
Le climat des affaires au Gabon traverse une zone de turbulences inédite. Un décret ministériel, dont la fuite sur les réseaux sociaux a précédé la promulgation officielle, interdit désormais aux chefs d’entreprise endettés auprès de la CNSS de quitter le territoire national. Cette décision, perçue comme un signal fort des autorités, vise à contraindre les dirigeants à régulariser leurs dettes sociales.
Co-signée par les ministères des Affaires sociales, de la Défense et de l’Intérieur, elle place les concernés sous la surveillance directe des services aux frontières.
Un recouvrement forcé pour stopper les fuites de capitaux
Si cette disposition ressemble à un séisme pour le patronat, elle n’est pas techniquement nouvelle. Le directeur général de la CNSS, Olivier Rebienot Pellegrin, rappelle qu’elle existait déjà par le passé, bien qu’elle soit restée lettre morte durant des années. Son « dépoussiérage » brutal a été motivé par un incident récent ayant marqué les esprits. Il s’agit du départ précipité du pays des dirigeants d’une société de sous-traitance pétrolière. Ces derniers ont laissé derrière eux plus de 600 salariés sans couverture sociale. Les cotisations n’ont jamais été reversées. En instaurant cette restriction de mouvement, l’État gabonais entend transformer la liberté de voyager en un levier de pression pour garantir le paiement des arriérés.
La survie de la CNSS au cœur du débat
L’urgence de la situation s’explique par la santé financière alarmante de la Caisse nationale de sécurité sociale. Autrefois opulente dans les années 1980, l’institution qui gère les pensions de retraite du secteur privé frôle aujourd’hui la faillite. Pour tenter de stabiliser l’édifice, une loi a récemment augmenté les cotisations patronales et salariales. Cependant, sans un recouvrement efficace des sommes dues, ces réformes restent insuffisantes. La mesure d’interdiction de sortie s’inscrit donc dans une stratégie de survie pour l’organisme, au risque de tendre les relations avec les créateurs de richesses.
Les inquiétudes d’un patronat sous pression
Dans les cercles économiques, l’inquiétude est palpable. De nombreux chefs d’entreprises redoutent que cette contrainte administrative ne vienne paralyser leur activité. La mobilité est souvent une condition sine qua non pour négocier des contrats à l’étranger ou attirer des investissements. Pour certains observateurs, cette pression supplémentaire pourrait dégrader l’attractivité du Gabon auprès des investisseurs internationaux. Elle pourrait également fragiliser les entreprises déjà en phase de redressement. Du côté de la direction de la CNSS, on balaie ces craintes en affirmant qu’une entreprise à jour de ses obligations n’a absolument rien à redouter.
Des zones d’ombre sur l’application du décret
Malgré la fermeté affichée par les autorités, plusieurs interrogations subsistent quant à la mise en œuvre pratique de ce dispositif. Les modalités exactes d’identification des débiteurs aux postes frontières, la durée de la restriction et les voies de recours pour les dirigeants de bonne foi ne sont pas encore totalement clarifiées. En attendant ces précisions administratives, le débat public s’enflamme sur l’équilibre délicat entre la nécessité impérieuse de protéger les droits des retraités et le respect de la liberté de circulation des dirigeants économiques.



