
Deux jours après l’annonce du renforcement du partenariat entre le Gabon et Huawei, l’heure est à l’analyse. Ce nouvel accord entre Libreville et le géant chinois des télécommunications s’inscrit dans une stratégie plus large : celle d’un pays en quête de modernisation numérique, mais aussi d’une Afrique toujours plus connectée à la Chine.
Depuis plusieurs années, le Gabon et Huawei collaborent à la modernisation du secteur des télécommunications. Le groupe chinois a notamment joué un rôle central dans le déploiement de la fibre optique, l’extension du réseau mobile, et la réduction de la fracture numérique. L’annonce récente d’un approfondissement de cette coopération traduit la volonté du gouvernement gabonais de faire du numérique un pilier de diversification économique, dans un contexte de transition post-pétrolière.
Le numérique comme levier politique et économique : former une génération connectée
La dimension humaine de cette collaboration est essentielle. Grâce aux académies numériques Huawei, des centaines de jeunes Gabonais sont formés aux métiers du numérique, de la cybersécurité ou du développement d’applications. Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie du gouvernement de favoriser l’emploi des jeunes et de développer un écosystème technologique local. L’entreprise chinoise apporte son savoir-faire et ses compétences.
Au-delà de la modernisation intérieure, cet accord illustre une évolution plus profonde : le numérique devient un instrument d’influence et de souveraineté. Pour le Gabon, l’objectif est clair : réduire la dépendance aux hydrocarbures et préparer une économie numérique résiliente. Pour Huawei, c’est l’opportunité de consolider sa présence en Afrique centrale, malgré les controverses entourant sa stratégie mondiale.
Les ambitions gabonaises s’articulent autour de projets concrets, villes intelligentes, e-gouvernance, services publics digitalisés par exemples, qui pourraient repositionner le pays comme un hub régional de l’innovation.
Entre opportunité et dépendance
Mais cette coopération soulève aussi des critiques. Certains analystes s’inquiètent d’une dépendance technologique croissante vis-à-vis de la Chine, qui pourrait limiter la marge de manœuvre du Gabon à long terme. Les préoccupations liées à la sécurité des données et aux conditions financières des accords persistent. Il faut rappeler aussi que plusieurs pays occidentaux ont restreint leur collaboration avec Huawei en raison de craintes sur l’utilisation des données personnelles.
Cependant, pour beaucoup d’États africains, la souplesse financière et la compétitivité des offres chinoises demeurent un argument difficile à ignorer. Dans un environnement où les investissements occidentaux se font rares, la Chine continue d’apparaître comme le partenaire le plus accessible pour accélérer la transition numérique.
Ce renforcement des liens sino-gabonais illustre plus largement la stratégie chinoise sur le continent : associer financement, transfert de technologies et diplomatie d’influence.
Le Gabon, en quête de modernité et de stabilité, y voit une occasion de consolider son attractivité économique et de moderniser son appareil d’État.




