RDC : attaquée frontalement, la CENCO descend-elle de son piédestal ?


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Les membres de la CENCO
Les membres de la CENCO

Depuis sa prise de position contre une éventuelle révision de la Constitution, la Conférence épiscopale nationale du Congo fait face à une contestation organisée. À Kananga, des manifestants ont exigé le retrait de la signature de l’archevêque Ntambue. Lambert Mende et d’autres responsables politiques pro-révision ont emboîté le pas.

Kananga, symbole d’une fronde contre les évêques

Longtemps considérée comme l’une des institutions les plus respectées de la République démocratique du Congo, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) traverse une séquence politique délicate. Depuis sa prise de position contre une éventuelle révision de la Constitution, l’épiscopat catholique est devenu la cible d’attaques de plus en plus directes de la part des partisans de la réforme institutionnelle.

À Kananga, dans le Kasaï-Central, la contestation a pris une forme spectaculaire. Des dizaines de jeunes se réclamant de l’UDPS ont manifesté devant plusieurs paroisses catholiques pour dénoncer la déclaration des évêques affirmant ne voir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » de modifier la Constitution congolaise.

La mobilisation organisée devant la pro-cathédrale Saint-Clément et d’autres paroisses de la ville illustre la radicalisation du débat institutionnel. Les protestataires sont allés jusqu’à exiger le retrait de la signature de l’archevêque de Kananga, Monseigneur Félicien Ntambue, du document publié par la CENCO. Selon eux, la position des évêques ne reflète pas celle de l’ensemble des fidèles catholiques de la région.

Même si la manifestation s’est déroulée sans incident grâce à la présence des forces de l’ordre, son caractère inédit n’est pas passé inaperçu. Dans une province où l’Église conserve une forte influence sociale, voir des militants s’en prendre à l’épiscopat constitue un signal politique fort.

Lambert Mende et les pro-révision passent à l’offensive

La contestation observée à Kananga ne constitue pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une offensive plus large menée par plusieurs acteurs politiques favorables à une réforme constitutionnelle. Parmi eux, Lambert Mende Omalanga s’est illustré par des déclarations particulièrement offensives. L’ancien ministre de la Communication a accusé l’Église catholique d’avoir régulièrement freiné certains processus politiques du pays.

L’opposition de la CENCO à une éventuelle révision de la Constitution s’inscrit dans une longue tradition d’interventions publiques qui a souvent placé l’institution en confrontation avec les autorités ou les processus électoraux. Là où les critiques contre l’Église étaient autrefois formulées avec précaution, certains responsables n’hésitent désormais plus à remettre ouvertement en cause son rôle dans le débat public.

Une autorité morale de plus en plus contestée

Pendant plusieurs décennies, la CENCO a bénéficié d’un statut particulier dans la vie nationale congolaise. Son engagement en faveur de la démocratisation, son rôle lors des crises politiques et sa participation à l’observation électorale lui ont conféré une légitimité importante auprès de la population. Dans un contexte national marqué par la faiblesse de nombreuses institutions publiques, l’Église catholique s’est progressivement imposée comme l’une des rares voix capables d’interpeller les dirigeants et de mobiliser l’opinion.

Cette position est aujourd’hui disputée. Les partisans de la révision constitutionnelle estiment que les évêques dépassent leur mission spirituelle lorsqu’ils se prononcent sur l’organisation institutionnelle du pays. Pour eux, la décision de modifier ou non la Constitution relève exclusivement de la souveraineté populaire et des institutions républicaines.

Une génération militante moins disposée à s’incliner

Derrière les critiques adressées à la CENCO se dessine une évolution sociopolitique plus profonde. Une partie de la jeunesse militante semble de moins en moins disposée à reconnaître à l’Église une autorité morale suprême sur les questions institutionnelles. Les manifestations de Kananga l’illustrent car les contestataires ont mis en cause le droit même de la CENCO à peser dans ce débat. Que des poids lourds comme Lambert Mende se joignent à cette contestation indique toutefois que le phénomène dépasse la simple rupture générationnelle.

L’Église demeure solidement implantée dans toutes les provinces grâce à son vaste réseau d’écoles, d’hôpitaux et de paroisses. Elle conserve une capacité de mobilisation que peu d’organisations peuvent revendiquer. Mais le temps où sa parole sur les affaires politiques s’imposait sans réplique semble révolu.

Vers la fin d’une forme d’intouchabilité politique ?

Les événements récents révèlent une transformation du paysage politique congolais. Pour la première fois depuis longtemps, la CENCO se retrouve au centre d’une contestation organisée visant sa légitimité dans le débat national. La question n’est pas tant de savoir si l’Église catholique perdra son influence, mais plutôt comment elle entend composer avec un environnement politique où son autorité sera désormais systématiquement soumise à discussion.

À travers le débat sur la Constitution, c’est la place des institutions religieuses dans la démocratie congolaise qui se joue. Dans cette confrontation, la CENCO découvre qu’aucun statut, aussi solidement acquis soit-il, ne tient lieu de bouclier contre la critique.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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