Ouganda : la folie d’Amin Dada

Idi Amin Dada a marqué l’histoire de l’Ouganda par ses fantaisies et son imprévisibilité. Le militaire comique et naturel du début s’est progressivement transformé en tyran mégalomane et sanguinaire. Celui que beaucoup d’Ougandais appelaient « Big Daddy » inspire encore de la crainte chez les populations.

Après avoir appris que l’on planifiait de l’arrêter pour un détournement de fonds, le général Amin Dada décide de remplacer le Premier ministre Milton Obote, qui assiste à ce moment-là à un sommet du Commonwealth à Singapour. Le coup d’Etat du 25 janvier 1971 est une réussite!
En effet, il est bien accueilli par la communauté internationale, particulièrement par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël, qui trouvaient Obote trop proche du socialisme. Une note du Foreign Office britannique le décrit comme « un type splendide et bon joueur de rugby ». Les Ougandais sont pour une majorité du même avis et acclament Amin Dada, parcourant les rues au volant d’une Jeep décapotable.

Mais, au fur et à mesure, la vraie nature de l’homme se révèle et ses alliés s’éloignent. Amin Dada se tourne alors vers
la Libye de Kadhafi et l’Union soviétique, en s’enfonçant dans la paranoïa et la mégalomanie. Selon Dennis Hill, « ce n’est pas suffisant de limiter Amin Dada à un bouffon ou un meurtrier. Il est une réalité africaine. Il a réalisé le rêve africain, la création d’un état vraiment noir. » Toutefois, il semble avoir perdu le contrôle, et être devenu l’exemple parfait du dictateur fou.

La perte de contrôle

En 1975, Idi Amin Dada s’autoproclame maréchal, puis président à vie. La même année, il se met en scène sur une chaise à porteurs, obligeant des Blancs à le promener dans la capitale, Kampala. Mais c’est au sommet de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) organisé en Ouganda en juillet 1975, que sa mégalomanie atteint son paroxysme. Il organise l’élection d’une « Miss OUA » et un rallye automobile auquel il participe au volant d’un bolide à moteur Maserati. Il présente également une démonstration militaire sur le bord du lac Victoria, qui représente l’attaque de l’Afrique du Sud ségrégationniste par des forces panafricaines, commandées par lui-même. Le dictateur profite aussi de ce sommet pour épouser une cinquième femme, veuve d’un homme assassiné (bizarrement, après que le dictateur soit tombé sous le charme de sa compagne). Même Mouammar Kadhafi n’aurait pas fait mieux ! Un show digne de Bokassa Ier, en plus moderne !

« Big Daddy » est clairement un passionné de grosses voitures, mais aussi de boxe et de films de Walt Disney. Sanguinaire mais aussi infantile donc. Il est largement caricaturé dans le monde occidental, voire même accusé de cannibalisme par certains.
Par ailleurs, comme beaucoup de dictateurs, il aime se faire confectionner des vêtements pour pouvoir porter toutes ses médailles. Il adore les décorations ! Il s’auto-attribue ainsi de nombreux titres comme celui de « roi d’Ecosse », ou de « Conquérant de l’Empire britannique ». L’intégralité de son titre est même « Son Excellence le Président à vie, Maréchal Alhaji Docteur Idi Amin Dada, titulaire de la Victoria Cross, DSO, titulaire de la Military Cross et Conquérant de l’Empire britannique ». Rien que ça !
Drôle? Oui, si l’on retire de son bilan les quelque 300 000 victimes ougandaises.

Lire aussi :

 Le crépuscule d’Amin

 Les ambiguïtés du nationalisme africain