
Un nouvel épisode de violences secoue le Nigeria et met en évidence l’ampleur de la crise sécuritaire dans le nord-ouest du pays. L’enlèvement massif de fidèles dans l’État de Kaduna relance les inquiétudes sur la capacité des autorités à protéger les populations civiles, en particulier dans les zones rurales isolées. Entre silence officiel, accusations de laxisme et réactions internationales de plus en plus pressantes, ce drame met à nu les fragilités politiques, sécuritaires et sociales du Nigeria contemporain.
Le nord-ouest du Nigeria replonge dans l’angoisse après une série d’enlèvements massifs visant des communautés chrétiennes. Plus de 170 fidèles ont été emmenés de force lors d’attaques coordonnées contre plusieurs lieux de culte dans l’État de Kaduna. Cet épisode, l’un des plus graves de ces derniers mois, met une nouvelle fois en lumière l’insécurité chronique qui frappe cette région du pays et ravive les débats, à la fois internes et internationaux, sur la protection des minorités religieuses.
Des attaques coordonnées en pleine célébration religieuse
Les faits se sont déroulés dimanche matin, alors que des fidèles participaient aux offices dans des églises situées dans des localités rurales du district de Kajuru. Selon des témoignages recueillis par des responsables religieux, des hommes armés ont fait irruption dans les lieux de culte, encerclé les bâtiments puis conduit les fidèles hors des villages, sous la menace, en direction de zones boisées difficiles d’accès. L’opération, menée simultanément dans plusieurs églises, a provoqué la disparition de familles entières.
Dans certains hameaux, les habitants restés sur place se comptent désormais sur les doigts d’une main, accentuant le sentiment d’abandon et de vulnérabilité. Pendant plus d’une journée, les autorités nigérianes ont minimisé ou nié l’ampleur de l’incident, invoquant des difficultés de communication liées à l’isolement de la zone. Ce n’est que tard dans la soirée du mardi 20 janvier que la police a officiellement reconnu qu’un enlèvement de masse avait bien eu lieu. Ce délai a suscité une vive indignation au sein des organisations chrétiennes du pays.
Une région livrée aux groupes armés
L’Association chrétienne du Nigeria a dénoncé ce qu’elle considère comme un manque de transparence et de réactivité de la part des forces de sécurité. Des accusations ont également été formulées à l’encontre de l’armée, soupçonnée d’avoir restreint l’accès à la zone sans fournir d’informations claires aux familles des victimes. L’État de Kaduna, comme d’autres régions du nord-ouest nigérian, est devenu, ces dernières années, un terrain d’action privilégié pour des groupes armés qualifiés localement de « bandits ».
Ces groupes pratiquent enlèvements contre rançon, pillages de villages et attaques ciblées, dans un contexte d’extrême pauvreté, de prolifération des armes et de faible présence étatique. Les communautés chrétiennes, souvent installées dans des zones rurales isolées, se retrouvent particulièrement exposées. Une semaine avant les enlèvements récents, des habitants de la même localité avaient déjà versé plusieurs millions de nairas pour obtenir la libération de proches kidnappés, ce qui illustre un cycle de violences et de rançons devenu presque routinier.
Pression internationale grandissante sur Abuja
Si les autorités nigérianes présentent généralement ces violences comme des actes criminels motivés par l’appât du gain, de nombreux responsables chrétiens y voient une dimension religieuse évidente. Cette perception est largement relayée à l’international, notamment aux États-Unis, où plusieurs responsables politiques évoquent régulièrement une persécution des chrétiens au Nigeria. Récemment, des élus américains se sont rendus sur place pour évaluer la situation sécuritaire. L’un d’eux a alerté sur ce qu’il décrit comme une menace existentielle pesant sur les chrétiens nigérians, appelant à un engagement plus fort pour leur protection.
Ces événements interviennent dans un contexte diplomatique sensible. Les autorités nigérianes subissent une pression accrue de la part de partenaires étrangers, en particulier des États-Unis, qui ont récemment justifié certaines opérations militaires par la nécessité de défendre les populations civiles et religieuses menacées. Pour Abuja, l’enjeu est double : restaurer la sécurité dans des régions où l’État peine à imposer son autorité, tout en évitant que la crise ne prenne une tournure confessionnelle susceptible d’aggraver les fractures nationales.
Des populations prises au piège de l’insécurité
Sur le terrain, les conséquences humaines sont dramatiques. Les familles des otages vivent dans l’angoisse, sans nouvelles fiables, tandis que des villages entiers se vident progressivement de leurs habitants, fuyant vers des zones urbaines déjà surpeuplées. Les leaders religieux appellent à une action urgente, craignant que ces attaques répétées ne provoquent un exode durable et une rupture du tissu social local.





