Ouganda : le chef de l’armée nie l’agression de l’épouse de Bobi Wine


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Général Muhoozi Kainerugaba
Le général Muhoozi Kainerugaba

Le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces armées ougandaises et fils du président Yoweri Museveni, a rejeté lundi les accusations d’agression portées par le leader de l’opposition Bobi Wine à l’encontre de son épouse Barbara Kyagulanyi, hospitalisée après une descente militaire à leur domicile. Mais ce n’est pas la première fois que Muhoozi Kainerugaba jette de l’huile sur le feu.

Un démenti provocateur sur les réseaux sociaux

Le général Kainerugaba a publié lundi sur X un message dans lequel il affirme que ses soldats n’ont pas maltraité l’épouse de Bobi Wine. Dans une déclaration aux accents misogynes, il a ajouté que l’armée ne perdait pas son temps avec les femmes et que les militaires recherchaient uniquement le mari, qu’il qualifie de « lâche ».

Cette réaction intervient après les graves accusations formulées par Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi. L’opposant, en clandestinité depuis l’élection présidentielle du 15 janvier, affirme que des centaines de soldats ont fait irruption dans sa résidence du quartier Magere à Kampala dans la nuit de vendredi à samedi, pillant les lieux et agressant son épouse.

Le témoignage glaçant de Barbara Kyagulanyi

Depuis son lit d’hôpital, Barbara Kyagulanyi, surnommée affectueusement « Barbie », a livré un récit détaillé de l’agression aux journalistes. Elle raconte que des dizaines d’hommes en uniforme militaire ont pénétré de force dans son domicile, exigeant de connaître la localisation de son mari.

Face à son refus de coopérer et de déverrouiller son téléphone portable, les assaillants l’auraient étranglée, frappée au visage lui déchirant la lèvre, et partiellement dévêtue. Elle affirme avoir perdu connaissance à l’issue de cette épreuve. L’épouse de l’opposant dit n’avoir aucun doute sur la responsabilité du général Kainerugaba dans cette opération, au vu des menaces répétées qu’il profère contre son mari sur les réseaux sociaux.

Répression post-électorale et inquiétude internationale

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de répression massive de l’opposition depuis la réélection contestée de Yoweri Museveni, 81 ans, pour un septième mandat. Le général Kainerugaba a lui-même revendiqué sur X l’arrestation de plus de 2 000 partisans du parti de Bobi Wine, le National Unity Platform (NUP), et la mort de 30 d’entre eux qu’il qualifie de « terroristes ».

La communauté internationale s’alarme de la situation. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à la retenue et au respect des droits humains. Le sénateur américain Jim Risch a demandé à l’administration Trump de réévaluer les relations sécuritaires avec Kampala et d’envisager des sanctions contre certains responsables, dont Kainerugaba. Des exactions qui viennent au lendemain du triste anniversaire de la prise de pouvoir d’Idi Amin Dada en Ouganda, pour ce qui fut une des dictatures les plus atroces du XXé siècle.

L’Uganda Law Society a dénoncé dimanche une vague de détentions, de tortures et de disparitions forcées visant les opposants. Bobi Wine, qui continue de se cacher, a indiqué lundi que son domicile restait encerclé par les militaires et que le chef de l’armée poursuivait ses menaces à son encontre.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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