Afrique : quel héritage Bush lègue-t-il à Obama?

Par la petite porte, mais soulagé semble-t-il, George Bush a quitté la Maison Blanche ce mardi. L’ancien président des Etats-Unis a réussi à se mettre la presse internationale à dos. Elle juge le bilan de ses huit ans de présidence catastrophique. Si la mode, ces derniers temps, consiste à lui jeter l’opprobre, les Africains devraient-ils en faire autant ? Bilan de l’action de George Bush en Afrique.

Certes, Georges W. Bush, le désormais ancien président américain n’a guère brillé par sa politique étrangère. Il laisse derrière lui deux guerres inachevées, en Afghanistan et en Irak, un pays économiquement à genoux (à cause de la crise), et l’environnement a été le cadet de ses soucis. Conséquence, il quitte la Maison Blanche par la petite porte, avec un taux d’impopularité record. Il y a toutefois, un domaine dans lequel il obtient une assez bonne note de la part des observateurs : l’aide au développement en faveur de l’Afrique.

« Différentes personnes peuvent avoir des opinions diverses à votre sujet et au sujet de votre gouvernement, mais nous, en Tanzanie – si nous pouvons parler en notre nom et au nom de l’Afrique – nous savons avec certitude que vous avez été un grand ami de notre pays et de l’Afrique ». Selon Jocelyn Coulon, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (Cerium) au Canada, ces propos du président tanzanien, Jakaya Kikwete, adressés à Georges Bush, lors de la deuxième et dernière tournée africaine de sa présidence, en février 2008, sont justifiés. « Le bilan africain de l’ancien président américain est positif », estime-t-il. Pour lui, les actions de M. Bush en Afrique ont et auront « des effets bénéfiques pour le continent, particulièrement dans la partie subsaharienne. »

Pourtant, contrairement aux grands espoirs suscités, en Afrique, par l’accession de Barack Obama à la magistrature suprême des Etats-Unis, le continent noir avait vécu avec beaucoup d’inquiétudes l’élection du républicain Georges W. Bush, en 2000. Car celui-ci semblait uniquement préoccupé par la prétendue menace que représentait l’Irak et ne point s’intéresser à l’Afrique. Mais contre toute attente, entre 2002 et 2003, Georges W. Bush a effectué le troisième voyage d’un chef d’Etat américain en Afrique ces dernières années et lancera une série de programmes en faveur du continent, dont la promotion de l’éducation et la lutte contre les pandémies.

698 millions de dollars d’aide à la Tanzanie

Selon plusieurs observateurs, les attentats terroristes du 11 septembre 2001 en sont pour beaucoup dans ce revirement de la politique étrangère de l’ancien président américain. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Economie cité par Le Figaro, a estimé que ces actes terroristes ont donné «une chance d’ouvrir un débat sur le développement. D’abord parce que si la pauvreté ne crée pas nécessairement le terrorisme, l’absence de perspectives et le chômage constituent un terrain très fertile pour le faire prospérer.» Le message semble avoir été entendu par Washington. Une autre raison pourrait expliquer cet intérêt de Georges Bush pour l’Afrique: la percée de l’Inde et de la Chine sur le continent. L’Afrique est devenue le lieu d’une concurrence effrénée entre les deux géants asiatiques qui doivent alimenter leur croissance. Les Etats-Unis, qui importent près de 30% de leurs besoins en pétrole sur le continent, se devaient aussi d’être fortement présents. Ainsi, l’administration Bush a lancé un plan de 15 milliards de dollars sur cinq ans, qui a permis, selon le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, de porter le nombre de personnes recevant un traitement antirétroviral contre le sida de quelques dizaines de milliers, en 2003, à plus d’1,2 million en 2008.

Le Millennium Challenge Account (MCA), une autre initiative de George Bush a permis, indiquait l’agence de presse Reuters en février 2008, de fournir des fonds à plusieurs pays qui respectent les principes démocratiques. Georges W. Bush a ainsi signé, en février 2008, lors de sa dernière tournée en Afrique, un accord pour le versement de 698 millions de dollars à la Tanzanie. Pour le continent dans son ensemble, l’aide américaine au développement est passée de 800 millions de dollars par an en 2001 à près de 5 milliards en 2008, d’après les chiffres du Cerium. Et près de 98% des exportations africaines vers l’Amérique bénéficient de franchises de douane grâce à la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) héritée de l’administration Clinton. Une loi qui a permis au Lesotho, selon Daniel Bach, de « relancer son industrie textile et d’exporter, entre autres, des jeans vers les Etats-Unis. Il en est de même pour les voitures BMW qui s’exportent de l’Afrique du Sud vers les Etats-Unis. »

Le tableau n’est pour autant pas entièrement idyllique. Les pays africains producteurs de coton attendent toujours une réponse de l’administration américaine à leur demande de suppression des subventions à l’export et la diminution des aides directes reçues par les agriculteurs américains. Ces subventions, rappelons-le, permettent au coton américain d’être plus concurrentiel sur les marchés. Les détracteurs de Georges W. Bush, parmi lesquels Nicholas Kristof, éditorialiste du quotidien américain New York Times, estiment que les programmes de M. Bush avaient plus vocation à faire « gagner des votes aux Etats-Unis que de sauver des vies en Afrique. »

Autre politique contestée de l’administration Bush: la création d’Africom, le commandement régional américain pour l’Afrique, dont l’annonce a été faite le 30 septembre 2007. Pour nombre d’analystes, cette force qui se donne pour mission d’apporter une assistance aux 53 pays africains, de prévenir les conflits et de lutter contre le terrorisme, n’est rien d’autre qu’un nouvel outil de l’impérialisme américain en Afrique. L’installation d’une base d’Africom sur le continent, s’est d’ailleurs heurtée à l’hostilité d’une grande majorité d’Etats africains. Pour la presse américaine, Africom vise surtout le pétrole africain. Ce que semble confirmer Charles Wadd, commandant des forces militaires américaines en Europe dans une interview au Wall Street Journal. «Une mission clé confiée aux forces militaires US en Afrique vise à garantir que les zones pétrolifères du Nigéria, qui dans le futur pourraient constituer 25 pour cent de l’ensemble du volume de pétrole importé par les USA, soient sous son contrôle », avait-il affirmé.

L’administration Bush aurait, sans doute, pu être plus efficace dans sa politique africaine. Mais nombre d’experts s’accordent à dire que l’aide américaine a largement contribué à la croissance enregistrée ces dernières années en Afrique. Au nouveau président des Etats-Unis, Barack Obama, de rendre le bilan de George Bush dérisoire.

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