La Zambie veut connecter 2 500 écoles supplémentaires d’ici à fin 2026


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Une souris et un clavier d'ordinateur
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La Zambie accélère sa transition numérique dans le secteur éducatif. Le gouvernement prévoit de connecter 2 500 écoles supplémentaires à Internet d’ici à la fin de l’année 2026, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à moderniser l’enseignement et à soutenir le développement socio-économique du pays. Cette initiative, portée par un partenariat entre l’État, les opérateurs télécoms et les institutions financières, s’inscrit dans une tendance continentale où la connectivité scolaire devient un levier central de transformation économique et sociale.

Dans un monde de plus en plus connecté et digitalisé, les autorités zambiennes ont décidé d’accélérer le pas dans la numérisation de l’éducation en connectant d’ici à la fin de l’année 2026, 2 500 nouvelles écoles au réseau Internet. Une ambition structurante pour l’avenir du pays, dont la concrétisation reste toutefois tributaire de défis majeurs.

Une stratégie numérique au cœur des priorités nationales

Les autorités zambiennes souhaitent généraliser l’accès à Internet dans l’ensemble des services publics, notamment les écoles et les hôpitaux. Dans le domaine éducatif, l’objectif affiché est clair : réduire la fracture numérique et permettre aux élèves d’accéder à des ressources pédagogiques modernes. Selon Noriana Muneku, secrétaire permanente chargée de l’administration au ministère de l’Éducation, la connectivité transforme déjà les pratiques pédagogiques. « La collaboration a permis à des salles de classe autrefois limitées en ressources d’introduire aujourd’hui les apprenants aux outils numériques. Les enseignants élargissent leurs méthodes. Les élèves accèdent à des connaissances qui dépassent largement leur environnement immédiat », a-t-elle déclaré.

L’initiative bénéficie du soutien d’acteurs privés, notamment les opérateurs de télécommunications et les institutions financières, qui se sont engagés à accompagner le ministère de l’Éducation dans l’extension de la connectivité scolaire. Cette coopération public-privé constitue l’un des piliers de la stratégie numérique du pays.

Une transformation pédagogique progressive

L’introduction des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les écoles vise à améliorer l’accès aux contenus éducatifs et à moderniser les méthodes d’apprentissage. Le ministère de l’Éducation souligne que les outils numériques permettent :

  • L’accès à des manuels numériques et livres électroniques,
  • L’utilisation de logiciels éducatifs spécialisés,
  • L’apprentissage à distance et personnalisé,
  • Le stockage et la gestion numérique de l’information.

Selon l’Education Statistics Bulletin 2025, l’intégration des TIC offre aux élèves la possibilité d’apprendre à leur propre rythme, rompant avec les limites des méthodes traditionnelles. Cette stratégie repose notamment sur la plateforme Digital Learning Passport, développée en partenariat avec l’UNESCO, l’UNICEF et Microsoft. En 2024, plus de 300 000 élèves utilisaient déjà cette plateforme pour étudier l’anglais, les mathématiques, les sciences et les études sociales à travers des contenus interactifs, audio et vidéo.

Des progrès réels mais une fracture numérique persistante

Malgré les avancées, les données officielles révèlent encore d’importantes disparités. Sur les 13 987 écoles que compte la Zambie, 8 239 disposent d’un accès Internet pour l’administration, mais 5 487 utilisent Internet pour l’enseignement, tandis que 3 276 seulement bénéficient d’une connexion fiable. Ces chiffres illustrent l’écart entre l’accès théorique et l’utilisation effective du numérique dans l’enseignement. L’électricité constitue également un obstacle majeur. En 2025, 5 812 écoles ne disposaient toujours pas d’alimentation électrique, limitant considérablement l’utilisation des équipements numériques. Ce défi infrastructurel pourrait ralentir l’impact réel de la connectivité.

Mais le constat est que la Zambie n’est toutefois pas une exception dans cette ambition en Afrique. La stratégie du pays s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique australe et sur le continent. Plusieurs pays multiplient les initiatives pour connecter les établissements scolaires. Ainsi, alors que le Rwanda a déjà connecté plus de 60 % de ses écoles dans le cadre du programme Smart Education, le Kenya a lancé le programme Digital Literacy Programme pour équiper les écoles primaires. L’Afrique du Sud, pour sa part, investit dans la connectivité des écoles rurales via des partenariats public-privé. Le Ghana suit la même dynamique, avec une accélération de la numérisation de l’éducation dans la stratégie économique globale du pays.

Cependant, comme en Zambie, ces initiatives se heurtent souvent aux mêmes défis : accès à l’électricité, coût des équipements, formation des enseignants et maintenance des infrastructures.

Un enjeu économique et social majeur

Au-delà du secteur éducatif, la connectivité scolaire est perçue comme un investissement stratégique pour l’économie zambienne. Le développement des compétences numériques constitue un levier essentiel pour :

  • Stimuler l’innovation,
  • Développer l’économie numérique,
  • Améliorer l’employabilité des jeunes,
  • Attirer les investissements technologiques.

La Zambie, dont l’économie reste encore largement dépendante du cuivre, cherche à diversifier ses sources de croissance. La transformation numérique de l’éducation apparaît ainsi comme un investissement de long terme pour renforcer la compétitivité du pays. Le pays illustre aujourd’hui l’ambition croissante des pays africains de moderniser leur système éducatif grâce au numérique. Mais la transformation digitale ne se limite pas à l’installation d’Internet. Elle implique un écosystème complet incluant énergie, formation, équipements et contenus pédagogiques.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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