
Après la tentative d’entrée massive de migrants à Ceuta, le roi d’Espagne Felipe VI s’est engagé à effectuer une visite officielle dans l’enclave espagnole. Si aucune date n’a encore été annoncée, cette perspective ravive le souvenir de la visite de Juan Carlos en 2007, qui avait provoqué une grave crise diplomatique entre Rabat et Madrid. Le différend sur la souveraineté de Ceuta demeure entier près de vingt ans plus tard.
La perspective d’un déplacement du roi Felipe VI à Ceuta intervient quelques jours après la crise migratoire qui a marqué la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole. L’annonce n’a pas été faite officiellement par la Maison royale espagnole, mais par le président de Ceuta, à l’issue d’une audience avec le souverain. Selon ce dernier, Felipe VI lui a confirmé son intention de se rendre dans la ville autonome.
Une première visite depuis son accession au trône
Aucune date ni aucun programme officiel n’ont toutefois été communiqués, laissant ce déplacement au stade d’un engagement annoncé mais non encore inscrit à l’agenda de la monarchie espagnole. Depuis son accession au trône en 2014, Felipe VI ne s’est jamais rendu à Ceuta ni à Melilla. Ces deux enclaves constituent les seuls territoires autonomes espagnols que le souverain n’a pas encore visités dans l’exercice de ses fonctions de chef de l’État.
En Espagne, une telle visite serait présentée comme un geste de soutien envers les habitants de Ceuta. En plus d’être une réaffirmation de la souveraineté espagnole sur ce territoire. Cette éventualité intervient alors que la ville vient de connaître une forte pression migratoire à la suite des événements survenus à la frontière avec le Maroc. L’éventuel déplacement de Felipe VI rappelle un précédent qui avait profondément affecté les relations entre Rabat et Madrid.
Le précédent diplomatique de 2007
En novembre 2007, le roi Juan Carlos et la reine Sofía avaient effectué une visite officielle à Ceuta et Melilla. Cette initiative avait suscité une réaction immédiate des autorités marocaines. Avant même l’arrivée du souverain espagnol, le Maroc avait rappelé pour consultations son ambassadeur en Espagne, Omar Azziman, marquant ainsi son désaccord avec cette visite. À la suite du déplacement royal, le roi Mohammed VI avait publiquement condamné cette visite.
Le souverain marocain l’avait qualifiée de « regrettable ». Mieux, Mohammed VI avait estimé qu’elle allait à l’encontre des sentiments du peuple marocain. Mohammed VI avait également dénoncé ce qu’il considérait comme « un acte nostalgique d’une ère sombre et révolue ». Cette séquence avait provoqué l’une des plus grandes tensions diplomatiques entre les deux pays au cours des années 2000.
Le différend territorial reste inchangé
Près de dix-neuf ans après cet épisode, les positions officielles des deux États demeurent inchangées. L’Espagne considère Ceuta et Melilla comme des villes espagnoles faisant pleinement partie de son territoire national. Le Maroc, de son côté, continue de revendiquer la souveraineté sur les deux enclaves. Rabat les considère comme des territoires occupés. Cette divergence reste l’un des principaux différends historiques entre Rabat et Madrid.
L’annonce de cette future visite intervient juste après la récente crise migratoire à Ceuta. Les autorités espagnoles ont été confrontées à un afflux important de migrants à la frontière. Incident qui a relancé les discussions sur la coopération migratoire entre les deux pays. Si cette visite de Felipe VI se concrétise, elle interviendra dans un climat diplomatique particulièrement sensible. En effet, où la question de la souveraineté de Ceuta continue d’opposer le Maroc et l’Espagne.




