Le 25 janvier 1971 l’Ouganda bascula dans l’horreur avec Amin Dada


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Idi Amin Dada
Idi Amin Dada

Il y a cinquante-cinq ans, un coup d’État militaire portait au pouvoir Idi Amin Dada, ancien boxeur et cuisinier de l’armée coloniale britannique. Accueilli avec soulagement par les Occidentaux et acclamé par une partie de la population ougandaise, le nouvel homme fort allait se révéler l’un des dictateurs les plus sanguinaires du XXe siècle. Son régime fera entre 150 000 et 300 000 morts en huit ans.

Un putsch presque parfait

Ce 25 janvier 1971, Milton Obote, « père de l’indépendance » ougandaise, se trouve à Singapour pour un sommet du Commonwealth. À Kampala, les chars défilent dans les rues et la radio nationale annonce le changement de régime. L’aéroport d’Entebbe est bouclé pour empêcher tout retour du président déchu. À 16h30, tout est terminé : l’armée contrôle l’ensemble du pays.

L’accueil est enthousiaste. Les Bagandas, ethnie majoritaire persécutée par Obote, descendent dans les rues pour acclamer le nouveau maître du pays. Les Occidentaux, eux aussi, se félicitent en coulisse. Une note interne du Foreign Office britannique décrit alors Amin comme « un type splendide et bon joueur de rugby ». Washington et Londres voient d’un bon œil la chute d’un dirigeant jugé trop proche de Moscou.

Les premiers jours d’une imposture

Amin sait séduire. Il libère des prisonniers politiques, organise des funérailles nationales pour l’ancien roi Mutesa II mort en exil, promet des élections rapides. Il parcourt Kampala en jeep décapotable, serre des mains, pose pour les photographes. Le monde découvre un personnage haut en couleur, volontiers bouffon, qui propose à Richard Nixon de venir en Ouganda « se remettre du Watergate » et défie le frêle président tanzanien Julius Nyerere de l’affronter sur un ring de boxe.

Mais derrière le masque du pitre se cache déjà le boucher. Dès les premières semaines, le State Research Bureau, version ougandaise des escadrons de la mort, se met en chasse. Les officiers loyalistes d’Obote sont exécutés, certains décapités, d’autres dynamités dans leurs cellules. La traque s’étend bientôt aux intellectuels, aux magistrats, aux journalistes, aux religieux. C’est le début de la folie Amin Dada.

Huit années de cauchemar

Amin Dada
Amin Dada

La suite est connue. Expulsion brutale de 80 000 Indo-Pakistanais en 1972, sur ordre d’une « vision divine ». Rupture avec Israël et alliance avec Kadhafi. Soutien aux preneurs d’otages palestiniens à Entebbe en 1976. Effondrement économique. Mais aussi course automobile au volant de bolides dont il a la passion et il se fait appeler « Son Excellence le Président à vie, Maréchal Alhaji Docteur Idi Amin Dada, titulaire de la Victoria Cross, DSO, titulaire de la Military Cross et Conquérant de l’Empire britannique » Et surtout, la mort industrialisée : corps jetés aux crocodiles du Nil, têtes conservées dans les réfrigérateurs présidentiels, villages entiers rasés.

En 1977, la Commission internationale des juristes estime que 25 000 à 250 000 personnes ont déjà été assassinées depuis le coup d’État. Le bilan final, établi après la chute du régime, oscillera entre 150 000 et 300 000 victimes selon les sources. Certaines estimations allant même jusqu’à 500 000.

Une chute sans justice

En 1979, après une guerre désastreuse contre la Tanzanie, Amin s’enfuit. D’abord en Libye chez son ami Kadhafi, puis en Arabie saoudite où le régime des Saoud lui offre une villa luxueuse et une rente mensuelle de 26 000 dollars. Il y mourra paisiblement le 16 août 2003, à 78 ans, sans avoir jamais été inquiété par la justice internationale.
« Je n’ai pas de remords », déclarait-il quelques années avant sa mort. « Juste de la nostalgie. »

Cinquante-cinq ans après ce 25 janvier funeste, l’Ouganda porte encore les stigmates de cette dictature. Et le monde n’a toujours pas vraiment compris comment un ancien aide-cuisinier analphabète a pu, pendant huit ans, terroriser un pays de dix millions d’habitants sous le regard indifférent, quand il n’était pas complice, des grandes puissances.

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