L’Égypte s’impose en leader africain de l’énergie éolienne


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Parc élolien dans un désert
Parc élolien dans un désert

Longtemps associée aux hydrocarbures et à la rente du canal de Suez, l’Égypte s’est hissée au rang de première puissance éolienne du continent. En exploitant le potentiel du golfe de Suez et en multipliant les mégaprojets, Le Caire ambitionne de transformer son désert oriental en pilier de sa souveraineté électrique.

Sur les rives de la mer Rouge, les parcs éoliens redéfinissent la stratégie industrielle de l’Égypte. En s’appuyant sur le couloir de vent exceptionnel du golfe de Suez, le pays a changé d’échelle en juin 2025 avec la mise en service complète du projet Red Sea Wind Energy à Ras Ghareb. D’une capacité de 650 MW, ce site s’impose comme l’un des plus grands parcs éoliens opérationnels d’Afrique et du Moyen-Orient. Porté par un consortium international réunissant Engie, Orascom Construction, Toyota Tsusho et Eurus Energy, le complexe réinjecte déjà sa production dans le réseau national via un contrat d’achat à long terme avec l’Egyptian Electricity Transmission Company.

Le golfe de Suez, nouveau centre de gravité énergétique

Cette montée en puissance repose sur des conditions géographiques optimales. Le golfe de Suez bénéficie de vents réguliers, puissants et prévisibles, indispensables à une production industrielle. Contrairement à d’autres nations africaines qui disposent de gisements comparables mais butent sur le financement ou l’infrastructure, Le Caire a su structurer un écosystème attractif  alliant sécurisation du foncier, extension des lignes haute tension et partenariats public-privé validés par les bailleurs de fonds internationaux.

Ce leadership ne s’appuie pas sur une infrastructure isolée. Le pays capitalise sur un socle préexistant, notamment les parcs de Gabal El-Zeit et de Zafarana. Dans la zone d’El Zayt, le déploiement du parc Gulf of Suez Wind Farm II, équipé de turbines de dernière génération, confirme la modernisation technique de la filière.

Un levier économique face à l’explosion de la demande

Pour le gouvernement égyptien, l’éolien est devenu un instrument macroéconomique central. Augmenter la part du renouvelable permet de soulager la consommation nationale de gaz naturel, de réduire les importations de combustibles et de libérer des volumes de gaz pour l’exportation, générant ainsi de précieuses devises étrangères. Face à une demande électrique intérieure dopée par la croissance démographique, l’industrialisation et l’urbanisation rapide, l’exploitation du vent répond à une urgence concrète.

Désormais, l’exécutif affiche son objectif de porter la part des énergies renouvelables à 42 % du mix électrique d’ici 2030. Si la dépendance au gaz naturel reste forte, cette trajectoire structure les nouveaux investissements solaires et éoliens du pays.

Une longueur d’avance dans la compétition continentale

L’Égypte devance désormais les autres puissances éoliennes du continent, au premier rang desquelles le Maroc, l’Afrique du Sud et le Kenya. Ce dernier a longtemps fait figure de référence avec le parc du lac Turkana (310 MW, opérationnel depuis 2019), mais Le Caire a pris l’avantage grâce au volume de ses investissements et à la concentration de ses infrastructures.

L’écart pourrait encore se creuser. Plusieurs projets de taille mondiale sont à l’étude, à l’image de la future centrale de 10 GW développée par le consortium Masdar, Infinity Power et Hassan Allam Utilities. Bien que ce mégaprojet soit encore en phase de développement, il positionnerait l’Égypte sur l’échiquier mondial des énergies vertes, au-delà du seul cadre africain.

Exportations européennes contre crise énergétique locale

Le Caire veut s’imposer comme un hub énergétique régional. Le pays planifie le développement d’une filière d’hydrogène vert et accélère ses projets d’interconnexions méditerranéennes. Le projet de câble sous-marin entre l’Égypte et la Grèce incarne cette volonté de devenir un pont électrique entre l’Afrique et l’Union européenne.

Cette stratégie tournée vers l’exportation se heurte toutefois à une contradiction interne majeure. Le réseau national égyptien subit des tensions chroniques, matérialisées par des vagues de délestages qui ont touché les ménages et les commerces ces dernières années. Destiner prioritairement les gigawatts du désert oriental aux industries exportatrices ou aux consommateurs européens, avant d’avoir stabilisé l’approvisionnement des habitants du Caire ou d’Alexandrie, représente un choix politique et social hautement sensible pour le pouvoir.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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