
Fin juin 2026, la Côte d’Ivoire est passée d’un risque « modéré » à un risque « faible » de surendettement, devenant le seul pays d’Afrique subsaharienne dans cette situation. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, le pays mène une politique budgétaire d’inspiration keynésienne, fondée sur des investissements publics financés par l’endettement. Cette stratégie a permis à l’économie ivoirienne de maintenir une croissance moyenne supérieure à 7 %. L’augmentation des recettes fiscales, conjuguée à une discipline budgétaire renforcée, devrait ramener les finances publiques vers l’équilibre, sans remettre en cause les investissements sociaux.
Un risque de surendettement désormais jugé faible
Le 26 juin 2026, le ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a annoncé que le FMI et la Banque mondiale avaient reclassé le risque de surendettement de la Côte d’Ivoire de « modéré » à « faible », tant pour la dette extérieure que pour la dette publique totale. Elle devient le seul pays d’Afrique subsaharienne dans ce cas.
Selon le ministère, cette amélioration tient à une capacité d’endettement renforcée, à une gestion plus active de la dette publique, mais aussi au redressement budgétaire et à la hausse des recettes fiscales. En 2025, le ratio dette/PIB a reculé pour la première fois depuis 2012, passant de 59,3% à 55,6%, selon les données utilisées par le FMI.
L’allégement de la dette au service de l’investissement
L’année 2012 marque un tournant dans la politique budgétaire ivoirienne. Arrivé au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara engage une série de réformes qui permettent au pays d’atteindre, dès l’année suivante, le « point d’achèvement » de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), conduite par le FMI et la Banque mondiale. Le pays obtient alors un allègement de dette de 4,4 milliards de dollars, qui lui donne des marges budgétaires pour financer l’investissement public. De 2011 à 2012, le ratio dette/PIB passe ainsi de 50% à 24,7%.
Le gouvernement fait alors le choix de financer par l’emprunt un vaste programme d’investissement public dans les infrastructures et les programmes sociaux, afin d’accélérer la reconstruction du pays après une décennie de crises politiques et militaires. La stratégie repose sur le principe d’une dette productive : quand l’État emprunte pour financer des infrastructures pouvant augmenter le PIB (routes, énergie, ports, industrie, agriculture), la croissance doit compenser cette hausse de l’endettement.
En 2014, le retour de la Côte d’Ivoire sur les marchés internationaux, avec l’émission de nouveaux eurobonds, traduit la confiance retrouvée des investisseurs. Économiquement, la stratégie produit les résultats attendus : la croissance dépasse les 7% par an. Le ratio dette/PIB augmente légèrement chaque année, avec une exposition accrue aux marchés étrangers, mais demeure inférieur aux critères de référence de l’UEMOA et du FMI, avec un niveau de 37,2% en 2019.
La Côte d’Ivoire mise sur les recettes fiscales pour stabiliser son endettement
En 2020, la pandémie de Covid-19 infléchit cette trajectoire. Pour soutenir les ménages, les entreprises et les secteurs les plus fragilisés, le gouvernement accroît ses dépenses publiques et recourt davantage à l’endettement. L’exécutif prolonge cette politique jusqu’en 2022 afin d’amortir les effets du choc inflationniste mondial. Fin 2022, le ratio dette/PIB atteint 56%.
Le gouvernement amorce alors un virage vers la maîtrise budgétaire. Sans renoncer aux investissements publics, l’exécutif réduit le déficit budgétaire, de 6,7% du PIB en 2022 à 3% en 2025, retrouvant ainsi les critères de convergence de l’UEMOA. Ce redressement repose principalement sur une forte progression des recettes fiscales, passées de 12,7% à près de 15% du PIB entre 2022 et 2025. Cette hausse s’explique notamment par l’élargissement de l’assiette fiscale et la modernisation de l’administration des impôts. Selon le FMI, cette consolidation budgétaire ne s’est pas faite au détriment des indicateurs sociaux : le taux de pauvreté a continué de reculer entre 2022 et 2025.
Parallèlement, les autorités réduisent le coût et les risques liés à la dette grâce à une gestion plus active : allongement des maturités, refinancement des emprunts les plus coûteux et recours accru aux prêts en euros ou en francs CFA afin de limiter le risque de change. La confiance des investisseurs reste solide : en 2024, la Côte d’Ivoire réalise une émission obligataire internationale d’environ 2,3 milliards d’euros. Selon les projections du FMI, le ratio dette/PIB devrait continuer à reculer en 2026.
Consolider les finances publiques sans freiner l’investissement
La Côte d’Ivoire vise le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030. Pour atteindre cet objectif, le Plan national de développement (PND) 2026-2030 prévoit une croissance moyenne de 7,2% par an. Celle-ci serait soutenue par d’importants investissements, dont 70,2% proviendraient du secteur privé et près de 30 % du secteur public.
Le gouvernement entend donc poursuivre sa stratégie d’investissement, notamment dans les secteurs sociaux, tout en modifiant son mode de financement : davantage de recettes internes, moins de recours à l’endettement. Cette inflexion repose sur la progression attendue des recettes fiscales, susceptibles d’atteindre 20 % du PIB à moyen terme selon le FMI. Si cette trajectoire se confirme, le pays pourrait poursuivre sa transformation économique tout en inscrivant durablement ses finances publiques sur une trajectoire soutenable.




