Le crépuscule d’Amin

L’ancien dictateur ougandais Idi Amin Dada, 80 ans, est tombé vendredi soir dans le coma en Arabie Saoudite où il vivait un exil doré. Celui que l’on surnommait « Le Boucher d’Afrique » est aujourd’hui sous respiration artificielle dans un état stationnaire. Suppliées d’accepter, le cas échéant, le rapatriement de la dépouille du maréchal pour des « funérailles décentes », les autorités de Kampala ne semblent pas disposées à une telle clémence.

Chant du signe pour « L’ogre de Kampala ». Idi Amin Dada végète depuis vendredi dans un coma profond à l’hôpital King Faisal de la ville portuaire de Jeddah en Arabie Saoudite. Les médecins se montrent très pessimistes quant à l’état de santé de l’ancien dictateur ougandais âgé aujourd’hui de 80 ans. Le maréchal n’aura sans doute pas le loisir de finir ses jours ou d’être inhumé dans son pays, les autorités lui refusent catégoriquement l’immunité et l’attendent de pieds fermes pour qu’il réponde des exactions commises sous son règne.

Amin Dada, sous traitement depuis trois mois pour fatigue généralisée et hypertension, a directement été placé sous respiration artificielle. Une sombre page de l’histoire de l’Ouganda est peut être sur le point d’être tournée. Maître du pays de 1971 à 1979, il instaurera, à l’image de l’empereur Bokassa 1er en Centrafrique[[<1>Jean Bébel Bokassa a dirigé la Centrafrique de 1966 à 1979. Accusé des pires exactions, dont des cas de cannibalisme, il a été destitué par les Français en 1979 qui lui offriront pourtant l’exil quelques années plus tard. Condamné à mort par contumace en Centrafrique, il décide tout de même de rentrer en 1986. Il ne purgera que 7 ans de prison avant d’être relâché. Il meurt quatre ans plus tard à Bangui]], l’un des régimes les plus sanglants du continent. Un régime qui aura coûté la vie de près de 300 000 personnes.

Ultra nationaliste

Arrivé au pouvoir suite à un coup d’Etat, où il destitue Milton Obote[[<2>Ancien Premier ministre qui s’était abrogé tous les pouvoirs en 1966. En exil en Tanzanie suite au coup d’Etat d’Amin Dada, il revient à la tête du pays en 1980 et imprime un régime tout aussi sanguinaire que son prédécesseur. Il est renversé en 1986 par l’actuel chef de l’Etat, le général Yoweri Museveni]] qui l’avait nommé quelques années plus tôt chef d’état-major. De cuisinier, en 1947, dans l’armée coloniale britannique à maréchal, le militaire analphabète connaît une ascension fulgurante. L’ancien champion de boxe poids lourds d’Ouganda[[<3>Une ceinture qu’il gardera 9 ans de 1951 à 1960]], il garde la regrettable habitude de ne pas faire dans la dentelle. Toute opposition est réprimée dans le sang. Ultra nationaliste, il donne trois mois, en 1972, aux Asiatiques pour quitter le pays. Accusés de détenir tous les commerces, ils seront 50 000 à prendre le chemin de l’exil.

Homme de pouvoir mégalo, il incarnait en Occident le symbole de la république bananière par excellence. Militant pour la cause irlandaise, il affirmait que beaucoup d’Irlandais le considéraient comme le dernier roi du pays. « Si les Irlandais veulent que je sois leur roi, je le serais », avait-il très sérieusement déclaré officiellement. Renversé en 1979 par les rebelles de l’Armée nationale de libération ougandaise (UNLA), soutenus par la Tanzanie[[<4>Amin Dada avait d’abord attaqué la Tanzanie dans le but d’envahir le pays, la contre-attaque sera fatale pour le régime]], Amin Dada trouve d’abord refuge en Libye chez son fidèle ami Muhammar Khadafi. Il quitte 10 ans plus tard le pays pour l’Arabie Saoudite où il réside jusque-ici.

Pas de clémence pour le tyran

Madina Amin, la femme favorite du maréchal, envisageant le pire, a plaidé la cause de son époux auprès du Président de la République, Yoweri Museveni. Elle a demandé au chef de l’Etat l’autorisation de rapatrier, le cas échéant, le corps du défunt en Ouganda pour qu’il « puisse avoir des funérailles décentes ». La réponse elliptique des autorités laisse entendre que le pays ne passera pas l’éponge aussi facilement. « En tant qu’être humain et Ougandais, il peut prendre la décision de rentrer. Mais il doit se préparer à se défendre contre les allégations de violations des droits de l’Homme qui pèsent contre lui (…) Si sa famille souhaite le ramener mort ou vif, c’est une affaire privée entre elle et lui », déclare-t-on à la présidence.

Le fait est qu’un rapport de la Commission d’enquêtes sur les violations des droits de l’Homme de 720 pages attend sagement Amin Dada à Kampala. Les Ougandais ont la mémoire longue et ils comptent bien, d’une manière ou d’une autre, faire payer l’ancien tyran. Au nom de la justice, au nom des victimes, au nom de l’histoire.