Nigeria : Bola Tinubu se rend à Jos après les émeutes meurtrières


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Bola Tinubu, président de la CEDEAO
Bola Tinubu, président du Nigeria

Le président nigérian Bola Tinubu est attendu à Jos après une flambée de violences meurtrières ayant secoué l’État du Plateau. Des émeutes ont éclaté à la suite d’une attaque armée ayant fait une trentaine de morts lors du dimanche des Rameaux. La situation sécuritaire s’est rapidement dégradée, entraînant lynchages, incendies et évacuation de l’université locale.

La ville de Jos, capitale de l’État du Plateau au Nigeria, panse ses plaies dans un climat d’extrême nervosité. Après un week-end sanglant et une journée de mercredi marquée par des émeutes dévastatrices, le président nigérian Bola Tinubu est attendu sur place ce jeudi. Ce déplacement présidentiel intervient alors que la cité, point de suture géographique et culturel entre le nord à majorité musulmane et le sud à dominante chrétienne, vacille une nouvelle fois sous le poids des clivages communautaires et des violences foncières.

Une onde de choc après le massacre du dimanche des Rameaux

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres remonte au dimanche 29 mars 2026. Alors que les fidèles célébraient les Rameaux, un commando armé a fait irruption dans un bar du quartier d’Anguwan Rukuba, ouvrant le feu de manière indiscriminée. Le bilan est lourd : une trentaine de personnes ont perdu la vie. Si l’attaque n’a pas été formellement revendiquée, elle a immédiatement ravivé les braises des tensions religieuses. Sur les réseaux sociaux, des rumeurs persistantes ont affirmé que la communauté chrétienne était spécifiquement visée, provoquant une colère noire chez une partie de la population.

Mercredi, cette exaspération s’est transformée en chaos urbain. Des foules de jeunes ont envahi plusieurs quartiers, érigeant des barrages et incendiant des véhicules. Des scènes de lynchage ont été rapportées par des témoins oculaires, notamment à Jenta Apata, où un taxi a été intercepté par des émeutiers. Le bilan humain de cette journée de mercredi reste flou, bien que des journalistes sur place aient pu confirmer la présence de corps sans vie dans les rues et de nombreux blessés par balles ou par lapidation dans les hôpitaux locaux.

L’université de Jos évacuée face à l’urgence sécuritaire

Le climat de terreur a contraint les autorités académiques à prendre des mesures radicales. L’université de Jos, située à proximité des zones de conflit, a ordonné l’évacuation immédiate de ses résidences étudiantes mercredi et jeudi. Dans la panique, des centaines de jeunes ont dû quitter les campus, escortés par les forces de sécurité vers des zones jugées plus sûres. Cette décision souligne la fragilité de la situation humanitaire dans une ville où la cohabitation, bien que réelle, reste à la merci de la moindre provocation extérieure.

Les forces de sécurité, l’armée en tête, patrouillent désormais dans les artères principales de Jos pour disperser les derniers rassemblements. Si des vidéos montrent des soldats portant secours à des personnes vulnérables, l’efficacité du couvre-feu décrété en début de semaine est remise en question par l’ampleur des représailles constatées mercredi.

Un conflit foncier déguisé en guerre de religion

Derrière les slogans religieux se cache une réalité socio-économique beaucoup plus complexe et enracinée. L’État du Plateau est le théâtre d’un conflit ancestral pour l’accès aux terres et aux ressources en eau. Ce « Middle Belt » nigérian voit s’affronter régulièrement des agriculteurs sédentaires et des éleveurs nomades. Ces rivalités foncières transcendent souvent les clivages ethniques, mais elles finissent par être instrumentalisées par des acteurs politiques ou religieux, transformant chaque fait divers en une potentielle guerre civile locale.

La visite de Bola Tinubu ce jeudi est perçue comme un test majeur pour son administration. Le président devra non seulement présenter ses condoléances aux familles endeuillées, mais aussi proposer des solutions concrètes pour briser le cycle des attaques et des représailles. Dans une région où le concept d' »autochtone » est politiquement explosif, le défi de la présidence sera de restaurer une autorité de l’État capable de garantir la sécurité de tous, indépendamment de l’ethnie ou de la foi, afin d’éviter que Jos ne bascule à nouveau dans les années sombres de violences intercommunautaires.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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