Ouganda : le chef de l’armée annonce l’élimination de 30 opposants et 2 000 arrestations


Lecture 3 min.
Général Muhoozi Kainerugaba
Le général Muhoozi Kainerugaba

À peine la réélection contestée de Yoweri Museveni annoncée, l’Ouganda sombre dans une répression d’une brutalité inédite. Le chef de l’armée, Muhoozi Kainerugaba, a revendiqué l’élimination de 30 opposants et l’arrestation de 2 000 personnes, assumant publiquement une stratégie de terreur destinée à étouffer toute contestation.

Le climat politique en Ouganda bascule dans une violence assumée au plus haut sommet de l’État. Alors que les résultats officiels de l’élection présidentielle confirment le maintien au pouvoir de Yoweri Museveni, son propre fils et chef de l’armée, Muhoozi Kainerugaba, a pris la parole pour dresser un bilan particulièrement lourd des opérations militaires en cours. Ce dernier s’est ouvertement félicité des pertes infligées à l’opposition, qualifiant les victimes de terroristes.

Un bilan humain dramatique revendiqué sur les réseaux sociaux

Dans une déclaration publiée ce vendredi sur le réseau social X, le général Muhoozi Kainerugaba a annoncé que l’armée avait tué trente membres de la Plateforme d’unité nationale (NUP), la principale formation d’opposition dirigée par Bobi Wine.

Utilisant une rhétorique martiale, le fils du chef de l’État a également confirmé l’arrestation de plus de deux mille individus, qu’il désigne comme des complices de son adversaire politique. Cette sortie médiatique, d’une rare violence, confirme la volonté du régime de briser toute contestation par la force.

Un scrutin sous le feu des critiques internationales

Ces événements tragiques s’inscrivent dans le sillage de la réélection de Yoweri Museveni, 81 ans, pour un septième mandat consécutif. Bien que la commission électorale ait validé sa victoire, le processus a été entaché de nombreuses irrégularités dénoncées par les observateurs internationaux et les organisations de défense des droits de l’homme.

Le blocage d’Internet durant plusieurs jours et le déploiement massif des forces de sécurité ont créé un environnement de peur, empêchant une expression démocratique libre.

L’opposition traquée et poussée à la clandestinité

Face à l’ampleur de la répression, la figure de proue de l’opposition, Bobi Wine, a été contrainte à la fuite. Son domicile a été pris d’assaut par les forces de l’ordre au lendemain du vote, alors qu’il dénonçait des fraudes massives. Le harcèlement ne se limite pas au leader de la NUP, puisque des élus sont également visés.

L’arrestation du député Muwanga Kivumbi illustre cette traque systématique. Ce dernier avait récemment témoigné de l’exécution de dix de ses partisans par des militaires au sein même de sa résidence privée dans le centre du pays.

Les ambitions affichées d’un héritier controversé

Au-delà de la gestion sécuritaire, les déclarations de Muhoozi Kainerugaba révèlent ses ambitions politiques personnelles. Déjà connu pour ses provocations numériques, le chef de l’armée ne cache plus son désir de succéder à son père. En affirmant publiquement vouloir éliminer politiquement et physiquement ses opposants, il s’impose comme l’homme fort du régime, au détriment des procédures légales.

Pendant ce temps, les avocats des nombreux détenus tentent d’alerter sur des incarcérations arbitraires, de nombreux citoyens ayant été arrêtés à leur domicile sans aucun motif légal apparent.

Fidele K
LIRE LA BIO
Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News