Quand la Zambie tente de se mettre au pas dans le numérique


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Informatique (illustration)
Informatique (illustration)

En quelques mois, la Zambie a franchi deux étapes décisives dans sa transition numérique. Après avoir définitivement tourné la page du chèque au profit des paiements électroniques, le pays vient de lancer un réseau 4G privé destiné à relier l’ensemble des institutions publiques. Deux réformes qui traduisent une ambition claire : faire du numérique le socle de l’action publique et de la modernisation de l’État.

La transformation numérique n’est plus un simple slogan à Lusaka. Elle devient progressivement une réalité qui touche aussi bien les administrations que les services financiers. Le lancement de GovLink, un réseau privé 4G réservé aux institutions publiques, s’inscrit dans cette dynamique engagée depuis plusieurs années par le gouvernement zambien. Déployée sous la supervision du Smart Zambia Institute, l’agence nationale chargée de la transformation numérique, cette nouvelle infrastructure doit permettre aux administrations d’échanger des données de manière plus rapide et plus sécurisée. Le secteur de la santé a été choisi pour ouvrir la voie.

L’objectif est de connecter les hôpitaux et les centres de santé afin de généraliser les dossiers médicaux électroniques, de faciliter la télémédecine et de permettre aux médecins d’accéder en temps réel aux informations cliniques de leurs patients. Selon les autorités, cette connectivité constitue la pièce manquante d’un vaste chantier de numérisation des services de santé. Mais GovLink ne s’arrêtera pas aux structures sanitaires. Les écoles, les collectivités territoriales, les services agricoles et d’autres administrations publiques doivent progressivement rejoindre ce réseau, appelé à devenir l’épine dorsale numérique de l’État.

Une stratégie engagée depuis plusieurs années

Le lancement de GovLink n’est pas une initiative isolée. Depuis plusieurs années, le gouvernement multiplie les investissements pour réduire les fractures numériques qui freinent encore le développement du pays. Dès 2024, des terminaux satellitaires Starlink avaient été installés dans plusieurs services publics implantés dans des zones reculées. L’année suivante, les 116 collectivités locales du pays ont été raccordées au Government Wide Area Network (GWAN), un réseau gouvernemental conçu pour améliorer la circulation des informations entre les administrations.

Parallèlement, un partenariat conclu avec la compagnie nationale d’électricité ZESCO vise à étendre la connectivité vers les établissements scolaires, les centres de santé et d’autres infrastructures publiques, y compris dans les régions les moins bien desservies. La formation constitue également un pilier de cette stratégie. Depuis la fin de l’année 2025, plusieurs programmes de montée en compétences numériques sont proposés aux agents de l’administration afin de faciliter l’adoption des nouveaux outils.

Les chèques relégués au passé

La modernisation ne concerne pas uniquement les réseaux de communication. Depuis le 30 juin 2026, les chèques ont officiellement disparu des transactions publiques et privées en Zambie. Les paiements s’effectuent désormais exclusivement par des solutions numériques en temps réel. Selon l’Association des banquiers de Zambie, cette transition s’est déroulée sans perturbation majeure grâce à un important travail préparatoire mené auprès des administrations, des entreprises, mais aussi des écoles et des centres de santé en milieu rural.

Les autorités espèrent que cette réforme réduira les délais de paiement, limitera les risques de fraude et accélérera l’inclusion financière, portée notamment par l’essor des services bancaires numériques et du mobile money.

Une ambition qui dépasse la technologie

Au-delà des infrastructures, Lusaka cherche à transformer le fonctionnement même de l’administration. L’objectif est de rendre les services publics plus rapides, plus transparents et plus accessibles à une population d’environ de 22 millions d’habitants. Le défi reste néanmoins important. Selon l’E-Government Development Index (EGDI) publié par les Nations unies en 2024, la Zambie occupait la 130ᵉ place mondiale sur 193 pays. Si le pays se situait au-dessus de la moyenne africaine, il demeurait encore en retrait par rapport aux standards internationaux, notamment en matière de services publics en ligne.

Le gouvernement zambien entend désormais combler cet écart. En misant simultanément sur les infrastructures, la connectivité, la formation des agents publics et la dématérialisation des services, la Zambie affiche une stratégie cohérente : faire du numérique un véritable levier de développement économique, d’efficacité administrative et d’amélioration du quotidien des citoyens. Plus qu’une succession de réformes techniques, c’est une nouvelle manière de gouverner qui se dessine progressivement dans ce pays d’Afrique australe.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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