à un « service citoyen » qui permettrait de considérer ces jeunes comme des citoyens à part entière et qui leur apporterait des notions de civisme tout en leur donnant une expérience professionnelle.

Afrik : Quel est votre cible ?

Rachid Nekkaz : J’ai la chance d’avoir la double nationalité franco-algérienne. Je cible donc les populations des quartiers populaires, et les jeunes de la génération Internet qui sont en train de se déconnecter. J’aimerais les pousser à s’investir en dehors d’Internet.

Afrik : Vous dites être le candidat de cette « génération Internet », justement…

Rachid Nekkaz : Je suis un pur produit de la génération Internet, dans ma façon d’appréhender les choses, de communiquer… et je m’en sers dans ma campagne. En plus d’un site officiel, j’ai développé un comité de soutien en ligne et je viens de créer mon blog. J’y explique mon programme de base qui sera enrichi par les internautes, invités à donner leur avis. C’est une démarche nouvelle. Je navigue entre différents mondes : les banlieues, les campagnes et Internet. Et je suis le seul à être dans la réalité !

Afrik : Quelle position avez-vous sur l’immigration ?

Rachid Nekkaz : Je propose une politique très claire par rapport à l’immigration. D’abord, offrir la nationalité à tous les étrangers qui sont en France depuis 10 ans et qui en font la demande. Quant à ceux qui ne souhaitent pas devenir Français, il faudrait leur accorder un droit d’avis consultatif, qui vaudrait pour toutes les élections mais ne serait pas comptabilisé dans les votes. Ensuite, régulariser tous les sans-papiers avec une carte provisoire d’un an qui serait renouvelable pendant quatre ans. Au bout de 5 ans, l’immigré serait accompagné pour retourner dans son pays, formé et digne. En fonction des retours, on émettrait des visas pour de nouveaux immigrés. C’est une sorte de « roulement » et un vrai contrat passé avec le migrant. Il faut être juste, clair et ferme.