Gabon : vers le retour de la peine capitale face à l’horreur des crimes rituels ?


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Arrestation
Arrestation

Au Gabon, la recrudescence de crimes qualifiés de rituels relance un débat que l’on croyait clos depuis plus d’une décennie. Lors de ses vœux à la nation, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a évoqué la possibilité de rétablir la peine de mort, abolie en 2010. Cette annonce intervient dans un contexte d’émotion nationale, après plusieurs faits divers d’une extrême violence. Entre exigence de justice et respect des acquis démocratiques, la société gabonaise se retrouve face à un dilemme moral et politique majeur.

Le Gabon traverse une période de profonde introspection sécuritaire et morale. Lors de ses récents vœux à la nation et à l’administration, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a jeté un pavé dans la mare en évoquant la possible réintroduction de la peine de mort. Abolie en 2010, la peine capitale revient au cœur du débat public suite à une vague d’émotion suscitée par des meurtres particulièrement barbares, qualifiés de « crimes rituels ». Face à l’indignation générale, le chef de l’État a choisi de s’en remettre à l’arbitrage des citoyens.

L’onde de choc de l’affaire Pascal Cameron

Le déclencheur de cette accélération politique est le meurtre tragique de Pascal Cameron Ngueba Loko, un adolescent de 13 ans dont le corps a été retrouvé dans une fosse septique à la fin du mois de décembre. Ce drame, marqué par des aveux glaçants mentionnant des mobiles fétichistes, a réveillé les vieux démons d’une société gabonaise régulièrement meurtrie par ces pratiques occultes.

Bien que l’examen médico-légal n’ait pas révélé de prélèvements d’organes dans ce cas précis, le caractère prémédité et la cruauté de l’acte ont poussé les autorités et l’Église catholique à sortir de leur réserve pour dénoncer une violence qui semble ne plus connaître de limites.

La consultation populaire comme réponse au traumatisme

Pour le président Oligui Nguema, la question du rétablissement de la sentence suprême ne doit pas être tranchée par décret, mais par le « peuple souverain ». Cette volonté de consultation fait suite à une demande explicite du Conseil économique, social, environnemental et culturel, dont le président estime que la réclusion à perpétuité ne suffit plus à dissuader les criminels.

En renvoyant cette réflexion aux Gabonais, le pouvoir de transition cherche à capter l’aspiration à la justice d’une population qui se sent vulnérable, tout en mesurant la gravité d’un tel retour en arrière législatif pour un pays qui n’a plus procédé à une exécution depuis 1985.

Une fracture entre soif de justice et acquis démocratiques

Si l’émotion populaire est vive, le projet de réintroduction de la peine de mort rencontre une opposition ferme au sein de la société civile et de certains cercles politiques. Des défenseurs des droits humains et des organisations comme SOS Prisonniers mettent en garde contre ce qu’ils qualifient de réponse « populiste ».

Ils pointent du doigt les risques d’erreurs judiciaires irréversibles et la vulnérabilité d’un système judiciaire encore en quête d’indépendance. Pour ces opposants, la solution réside davantage dans l’efficacité des enquêtes et la fin de l’impunité des commanditaires que dans la sévérité de la peine.

La voix de l’Église contre la culture de la mort

Dans ce climat de tension, les autorités religieuses tentent d’orienter le débat vers une dimension spirituelle et éthique. Monseigneur Jean Vincent Ondo Éyéne, président de la Conférence épiscopale, a fermement condamné ces actes « barbares » qui ensanglantent le pays, tout en appelant les forces de sécurité à assumer leurs responsabilités.

L’Église, tout en compatissant à la douleur des familles, rappelle la sacralité de la vie et exhorte l’État à protéger les plus fragiles contre les dérives magico-fétichistes qui continuent de hanter les sphères de pouvoir et les quartiers populaires.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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