« Opération Trampolín » à Ceuta : une nouvelle évacuation de migrants, neuf jours avant la visite du roi d’Espagne


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Ceuta le rapport policier qui change la lecture de la crise
Montage éditorial associant une scène de l’entrée massive à Ceuta et la couverture du rapport du CENIF transmis à la justice espagnole.

Les forces de sécurité espagnoles ont lancé, ce dimanche 4 octobre 2026, un dispositif baptisé « Opération Trampolín » afin d’évacuer un campement de fortune établi sur la plage d’El Trampolín, à Ceuta. Cette zone côtière de l’enclave espagnole en Afrique du Nord abrite plus de 3 500 personnes vivant dans des installations précaires depuis plus de deux mois, à la suite de la crise migratoire survenue fin juillet 2026 à la frontière avec le Maroc voisin.

A Ceuta, des unités policières ont été déployées sur la plage. Le déploiement des effectifs a débuté peu avant 8 heures, après la fermeture des axes routiers reliant les localités de Benítez et Benzú par la police locale dès 7h30 ce même matin. Pour mener cette évacuation, les autorités de Madrid ont mobilisé des agents antiémeutes de l’Unité d’intervention policière (UIP) venus de Séville, Grenade et Malaga, ainsi que des effectifs de l’Unité de prévention et de réaction (UPR) et des agents des services de renseignement.

Les motivations sanitaires et sécuritaires de l’évacuation

Pour sécuriser le périmètre, les forces de l’ordre ont bloqué l’ensemble des accès pédestres et routiers menant à la plage, ce qui a empêché les mouvements vers les collines environnantes situées à proximité immédiate du campement. Le dispositif s’appuie sur un drone de surveillance aérienne et sur du matériel lourd récemment acheminé depuis la péninsule ibérique, dont un véhicule tout-terrain de type Vamtac S3 et deux véhicules blindés de modèle BMR, déployés sur le site dès l’aube.

La préfecture de police justifie cette évacuation par la dégradation des conditions sanitaires sur la plage d’El Trampolín, observée ces dernières semaines par les équipes locales. Les rapports officiels font état d’une contamination des eaux maritimes bordant le campement, ce qui représente un risque sanitaire direct pour les occupants. Les autorités locales évoquent également l’impossibilité de garantir la sécurité publique sur le site, en raison d’une multiplication des altercations et des incidents violents survenus récemment.

Les modalités pratiques du transfert des migrants

L’intervention a débuté à 8 heures ; la pluie s’est mise à tomber vers 8h30, compliquant les opérations sur le terrain tout au long de la matinée. Les agents se sont rendus individuellement dans chaque tente et baraquement pour notifier l’ordre d’évacuation aux résidents présents. Un traducteur officiel a formulé les consignes en langue arabe pour guider les personnes recensées, tandis que les équipes techniques procédaient au démantèlement des structures installées à même le sable.

L’évacuation de dimanche constitue la première phase d’un processus progressif donnant la priorité aux femmes et aux enfants, bien que la population du campement soit majoritairement masculine selon les recensements disponibles sur place. Le transfert est assuré par des rotations de bus vers le Centre d’accueil temporaire de Tarajal (CATE). Selon Radio Televisión Ceuta, le premier véhicule de transport a quitté les abords de la plage peu avant 9 heures avec les premiers groupes évacués à bord.

Les précédents bilans et l’échéancier politique

Au centre de Tarajal, les services administratifs effectuent les formalités d’identification et le tri des personnes évacuées au fil de la journée. À l’issue de cette procédure, les autorités orientent les migrants vers les structures d’hébergement de Loma Colmenar, qui disposent d’une capacité supérieure à 1 000 places, ou vers les installations aménagées dans la zone portuaire. Chaque dossier fait l’objet d’un examen individuel pour valider les demandes d’asile ou organiser les procédures de renvoi vers le Maroc.

Cette intervention est la troisième opération d’évacuation côtière menée à Ceuta, après deux précédentes sur les plages de Benítez au cours des dernières semaines. Le gouvernement espagnol a fixé au 15 octobre 2026 la date limite pour achever les évacuations prévues dans l’enclave. Cette échéance précède de deux jours seulement la visite officielle du roi Felipe VI et de la reine Letizia, prévue le 13 octobre, une proximité de calendrier qui n’a pas été commentée publiquement par les autorités.

Plus de 70 000 personnes entrées à Ceuta

Les difficultés logistiques actuelles découlent directement de la saturation des structures d’accueil permanentes et temporaires de la ville, confrontée à un afflux continu. À la mi-septembre, une précédente opération sur la plage de Benítez avait permis le transfert de 1 700 personnes vers le port. Cette structure portuaire, initialement calibrée pour ce même nombre de places, s’est toutefois retrouvée saturée par l’arrivée de plus de 2 000 personnes, contraignant une partie des déplacés à retourner s’installer sur le littoral.

La situation actuelle découle des événements des 30 et 31 juillet, durant lesquels plus de 70 000 personnes étaient entrées à Ceuta à la nage ou à pied depuis la frontière marocaine. Cette entrée massive s’est soldée par la mort d’au moins une centaine de personnes, principalement par noyade, selon les autorités. La majorité de ces migrants ont été reconduits au Maroc dans les heures suivant leur arrivée, mais plusieurs milliers d’entre eux sont restés bloqués à Ceuta depuis lors.

Premier déplacement d’un souverain espagnol depuis novembre 2007

Cette crise migratoire entretient des tensions diplomatiques régulières entre l’Espagne et le Maroc, qui revendique la souveraineté sur les enclaves de Ceuta et Melilla depuis des décennies. Le déplacement du roi Felipe VI le 13 octobre, coordonné entre la Maison royale et le gouvernement de Pedro Sánchez, sera le premier déplacement d’un souverain espagnol dans ces territoires depuis la visite de Juan Carlos en novembre 2007, laquelle avait alors provoqué une crise diplomatique durable avec Rabat.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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