RDC : la CENCO contre-attaque et dénonce une « diversion » face aux accusations de subversion


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Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO
Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO

La tension monte d’un cran entre la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et la majorité présidentielle en RDC. Accusée par l’Union sacrée de la Nation d’avoir posé un « acte de subversion » à travers sa récente déclaration sur la situation du pays, l’Église catholique congolaise a choisi de répondre avec fermeté. Son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, a rejeté ces accusations qu’il qualifie d’« acte de diversion » destiné à détourner l’attention des véritables urgences auxquelles fait face le pays.

Invité mardi soir d’un Space live animé par le Stanis Bujakera Tshiamala, Mgr Donatien Nshole n’a pas caché son indignation. Dès les premières minutes de son intervention, il a dit avoir ressenti un « sentiment de pitié » à la lecture du communiqué de l’Union sacrée. Pour lui, les responsables politiques devraient concentrer leurs efforts sur les drames qui frappent les populations plutôt que sur une polémique avec les évêques. « Nous sommes dans un contexte où le pays fait face à de graves défis sécuritaires, où des milliers de personnes souffrent et où l’épidémie d’Ebola continue de faire des victimes. Ce sont ces questions qui devraient mobiliser les énergies », a-t-il laissé entendre.

Une Église qui revendique sa constance

Au cœur du différend se trouve la récente déclaration des évêques catholiques sur la situation politique et sécuritaire du pays. L’Union sacrée avait dénoncé un texte porté, selon elle, par « quelques évêques » et susceptible d’alimenter l’instabilité. Une affirmation que Mgr Nshole juge trompeuse. Il rappelle que la déclaration a été adoptée à l’unanimité des prélats présents. Ce faisant, il rejette sans autre forme de procès l’idée d’une initiative isolée. « Tous les évêques qui étaient là étaient unanimes », a-t-il insisté. Il ne comprend pas la position des auteurs de la déclaration de l’Union sacrée qui invoquent aujourd’hui la notion de minorité d’autant plus qu’il s’agit de personnes familières aux règles de fonctionnement des institutions démocratiques.

Plus encore, le secrétaire général de la CENCO estime que les critiques actuelles révèlent une forme d’inconstance politique. Selon lui, plusieurs acteurs qui dénoncent aujourd’hui les prises de position de l’épiscopat applaudissaient autrefois les mêmes interventions lorsqu’elles visaient le régime précédent. « La CENCO est restée constante dans son rôle de veille citoyenne et morale », soutient-il.

Le débat sur la Constitution ravive les inquiétudes

Sur la question qui fâche, c’est-à-dire celle de la révision de la Constitution, Mgr Nshole a exprimé de vives préoccupations. Il s’interroge notamment sur la possibilité d’organiser un référendum national pendant que certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu échappent toujours au contrôle effectif de l’État en raison de l’occupation de territoires par l’AFC/M23. Dans son interrogation, sa position est formelle : une consultation populaire organisée sans la participation de ces populations risquerait de fragiliser davantage l’unité nationale. Donatien Nshole a même évoqué le risque d’une « consécration de la balkanisation », une formule forte qui traduit les inquiétudes d’une partie de la société congolaise face à l’enlisement du conflit dans l’est.

Dans une inversion de l’argumentaire développé par certains responsables de la majorité, le prélat a également estimé que les véritables interrogations devraient porter sur la gestion politique du conflit et les relations entre Kinshasa et Kigali, plutôt que sur les prises de parole des évêques.

Une voix qui refuse de se taire

Au-delà de la polémique, l’Église catholique entend maintenir sa présence dans le débat public. Mgr Nshole affirme avoir reçu de nombreux messages de soutien provenant de différentes provinces du pays. Un signe, selon lui, que les préoccupations exprimées par les évêques trouvent un écho auprès d’une partie importante de la population. « Personne ne peut décourager les pasteurs à prendre leur bâton pastoral pour faire leur travail », a-t-il martelé.

Cette nouvelle passe d’armes illustre les tensions croissantes entre les autorités politiques et l’Église catholique qui demeure l’une des institutions les plus influentes du pays. Dans un pays en proie à la guerre dans sa partie orientale, aux défis sanitaires, aux difficultés économiques et aux débats institutionnels, la question va désormais au-delà de la simple controverse entre la CENCO et l’Union sacrée. Elle renvoie à un enjeu plus profond : celui de la place des corps intermédiaires dans la vie démocratique et de leur capacité à interpeller le pouvoir lorsque l’intérêt national leur semble menacé.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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