
Une enquête publiée par plusieurs médias internationaux affirme que les services de renseignement marocains auraient utilisé, au fil des années, plusieurs des logiciels de cyberespionnage les plus sophistiqués du marché. Pegasus, Cellebrite, Hailstorm, FinSpy, RCS ou encore Evident figurent parmi les technologies citées. Les révélations reposent sur des documents, des témoignages et des analyses d’experts en cybersécurité. Les entreprises concernées rappellent, pour la plupart, que leurs solutions sont destinées aux autorités compétentes et n’ont pas confirmé l’existence de contrats avec le Maroc.
Une enquête internationale publiée par El Confidencial, en collaboration avec plusieurs médias partenaires du Pegasus Project, affirme que les services de renseignement marocains auraient constitué, depuis plusieurs années, un important arsenal de logiciels de cyberespionnage commercialisés par des entreprises israéliennes, américaines, britanniques, italiennes et françaises.
Pegasus, le logiciel le plus connu
Les journalistes indiquent s’être appuyés sur des documents techniques, des témoignages d’anciens membres des services de renseignement, ainsi que sur les analyses de spécialistes de la cybersécurité. Les informations publiées décrivent les capacités de plusieurs logiciels présentés comme ayant été utilisés dans différentes opérations de renseignement. À ce jour, ces affirmations n’ont pas été établies par une décision de justice.
Parmi les outils cités figure Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group. Ce logiciel est présenté comme capable d’accéder aux données d’un téléphone mobile, notamment aux messages, aux appels, aux fichiers, aux photographies, au microphone et à la caméra de l’appareil ciblé. Selon l’enquête, Pegasus aurait été réservé aux opérations jugées les plus sensibles en raison de son coût élevé.
Cellebrite et FinSpy parmi les technologies citées
D’anciens agents des services de renseignement, cités anonymement, affirment que son utilisation aurait concerné des objectifs qualifiés de stratégiques. NSO Group a toujours indiqué que Pegasus était vendu exclusivement à des gouvernements pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée. L’enquête mentionne également Cellebrite, un logiciel largement utilisé dans les enquêtes judiciaires pour extraire des données de téléphones verrouillés.
Les auteurs indiquent que cette technologie aurait été utilisée au Maroc depuis plusieurs années. Autre logiciel évoqué, FinSpy, développé par FinFisher, est présenté comme un outil capable d’infecter des ordinateurs et des téléphones afin d’intercepter des communications, d’accéder aux fichiers ou d’enregistrer les frappes au clavier. Les experts interrogés estiment que ce type de logiciel permet un contrôle approfondi des appareils compromis.
Hailstorm, Nighthawk et RCS
Parmi les autres technologies citées figure Hailstorm, développé par l’entreprise américaine L3Harris Technologies. Il s’agit d’un système de type IMSI Catcher permettant d’identifier et de localiser des téléphones mobiles en simulant une antenne relais.
L’enquête évoque également Nighthawk, présenté comme un logiciel permettant de prendre le contrôle de certains équipements électroniques à distance, ainsi que RCS (Remote Control System), anciennement développé par Hacking Team, aujourd’hui Memento Labs. Selon les documents consultés par les journalistes, ce logiciel aurait été utilisé dans plusieurs opérations visant des ordinateurs et des smartphones.
Evident, Reliant et Eagle également mentionnés
Les journalistes citent également Evident, un outil développé par BAE Systems destiné à l’analyse de grands volumes de trafic internet. Selon les experts consultés, ce logiciel permettrait notamment d’identifier des utilisateurs, de suivre certaines communications et d’effectuer différentes analyses techniques.
Reliant, développé par Cognyte, ancienne filiale de Verint Systems, figure également dans la liste des technologies mentionnées. L’enquête lui attribue des capacités d’analyse des réseaux sociaux, d’identification de profils numériques et de traitement de données de communication. Enfin, Eagle, conçu par la société française Amesys, est également cité parmi les outils de surveillance de masse mentionnés dans les documents examinés.
Les fabricants invoquent la confidentialité
Les entreprises mentionnées dans l’enquête ont, pour la plupart, été sollicitées par les journalistes. Plusieurs d’entre elles ont indiqué ne pas pouvoir commenter d’éventuelles relations commerciales avec des clients spécifiques, invoquant des obligations de confidentialité ou des considérations liées à la sécurité nationale.
Certaines rappellent également que leurs produits sont commercialisés dans le cadre de procédures d’autorisation et qu’ils sont destinés aux autorités publiques pour des missions d’investigation numérique ou de sécurité. Elles soulignent appliquer des mécanismes internes d’évaluation avant toute vente.
Une enquête dans le prolongement du Pegasus Project
Ces nouvelles révélations s’inscrivent dans la continuité du Pegasus Project, vaste enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories avec le soutien technique du Security Lab d’Amnesty International. Depuis 2021, plusieurs médias ont publié des investigations sur l’utilisation présumée de logiciels espions par différents gouvernements.
Les autorités marocaines ont, à plusieurs reprises, rejeté les accusations formulées dans le cadre de ces enquêtes et contesté les informations publiées. Plusieurs procédures judiciaires ont été engagées contre certains médias ayant relayé ces révélations. À ce jour, les nouvelles allégations contenues dans cette enquête internationale n’ont pas fait l’objet d’une décision de justice établissant les faits avancés.
Un marché mondial en pleine expansion
Le secteur des logiciels de cyberespionnage connaît une croissance importante depuis plusieurs années. Ces technologies sont développées par des entreprises spécialisées dans la cybersécurité et sont commercialisées auprès des États pour des missions de renseignement, de lutte contre le terrorisme, de criminalité organisée ou d’investigations judiciaires.
Leur utilisation fait toutefois l’objet d’un débat international. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, Human Rights Watch et Citizen Lab, appellent à un renforcement des contrôles sur l’exportation et l’emploi de ces technologies, estimant qu’elles peuvent être utilisées à des fins de surveillance incompatibles avec le respect de la vie privée et des libertés fondamentales lorsqu’elles ne sont pas soumises à un contrôle judiciaire effectif.




