Politique africaine des Etats-Unis : Obama, l’espoir d’un renouveau

Quelle sera la politique africaine du 44e président des Etats-Unis ? La moitié kenyane de Barack Obama fait espérer un renouveau. La « Smart diplomacy » évoquée par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, appliquée à l’Afrique s’inscrit dans la continuité de « l’initiative africaine » de Bill Clinton. Elle a aussi une priorité :« la fin du génocide au Darfour ».

Les espoirs que suscite la présidence de Barack Obama sont grands aux Etats-Unis, comme partout dans le monde. Le continent africain n’échappe pas à cette vague. D’autant plus que le premier président noir des Etats-Unis a un père originaire du Kenya. Quelle sera la politique africaine de ce Commander in chief Africain-Américain ? Premier indice : elle sera empreinte de renouveau. A l’instar de la diplomatie américaine. « A tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, depuis les capitales les plus prestigieuses jusqu’au petit village où mon père est né : sachez que l’Amérique est l’amie de toutes les nations et de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité », a déclaré Barack Obama, après avoir prêté serment le 20 janvier dernier. Le programme du 44e président américain en matière de politique étrangère, disponible sur le tout nouveau site de la Maison Blanche, fait mention d’un renouvellement de la diplomatie américaine. Dans cette section, il est question de façon explicite de l’Afrique dans le paragraphe relatif à l’expansion de la présence diplomatique des Etats-Unis. L’administration Obama envisage de ne plus fermer ses ambassades africaines, un mouvement persistant depuis les attentats perpétrés en 1993 en Somalie, puis en 1998 contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya. L’administration Obama entend également épouser les Objectifs du Millénaire pour le développement. Pour lutter contre la pauvreté et réduire de moitié, à l’horizon 2015, la famine dans le monde, les Etats-Unis devraient doubler leur aide. Voilà pour ce qui est écrit.

L’urgence : le Darfour

De façon concrète, le Darfour devrait constituer une priorité absolue. La question préoccupe Barack Obama depuis quelques années déjà. Avant de retrouver son Kenya natal pour la deuxième fois en 2006, il visite un camp de réfugiés darfouris au Tchad. La situation au Darfour hante aussi Susan Rice, « l’ex-Madame Afrique » de l’administration Clinton, nommée ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies par Barack Obama. Elle ne s’est pas remise de l’attentisme de la communauté internationale au moment du génocide rwandais en 1994. Cependant, le chef d’orchestre de la politique étrangère de Barack Obama, Hillary Clinton, constitue le second indice important de la direction que prendra la politique africaine de la Maison Blanche. Une politique qui devrait être fortement marquée par celle du président Clinton et, par conséquent, en rupture avec l’unilatéralisme de George Bush.

Le 13 janvier dernier, lors de son audition de confirmation à son poste devant le Sénat, la nouvelle secrétaire d’Etat américaine rappelait, encore une fois, que l’Amérique s’attellerait à « renouveler l’influence de l’Amérique » grâce à une « diplomatie intelligente (smart diplomaty) ». Cependant, lutter contre la présence d’Al-Qaida « dans les Etats en faillite » de Afrique de l’Est est toujours d’actualité. Autre dossier africain important pour Hillary Clinton : « arrêter la guerre au Congo (un dossier bien connu des Etats-Unis sous la présidence de Bill Clinton), mettre fin à l’autocratie au Zimbabwe et au désastre humanitaire au Darfour (…) ». «A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption, la tromperie, en faisant taire l’opposition, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’Histoire, a prévenu Barack Obama durant son discours d’investiture, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer le poing.» De fait, Hillary Clinton entend aussi « soutenir les démocraties africaines telles que l’Afrique du Sud et le Ghana ». Egalement à l’ordre du jour de l’agenda politique, la recherche de solutions à la piraterie galopante au large des côtes somaliennes, de même qu’à l’insécurité dans le delta du Niger. Sur le plan socio-économique, la lutte contre le sida est bien évidemment au cœur des priorités de la présidence Obama. En 2006, le 44e président américain et son épouse avaient passé le test de dépistage pour sensibiliser les Kenyans à la pandémie. « Au peuple des nations pauvres, a aussi promis Barack Obama, nous nous engageons à coopérer avec vous pour rendre vos fermes prospères et vous apporter de l’eau potable, pour nourrir les corps de ceux qui ont faim et nourrir les esprits affamés.»

Dans les pas de Clinton

En choisissant, comme acteurs de sa politique étrangère, des piliers de l’administration Clinton, Barack Obama ferme la parenthèse, au-delà du clivage démocrate-républicain, qu’a constitué la présidence Bush, et poursuit la révolution initiée par le président Bill Clinton. « Lorsque je devins président, confiait ce dernier en 2006, lors d’une cérémonie qui rendait hommage à son action en faveur de l’Afrique, il était clair à mes yeux que notre politique africaine avait été sporadique et parfois destructive ». En juin 1997, Clinton lance son « Initiative africaine ». L’année suivante, il entame la première tournée africaine d’un président américain en plus de 20 ans. La politique africaine de Clinton sert à la fois les intérêts économiques des Etats-Unis avec la mise en place en 2000 de l’African Growth Opportunity Act (AGOA), l’une des mesures phare de son administration, et la croissance économique des pays qui y sont éligibles. Elle contente, note Patrick Sabatier dans un article publié par Libération le 19 juin 2006, « les démocrates libéraux (qui veulent aider les pauvres), les républicains conservateurs (qui veulent réduire l’aide au développement) et les politiciens afro-américains (…) qui veulent qu’on s’intéresse à l’Afrique ».

Dans le cas d’Obama, à ces trois groupes de pression, s’ajoute celui des immigrés africains qui ont beaucoup œuvré pour son élection. Dans une tribune publiée sur Allafrica, Witney W. Schneidman, un ancien (encore) de l’administration Clinton qui a conseillé le candidat Obama sur les questions africaines, en témoigne : les immigrés africains ont joué un rôle important dans la campagne américaine, notamment ceux qui ont la double nationalité. « Nous voulons ces 10 000 Ethiopiens-Americains en Virginie (pour gagner la Virginie le 4 novembre), écrivait-il alors avant le scrutin, nous voulons tous les Nigérians-Américains qui vivent (dans l’Ohio), la communauté somalienne-américaine de Minneapolis pour qu’elle nous aide à remporter le Minnesota.» Le politicien compte aussi sur les réseaux d’immigrés africains pour battre campagne.

L’Afrique chevillée au cœur

Comme le périple de Bill Clinton avait mis les projecteurs sur le continent, l’accession d’Obama à la magistrature suprême attirera de nouveau les regards sur l’Afrique. Du renouveau donc mais pas une révolution. Les Africains, les premiers, en sont pour la plupart conscients. A juste titre. Le président des Etats-Unis préservera les intérêts d’un pays qui l’a choisi pour le diriger en dépit des contingences raciales et dans une des périodes les plus tourmentées de son Histoire.

La différence fondamentale entre le 42e président des Etats-Unis et son successeur démocrate se résume à cette Afrique immédiate qu’Obama porte dans ses gênes. A Kogelo, le village de son père, rapporte Simon Robinson dans le Time, en 2006, Barack Obama disait : «Même si j’ai grandi de l’autre côté du monde et si je n’y pense pas quotidiennement, quand je viens ici, je sens l’esprit parmi ce peuple qui me dit que j’appartiens à ce lieu». Aux Etats-Unis, il éprouve le même sentiment. « Clinton, l’Africain », « Obama l’Africain-Américain », tour à tour la compassion, puis l’appel du sang, les Etats-Unis semblent de plus en plus enclins à payer leur tribut à la grande Afrique en redonnant confiance aux Africains-Américains, et par extension aux Africains.

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