Nicolas Sarkozy lance « un appel fraternel à tous les Africains »

A peine élu, le nouveau Président de la République française, Nicolas Sarkozy, s’est adressé aux Africains pour leur promettre de les aider à régler leurs problèmes fondamentaux. Il a affiché une volonté manifeste de rassembler et d’être considéré comme un humaniste et un homme de paix.

« Je veux lancer à tous les Africains un appel fraternel pour leur dire que nous voulons les aider à vaincre la maladie, la famine et la pauvreté et à vivre en paix », a déclaré Nicolas Sarkozy, dimanche soir, à la salle Gaveau, à Paris, après l’annonce de sa victoire à l’élection présidentielle française. Dès sa première prise de parole, il a choisi d’évoquer l’Afrique, un continent dont le sort des habitants avait concentré nombre des critiques adressées à sa personne. Ses adversaires n’avaient pas manqué de rappeler la brutalité de sa politique vis-à-vis des sans-papiers, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, et l’extrême fermeté de ses déclaration au sujet de l’immigration. Laquelle lui a d’ailleurs permis de séduire une partie des électeurs du Front National. Une fois élu, Nicolas Sarkozy s’est, sans renier sa volonté d’endiguer l’immigration, présenté comme le digne héritier de la France des Droits de l’Homme, humaniste et généreuse, et a tendu ostensiblement la main aux Africains. « Je veux leur dire que nous déciderons ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse », a-t-il affirmé.

Nicolas Sarkozy s’est aussi adressé tout particulièrement aux habitants de l’Afrique du Nord, en évoquant à demi-mot la menace terroriste et l’islamisme qu’il pense pouvoir circonscrire en unissant dans un grand ensemble les pays de la Méditerranée : « Je veux lancer un appel à tous les peuples de la Méditerranée pour leur dire que c’est en Méditerranée que tout se joue, et que nous devons surmonter toutes les haines pour laisser la place à un grand rêve de paix et de civilisation. » Un rêve qui pourrait se concrétiser dans un grand projet d’Union méditerranéenne : « Je veux leur dire que le temps est venu de bâtir ensemble une Union Méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. »

Après les promesses, les actes

Revenant sur quelques uns de ses thèmes favoris de campagne, il a rappelé qu’il entendait « réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect, le mérite ». Désirant répondre à la crise d’identité que traverse la France, il a soutenu qu’il voulait « remettre à l’honneur la nation et l’identité nationale ». Une identité nationale dont les contours pourraient de nouveau être le sujet des débats les plus vifs. Car la suite du discours du nouveau président de la République soulève nombre d’interrogations sur la manière dont il gérera les questions mémorielles liées à la colonisation et à l’esclavage, deux pages parmi les plus sombres de l’histoire de France. « Je veux rendre aux Français la fierté d’être Français. Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres. », s’est-il exclamé. Mais une partie des citoyens français, les descendants des colonisés essentiellement, se bat pour que cette mémoire soit respectée et largement enseignée en France et tient de surcroît à entendre les voix de la repentance. Nicolas Sarkozy, qui en tant que Président de la République se doit d’être rassembleur, parviendra-t-il à trouver un consensus sur ces questions ?

Pendant la campagne électorale, Ségolène Royal et François Bayrou avaient mis en doute ses capacités à incarner la France dans son ensemble. Et, faisant régulièrement allusion à l’épisode de la « racaille » des banlieues à nettoyer au « kärcher », ils avaient dénoncé sa « brutalité ». Dans le même temps, la presse africaine avait largement fait écho de la méfiance, si ce n’est de la défiance, des populations du continent à l’égard du candidat de l’UMP, comme des Français d’origine africaine qui, dans leur majorité, selon un sondage de Jeune Afrique paru le 27 mars, plébiscitaient Ségolène Royal. Dimanche et tout au long de ces derniers mois, Nicolas Sarkozy a beaucoup promis. Seuls les actes pourront faire changer d’avis ceux qui lui restent fermement hostiles.