Mer Rouge, Malouines : le Somaliland fait de sa géographie une arme diplomatique


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carte Somaliland
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Face à l’immobilisme de la communauté internationale, la république autoproclamée du Somaliland délaisse le droit pour la Realpolitik. En monnayant sa position stratégique dans le golfe d’Aden auprès d’acteurs clés comme l’Éthiopie ou Israël, Hargeisa impose une diplomatie transactionnelle qui bouscule les anciennes puissances coloniales, Royaume-Uni en tête.

Toujours non reconnu par Londres malgré son passé de protectorat britannique, le Somaliland mise sur sa position stratégique sur la route de la mer Rouge pour exister sur la scène internationale. Après son mémorandum controversé avec l’Éthiopie et sa reconnaissance historique par Israël fin 2025, Hargeisa veut imposer un changement de paradigme et ne se contentt plus d’invoquer le droit, il négocie désormais des accès aux ports et des facilités militaires.

La position du Royaume-Uni, elle, reste pour l’instant figée. À l’automne 2025, le Foreign Office a réitéré son attachement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Somalie, rappelant que toute évolution du statut de Hargeisa devait passer par un accord avec Mogadiscio. C’est précisément cette ligne de fermeté que le Somaliland cherche à fissurer.

Les Malouines contre la reconnaissance

En affichant son soutien à Londres sur le dossier des malouines, cet archipel disputé par l’Argentine, la Somaliland envoie un signal au Royaume-Uni. Ce geste, relayé par le Somali Guardian, montre que négliger Hargeisa pourrait priver les Britanniques d’un point d’appui crucial dans la Corne de l’Afrique.

Là où il invoquait surtout son histoire avec le protectorat britannique jusqu’en 1960 puis une brève indépendance avant l’union avec l’ancienne Somalie italienne, puis rupture avec Mogadiscio en 1991, il met aujourd’hui en avant sa géographie. Sa façade maritime donne sur le golfe d’Aden, à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, devenu l’un des verrous les plus surveillés du commerce mondial depuis le blocage et blocus du Détroit d’Ormuz et la multiplication des attaques houthis contre la navigation marchande.

Le port de Berbera au centre du dossier

Pour l’Éthiopie, État enclavé de plus de 120 millions d’habitants, l’accès à la mer est une question existentielle. C’est pourquoi en janvier 2024, Addis-Abeba a signé avec Hargeisa un mémorandum d’entente prévoyant une concession côtière pour y établir une présence navale, assortie d’une perspective de reconnaissance diplomatique. Mogadiscio a aussitôt dénoncé une atteinte à sa souveraineté et la Turquie a tenté une médiation pour concilier l’accès maritime éthiopien et l’intégrité somalienne. Les discussions n’ont pour l’heure débouché sur aucun règlement.

Un autre seuil a été franchi fin 2025. Le 26 décembre, Benjamin Netanyahou et Gideon Saar ont signé une déclaration commune avec le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi, faisant d’Israël le premier État membre de l’ONU à reconnaître formellement la République du Somaliland. Présenté à Jérusalem comme s’inscrivant « dans l’esprit des accords d’Abraham », ce rapprochement prévoit l’ouverture prochaine d’ambassades. La Somalie a condamné une « attaque délibérée » contre sa souveraineté, tandis que l’Égypte, la Turquie, le Qatar, le Koweït et une vingtaine d’États africains et arabes dénonçaient une décision contraire au droit international, poussant le Conseil de sécurité à se saisir du dossier. La motivation israélienne est cependant purement stratégique, Tel-Aviv cherchant à surveiller les côtes du Yémen voisin et à sécuriser ses propres routes maritimes.

Globalement, cette logique de troc dessine une diplomatie transactionnelle, où la reconnaissance s’obtient par accumulation de partenariats bilatéraux plutôt que par consensus multilatéral. Le Royaume-Uni, longtemps prudent par fidélité à sa propre doctrine juridique, voit ainsi de nouveaux acteurs s’installer dans une région où il disposait pourtant d’un héritage historique majeur. Hargeisa l’a bien compris et ajuste sa diplomatie en conséquence.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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