Présidentielle américaine : « Les quinze prochains jours vont être décisifs »

François Durpaire

La convention républicaine d’intronisation de Mitt Romney devrait débuter ce mardi, repoussée d’un jour à cause de la tempête tropicale Isaac qui ravage le littoral Est des Etats-Unis. A un peu plus de deux mois de l’élection présidentielle américaine, l’écart n’a jamais été aussi serré entre Barack Obama, le président des Etats-Unis sortant, et Mitt Romney, le candidat républicain à la Maison Blanche. Les quinze prochains jours vont être décisifs. A la suite des conventions démocrates et républicaines, les programmes et chiffres du chômage vont être publiés. L’historien François Durpaire, auteur du livre les Etats-Unis pour les Nuls, analyse la situation.

François Durpaire est co-auteur avec Thomas Snégaroff du livre Etats-Unis pour les Nuls à paraître le 30 août. Cet historien et politologue spécialiste des Etats-Unis nous explique pourquoi le duel Obama-Romney sera disputé.

François Durpaire
Afrik.com : Quels sujets votre livre « Etats-Unis pour les Nuls » aborde-t-il ?

François Durpaire :
L’objectif est de déconstruire les préjugés sur les Etats-Unis. En France, on pense que c’est un pays jeune qui n’a pas d’histoire, c’est faux. Il faut savoir que c’est la plus ancienne Constitution écrite du monde encore en application. C’est parmi les Etats-nations les plus anciens du monde, plus ancien que l’Allemagne, l’Italie, et la majorité des pays européens. On a cette image car c’est un pays qui se vit à travers son immigration et qui se renouvelle sans cesse. Cet ouvrage parle de la culture, de la place des Etats-Unis dans le monde. Si vous pensez que Christophe Colomb a découvert les Etats-Unis, il faut lire ce livre, et vous allez comprendre par exemple que ce sont les Amérindiens qui ont découvert les Etats-Unis. Nos deux nations, la France et les Etats-Unis, sont nées des lumières. Le premier président américain Georges Washington a été élu en 1789 quelques semaines après la prise de la Bastille. Il y a beaucoup de ressemblances entre la France et les Etats-Unis. Les deux sociétés sont les deux premières républiques du monde, on parle de trois républiques avec Haïti. L’idée c’est de se dire que ce pays qu’on croit si bien connaitre c’est plutôt mal connu. Les Français pensent que le Macdonald est le « fast food » préféré des Américains et que tous les Américains sont obèses, il n’en est rien.

« Il faut savoir que c’est la plus ancienne Constitution écrite du monde encore en application. C’est parmi les Etats-nations les plus anciens du monde, plus ancien que l’Allemagne, l’Italie, et la majorité des pays européens.»

Les sujets abordés dans ce livre sont multiples : Les Américains sont-ils communautaristes ? Les recettes de la réussite à l’américaine, l’ »American Way of life » (modes de vie à l’américaine), la culture et les loisirs (internet, sport, entairtenement (publicité), l’art, la littérature etc. Le dernier chapitre porte sur le monde post-américain. C’est-à-dire Le 11 septembre, la perte du Triple A, la concurrence de la Chine, etc. Selon, une enquête publiée en 2011, 47% des Américains pensent que la chine est le pays le plus puissant du monde contre 31% qui répondent les Etats-Unis. Toutefois, les Etats-Unis continuent de dominer le monde, cela se voit à travers la Recherche, le classement des université, les Prix Nobel (13 sur 24 sont Américains) etc. sont tant de signes forts de puissance. Même si l’Amérique est passée du moteur de la mondialisation à l’un des moteurs. On parle de double acteur, Chine-Amérique. Les « Etats-Unis pour les Nuls » permet par ailleurs de comprendre la société américaine en période électorale.

Afrik.com : A quel public cet ouvrage est-il destiné ?

François Durpaire :
A tout le monde. Les nuls ont une phrase sur la couverture, « Avec les nuls tout devient facile ». C’est destiné à tout public, même aux gens avertis. On a fait en sorte que la manière d’écrire attire un public large, de 7 à 77 ans. Ça peut servir à des jeunes qui s’apprêtent à se rendre aux Etats-Unis, aux férus de l’histoire, ou encore aux personnes qui préfèrent la culture américaine. C’est un livre complet et accessible à tous. C’est la nouvelle Amérique qu’on décrit, une Amérique post-Obama, qui n’a pas peur du métissage, qui n’est pas bien connue des Français. Qui n’est pas aussi puritaine qu’on ne le dit, pas aussi raciste qu’on le croit.

« Une Amérique où vit une immigration africaine qui remonte à 30 ans. On a beaucoup d’Africains qui sont professeurs de fac, qui contribuent à l’héritage américain, il n’y a pas que Obama qui cache la forêt. Le lien entre l’Afrique et les Etats-Unis est très fort.»

Une Amérique où vit une immigration africaine qui remonte à 30 ans. On a beaucoup d’Africains qui sont professeurs de fac, qui contribuent à l’héritage américain, il n’y a pas que Obama qui cache la forêt. Le lien entre l’Afrique et les Etats-Unis est très fort. Obama, son père est Kényan, son grand père aussi. On a Martin Luther King qui est venu aux cérémonies d’investiture du Ghana. L’hommage de Mohamed Ali à Kinshasa. Aujourd’hui, toutes les familles africaines de la famille aux Etats-Unis. C’est historique ! Jadis, c’était Paris et Londres qui étaient prisées par les Africains. Maintenant, c’est les Etats-Unis et le Canada qui font rêver ces derniers. Il y aussi une immigration africaine issue des classes modestes, notamment les chauffeurs de Taxi, qu’on eut rencontrer même dans les villes moyennes américaines, par exemple à Columbus, dans l’Etat de l’Ohio (dans le Nord), où réside une forte communauté guinéenne.

« C’est historique ! Jadis, c’était Paris et Londres qui étaient prisées par les Africains. Maintenant, c’est les Etats-Unis et le Canada qui font rêver ces derniers.»

Afrik.com : Vous qui êtes spécialiste de la politique américaine, quel est votre avis sur la campagne électorale américaine de 2012 ?

François Durpaire :
Ce sera une campagne très ouverte. Ça s’est resserré au cours des dernières semaines, on est dans un mouchoir de poche. Si on fait la moyenne des sondages, il n’y a qu’un point d’écart entre Obama et Romney. Sur le 7 Etats clés, 6 sont pour Obama, mais l’écart reste minimum. On parle d’un point de différence. Les quinze prochains jours vont être décisifs, on est dans le « money time » (dernière ligne droite, ndlr), ça va être le tournant de la campagne : il y aura les deux conventions (républicaine du 28 au 30 août, et démocrate le 4 septembre) et les chiffres du chômage seront publiés le 7 septembre. Au terme de ces deux semaines, on pourra formuler les hypothèses.

« Les Américains ont un avis très partagé, c’est pourquoi cette élection va être très disputée, certains disent qui sont très déçus et d’autres qui veulent le laisser poursuivre son action.»

En 2008, la campagne d’Obama était basée sur le rêve et il était challenger, et maintenant c’est le président sortant. Son bilan est contrasté. De toute façon, pour tous les présidents les bilans sont contrastés. Les Américains ont un avis très partagé, c’est pourquoi cette élection va être très disputée, certains disent qui sont très déçus et d’autres qui veulent le laisser poursuivre son action.
S’il y a deux changements à retenir du mandat de Barack Obama : la réforme de la Santé approuvée par la Cour suprême, la plus haute juridiction américaine. Et, le changement en matière de politique étrangère : c’est-à-dire, le multilatéralisme. Obama doit défendre un bilan, Romney doit proposer en prenant en compte la dette publique, les programmes sont très différents. Après les deux conventions, républicaines et démocrates, les programmes vont être publiés et on pourra les décrypter.

Afrik.com au cœur de la campagne

Obama-Romney
François Durpaire, historien et politologue spécialiste des Etats-Unis, interviendra régulièrement dans les colonnes de votre quotidien en ligne pour analyser les moments clés de la campagne électorale américaine jusqu’au scrutin du 6 novembre.

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