Promulgation de la révision constitutionnelle au Cameroun : un vice-président pour préparer l’après-Biya


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Franck et Paul Biya
Franck et Paul Biya

Le président Paul Biya a promulgué le 14 avril 2026 la loi instituant un poste de vice-président de la République, nommé et révocable par le chef de l’État. Cette réforme majeure, la plus significative depuis 2008, réorganise le mécanisme de succession au sommet du pouvoir et ouvre un jeu d’influence autour du nom du futur numéro deux.

Ce 14 avril 2026, le paysage institutionnel du Cameroun vient de connaître son bouleversement le plus significatif depuis 2008. À la suite de l’adoption par le Parlement réuni en Congrès le 4 avril dernier, le président Paul Biya a officiellement promulgué la révision constitutionnelle instituant le poste de vice-président de la République.

La grande singularité de cette réforme réside dans le mode de désignation et l’étendue des pouvoirs du futur numéro deux. Contrairement aux modèles américain ou nigérian, où le vice-président est élu sur un « ticket » avec le président, le vice-président camerounais sera directement nommé, et révocable, par le chef de l’État. En cas de vacance (décès, démission ou empêchement définitif), le vice-président achève le mandat présidentiel en cours, ce qui met fin au système d’intérim court (20 à 120 jours) assuré jusqu’ici par le président du Sénat. Le successeur ainsi désigné ne peut ni modifier la Constitution, ni organiser de référendum, ni remanier le gouvernement sans conditions spécifiques.

Un « dauphinat constitutionnel » entre stabilité revendiquée et dérive dénoncée

Pour le gouvernement, cette réforme est un gage de « stabilité institutionnelle » visant à éviter un vide de pouvoir brutal dans un contexte de transition. À 93 ans, Paul Biya semble vouloir organiser son « dauphinat constitutionnel » pour offrir une piste de lancement à son successeur, lui permettant de se légitimer sur plusieurs années sans l’aléa d’une élection immédiate. À l’inverse, une partie de l’opposition dénonce un « coup d’État constitutionnel » ou une « dérive monarchique », y voyant un moyen de contourner le suffrage universel pour imposer un héritier politique.

Alors que le décret de nomination est attendu, les regards se tournent vers plusieurs figures clés. La piste familiale met en avant Franck Emmanuel Biya, fils aîné du président, très présent dans l’ombre et soutenu par des mouvements citoyens (les « Franckystes ») : il est perçu par beaucoup comme le choix naturel pour une continuité familiale. C’est un homme intelligent mais discret, respecté et qui n’a jamais défrayé la chronique. Chantal Biya, épouse du président, si elle-même semble peu encline à un rôle politique direct, exercerait une influence centrale dans le choix d’un fidèle du premier cercle.

Le « cercle des fidèles » en embuscade dans un climat de lassitude politique

Parmi les figures du pouvoir, Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État, secrétaire général de la Présidence, bénéficie déjà d’une délégation de signature permanente et agit comme un quasi vice-président de fait depuis des années. Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil et proche du couple présidentiel, incarne la branche diplomatique et traditionnelle du régime. Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, dont le profil rassurerait l’appareil sécuritaire du pays, est aussi pressenti.

Cette révolution institutionnelle intervient dans un climat de lassitude politique. Depuis sa prestation de serment le 6 novembre 2025, Paul Biya laisse planer un suspense pesant sur la formation de son nouveau gouvernement. Bien qu’il ait qualifié cette tâche de « priorité » lors de ses vœux du 31 décembre 2025, les Camerounais et la communauté internationale font face à un silence persistant. L’opinion se demande si la nomination du vice-président sera le déclencheur tant attendu du grand remaniement ministériel.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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