
À l’issue d’une Assemblée plénière extraordinaire tenue à Kinshasa du 23 au 25 mars, la CENCO, regroupant les évèques catholiques, a reconnu ce jeudi la légalité du principe de révision constitutionnelle, tout en qualifiant de « hasardeux » l’ouverture d’un tel chantier dans le contexte sécuritaire et politique actuel de la RDC. Une prise de position qui intervient alors que le front anti-révision ne cesse de s’élargir face à la majorité présidentielle.
Le débat sur la révision de la Constitution continue de faire des vagues en RDC. Ce jeudi, la CENCO s’est prononcée sur la question, réaffirmant sa position inchangée tout en soulignant le caractère inopportun d’une telle initiative au regard de la situation que traverse le pays.
Un avertissement dans un contexte de crise multidimensionnelle
À l’issue de leur Assemblée plénière extraordinaire tenue du 23 au 25 mars 2026 à Kinshasa, les archevêques et évêques membres de la CENCO ont dressé un tableau préoccupant de la situation en RDC. Lors d’une conférence de presse organisée ce jeudi 26 mars 2026, le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, a évoqué une conjoncture marquée par :
- une dégradation des conditions socio-économiques ;
- une instabilité sécuritaire persistante, notamment dans l’est du pays ;
- une crise humanitaire prolongée ;
- une fragilisation du tissu social.
Dans ce contexte jugé particulièrement sensible, les évêques ont placé au cœur de leur message le « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », appelant à privilégier la cohésion nationale plutôt que l’ouverture de débats politiques potentiellement clivants.
Une position nuancée sur la révision de la Constitution
Sur la question de la révision constitutionnelle, la CENCO a adopté une position nuancée mais ferme. Selon Donatien Nshole, la possibilité juridique de modifier la Constitution ne fait aucun doute. « La position de la CENCO n’a pas changé. Le principe de la révision constitutionnelle est constitutionnel. La Constitution elle-même prévoit les modalités de révision et décrit les articles qui ne peuvent pas être révisés », a-t-il rappelé.
Cependant, l’épiscopat congolais insiste sur l’opportunité politique d’une telle démarche. Pour les évêques, ouvrir un débat sur la réforme constitutionnelle dans les circonstances actuelles serait « hasardeux », en raison notamment :
- du manque de consensus politique ;
- des tensions sécuritaires persistantes ;
- du climat social fragile.
« Dans le contexte sécuritaire actuel, ce serait hasardeux d’ouvrir ce chapitre de révision de la Constitution dans un contexte qui n’est pas consensuel », a insisté le secrétaire général de la CENCO.
Une réforme qui divise la classe politique
La question de la révision ou du changement de la Constitution de 2006 alimente depuis plusieurs mois un débat intense en RDC. Du côté de la majorité présidentielle, notamment au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti de Félix Tshisekedi, plusieurs responsables estiment que la Constitution actuelle est inadaptée aux réalités contemporaines du pays. Selon eux, une réforme permettrait notamment de renforcer l’efficacité de l’État, d’améliorer la gouvernance institutionnelle, d’adapter les institutions aux défis sécuritaires et économiques.
Mais en face, l’opposition politique et de nombreux mouvements citoyens dénoncent une initiative aux motivations politiques. Ils redoutent notamment que la réforme constitutionnelle serve à modifier les limitations des mandats présidentiels, ouvrant ainsi la voie à un maintien au pouvoir du Président actuel au-delà de 2028. Ces inquiétudes rappellent les tensions déjà observées dans plusieurs pays africains où les révisions constitutionnelles ont alimenté des crises politiques majeures.
La CENCO, acteur central de la médiation politique
Depuis plusieurs années, la CENCO s’impose comme un acteur influent dans la vie politique congolaise. L’épiscopat catholique a notamment joué un rôle déterminant dans les négociations politiques lors de la crise électorale de 2016-2018, les appels à la transparence électorale, les initiatives en faveur de la paix dans l’est du pays. Avec cette nouvelle prise de position, la CENCO réaffirme son rôle de force de médiation et de stabilisation dans un climat politique de plus en plus tendu. Les évêques insistent sur la nécessité de privilégier le dialogue inclusif, le consensus national, la stabilité institutionnelle.
Au-delà de la question constitutionnelle, la CENCO appelle les autorités congolaises à concentrer leurs efforts sur les priorités jugées urgentes :
- la sécurisation de l’est du pays ;
- la lutte contre la pauvreté ;
- la réponse à la crise humanitaire ;
- la restauration de la cohésion nationale.
Pour les prélats catholiques, engager un débat constitutionnel dans un tel contexte risquerait de détourner l’attention des véritables urgences nationales. En appelant à la prudence, la CENCO envoie un message clair : la réforme constitutionnelle ne doit pas devenir une source supplémentaire d’instabilité dans un pays déjà fragilisé.




