Niger : l’opposition boycotte les élections législatives

Etouffée par les vagues de procès qui s’abattent sur elle, l’opposition tente de montrer sa détermination à lutter contre l’autoritarisme en annonçant sa volonté de boycotter les élections législatives du 20 octobre. Le Président Mamadou Tandja contrôle le gouvernement d’une main de fer, du fait de la réforme constitutionnelle d’août dernier. Il entend par ailleurs profiter de ce scrutin pour étendre son influence au Parlement en y plaçant des hommes de confiance. En mai, il avait dissous l’Assemblée, face à son refus de voter pour la tenue du référendum sur la question. Les élus signifiaient de la sorte indirectement leur désaccord quant à la volonté de Tandja de se représenter pour un troisième mandat, en 2012.

Il faut boycotter les élections législatives à venir le 20 octobre, a décidé la Coordination des forces démocratiques pour la République (CFDR), le rassemblement de l’opposition nigérienne. La campagne électorale, qui doit se dérouler du 28 septembre (ce lundi) au 18 octobre prochain, se fera donc sur un enjeu bien plus large que le simple renouvellement des sièges de députation. Selon les opposants, c’est l’implantation de la démocratie au Niger qui est en jeu.

Le Président Mamadou Tandja, en poste depuis 10 ans, a dissous en mai l’Assemblée nationale, qui avait fait preuve de résistance dans la campagne qu’il menait pour une réforme de la Constitution. Elle s’était opposée à la tenue d’un référendum sur le sujet, qui a finalement eu lieu en août et a fait l’objet de nombreuses controverses. La présidence affirme que ce scrutin, boycotté lui aussi par l’opposition, a été favorable à Tandja à hauteur de 92,5%. Ce dernier dispose désormais de pouvoirs renforcés, par exemple dans la nomination du gouvernement, et pourra se présenter une troisième fois en 2012. Son mandat se terminait en théorie en décembre, mais Tandja s’est arrogé le droit, dans la nouvelle Constitution, de rester en place au moins trois ans de plus. L’article consacré à cette disposition est taillé sur mesure et précise qu’il « ne peut faire l’objet d’aucune révision ».

Des bâtons dans les roues… mais un caillou dans la chaussure

Une manifestation de la CFDR a été interdite samedi dernier dans la capitale Niamey, officiellement pour le non respect du délai légal de cinq jours pour organiser une telle marche. Dans son discours le jour même, Mahamadou Issoufou, dirigeant d’opposition du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), a dénoncé une manifestation « sauvagement réprimée » par une police s’apparentant plus à une « milice ».

La Coalition, qui regroupe partis, syndicats, associations de défense des droits humains et autres organisations de la société civile, est depuis plusieurs mois soumise à d’intenses attaques judiciaires, commanditées par le pouvoir. Pas moins de 124 anciens députés ont ainsi été assignés devant les tribunaux, accusés de détournement d’argent public, et officieusement d’avoir désobéi à la volonté de Tandja. Une trentaine d’entre eux sont d’ailleurs actuellement en liberté conditionnelle.

La justice ne peut pas pour autant être considérée comme « aux ordres », puisqu’elle a par exemple donné raison la semaine dernière à Issoufou. Le président du PNDS, qualifié par Fasozine de « caillou dans la chaussure de Tandja », avait été empêché de prendre un avion Niamey-Cotonou, le 10 septembre, et s’était vu confisquer son passeport par la police aéroportuaire. Le juge a rappelé l’importance de la présomption d’innocence et a rendu ses papiers à Issoufou.

Il semble que la dénonciation des détournements doive s’arrêter, selon le camp de Tandja, là où commencent ses propres intérêts. Plusieurs journalistes en ont ainsi fait les frais. Ibrahim Soumana Gaoh, directeur du Témoin a par exemple été mis derrière les barreaux le 22 septembre, pour avoir révélé la possible implication de l’ancien ministre de la Communication Mohamed Ben Omar dans un détournement financier. Abdoulaye Tiémogo, directeur du Canard déchaîné, purge par ailleurs depuis le 18 août une peine de trois mois d’emprisonnement pour avoir rapporté un commentaire de l’ancien Premier ministre Hama Amadou sur le mandat d’arrêt lancé contre ce dernier. « A l’injustice, les autorités nigériennes ajoutent désormais la cruauté. Non seulement Abdoulaye Tiémogo est innocent, mais il est malade et nous exigeons qu’il reçoive les soins dont il a besoin », a expliqué Reporters sans frontières (RSF) le 1er septembre.

Des membres d’associations de défense des droits humains ont également été arrêtés, à l’image de Marou Amadou, président du Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques au Niger (FUSAD). Condamné à un mois de prison pour avoir géré son association sans autorisation légale, il a été libéré il y a peu. Des bastonnades avaient été rapportées lors de son procès en août, signe d’une tension montante. Une fois libre, il a d’abord préféré se cacher quelque jours « dans un lieu sûr », en attendant d’obtenir des « garanties » pour sa sécurité, selon ses déclarations rapportées par Temoust.org.

Mahamadou Issoufou a pris soin de rappeler samedi que le Niger est classé dernier par l’ONU au niveau de l’Indice de développement humain (IDH), parmi les 177 pays répertoriés. Une façon d’appuyer les conséquences désastreuses du véritable rapport de force engagé depuis plusieurs mois par le Président Tandja. L’opposition politique et les organismes qui critiquent le régime sont chacun limités dans leur expression, par voie d’intimidation judiciaire. Et le président, qui dispose avec la nouvelle Constitution d’un contrôle sur le gouvernement, envoie désormais des ministres de confiance à l’Assemblée, pour éviter qu’elle ne cherche à le contredire. Ben Omar est en particulier pressenti pour présider la chambre qui sera élue le 20 octobre, ce qui présage de l’abolition du contre-pouvoir législatif.

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