Niger : Marou Amadou aux prises avec la justice

Marou Amadou, opposant nigérien, président du Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques au Niger (FUSAD), a été placé en garde à vue mercredi. Il est poursuivi pour « avoir administré une organisation – la FUSAD – sans autorisation légale ». Depuis lundi, il fait des allers-retours entre la prison de Niamey, le tribunal et les locaux de la police judiciaire. Ces derniers temps, l’activiste avait multiplié les appels à la mobilisation pour contrer le président Mamadou Tandja qui tente de s’accrocher au pouvoir.

Le sort de Marou Amadou reste incertain. L’opposant au régime du président Mamadou Tandja et président du Front uni pour la sauvegarde des acquis démocratiques au Niger (FUSAD) a été placé en garde à vue, mercredi, en raison de « nouvelles poursuites ». Il est accusé d’avoir « administré une organisation – la FUSAD – sans autorisation légale ». Incarcéré depuis mardi soir dans les locaux de la police judiciaire de Niamey, l’activiste paraissait, mercredi, aux dires de son avocat Marc Lebihan, « affaibli et choqué ».

Et pour cause, la veille, après voir été relaxé par la justice pour vice de forme, l’activiste avait été réincarcéré à la suite d’une journée très agitée. Jugé pour « propagande à caractère régionaliste et incitation adressée aux forces de défense et de sécurité à la désobéissance », il s’était rendu mardi dans la matinée au tribunal de Niamey pour y être entendu. Une audience qui a dû être suspendue durant une heure, à la suite d’échauffourées devant le palais de justice qui ont « fait plusieurs blessés ». « Les forces de l’ordre ont lancé des gaz lacrymogènes sur les partisans de Marou Amadou », indique à Afrik.com, Ali Idrissa, le directeur général adjoint de la chaîne privée Dounia et membre du FUSAD, présent sur les lieux.

Un mardi agité

Relâché par la justice aux termes de l’audience, Marou Amadou attendait sa levée d’écrou à la prison civile de Niamey quand deux véhicules, avec à son bord « des hommes en armes », des éléments de la garde républicaine, ont fait irruption. « Ils l’ont jeté sur le siège arrière d’un pick-up et après ils ont démarré en trombe. J’ai essayé de les suivre mais ils roulaient beaucoup trop vite », raconte son avocat. Par la suite, le militant nigérien aurait fait plusieurs allers-retours à la prison de sécurité de Koutoukalé, localité située au nord de la capitale. Selon Marc Lebihan, ces va-et-vient seraient liés à la position des magistrats qui n’« ont pas pris la responsabilité de cette déportation ». « Pour preuve, je me suis rendu chez le procureur pour lui parler de la situation mais lui-même n’était pas au courant », explique-t-il.

Sans doute sous la pression médiatique, le militant a été finalement reconduit à la prison de Niamey où on lui a signifié sa mise en liberté. Mais alors que tout semblait régler, il a été repris aux alentours de 22 heures par la police judiciaire qui l’a emmené dans ses locaux. Une interpellation effectuée après l’heure légale autorisée fixée à 21 heures. Marou Amadou « très affaibli » a été amené chez le médecin qui a diagnostiqué « son incapacité à répondre à l’interrogatoire ». Il a passé la nuit de mardi en cellule.

L’imbroglio

Selon son avocat, « cette interpellation serait un moyen pour relancer la procédure ». Interrogé par Afrik.com, Abdoulaye Assane Diallo, conseiller à la communication à la présidence du Niger, a de son côté déclaré que « Marou Amadou avait été repris par la justice » arguant que « nul n’était au-dessus des lois ». Des propos contestés par Marc Lebihan. « J’ai regardé hier soir et mercredi matin. A ma connaissance, le procureur de la République n’avait pas interjeté l’appel », indique l’avocat.

Marou Amadou est une figure importante de la société civile et de l’opposition. Il avait déjà été interpellé lundi pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Depuis quelque mois, il condamnait les menées du président nigérien Mamadou Tandja pour se maintenir au pouvoir, grâce à l’adoption, le 4 août par voie de référendum, d’une nouvelle Constitution. Un texte qui devrait autoriser le chef de l’Etat à briguer un troisième mandat.