
Face à la flambée des violences xénophobes qui embrasent les townships sud-africains depuis fin mars 2026, 130 ressortissants nigérians ont réclamé leur rapatriement immédiat. Abuja a convoqué l’ambassadeur de Pretoria et mobilisé ses consulats pour organiser des vols de retour. Une crise qui expose cruellement les fractures de la solidarité panafricaine.
Au moins 130 Nigérians se sont inscrits pour des vols d’évacuation volontaire depuis l’Afrique du Sud. Le gouvernement fédéral nigérian déploie tous les moyens pour protéger ses citoyens face aux manifestations anti-étrangers qui paralysent le pays. Cette démarche révèle l’ampleur de la peur qui gagne la communauté nigériane, l’une des plus importantes du continent.
Violences depuis le 30 mars
Depuis le 30 mars 2026, des Nigérians sont agressés, hospitalisés et dépossédés de leurs biens dans la province du Cap-Oriental. Des groupes sud-africains ont pris d’assaut commerces, véhicules et entrepôts de la communauté igbo dans les quartiers d’Albany et de Buffalo, à KuGompo (près d’East London). Les troubles se sont ensuite étendus au KwaZulu-Natal.
Au moins 26 Nigérians ont été hospitalisés tandis que des biens et commerces estimés à plusieurs millions de rands ont été détruits ou pillés. Ces violences forçent de nombreux résidents à rester confinés chez eux.
Le déclencheur : un festival culturel igbo
Le conflit a éclaté après l’installation de Solomon Eziko comme Eze Ndi Igbo d’East London, une tradition courante dans la diaspora igbo mondiale. La Haute Commission du Nigeria en Afrique du Sud a démenti tout couronnement officiel, soulignant qu’il s’agissait d’un simple festival culturel. Pour autant, la violence a déjà fait deux morts nigérians.
Abuja a convoqué l’ambassadeur sud-africain pour évoquer les « mauvais traitements infligés à des citoyens nigérians et les attaques contre leurs commerces ». Le Nigeria emboîte le pas au Ghana, qui avait agi une semaine plus tôt. En réponse à l’inquiètude de ses ressortissants, les consulats nigérians proposent un vol gratuit de rapatriement aux volontaires.
« Shutdown » national le 4 mai
La situation reste volatile. Des groupes xénophobes appellent à un « shutdown » national ce 4 mai 2026, exigeant l’expulsion de tous les étrangers. Opération Dudula (Soweto, 2021) et March and March mènent les manifestations.
Ces violences s’enracinent dans une crise économique structurelle car ces violences xénophobes se poursuivent depuis de nombreuses années. Aujourd’hui l’Afrique du Sud affiche un taux de chômage oscillant entre 32 et 35 %, tandis que les inégalités comptent parmi les plus élevées au monde. Au cours de l’année fiscale 2025-2026, les autorités sud-africaines ont enregistré 57 784 expulsions de migrants, marquant une augmentation de 46 % en deux ans
Xenowatch (Université de Witwatersrand) recense depuis 1994 : 669 morts, 5 310 commerces pillés, 127 000 déplacés par xénophobie.



