
Le gouvernement de la République Démocratique du Congo a réagi aux révélations d’une enquête publiée le 30 juillet 2026 sur la présence potentielle d’uranium dans des cargaisons de cobalt exportées vers la Chine. Kinshasa met en avant des limites méthodologiques de l’étude scientifique citée dans l’enquête et annonce une série de vérifications, avec notamment l’appui sollicité de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Le gouvernement congolais a officiellement réagi, jeudi 6 août, aux informations faisant état d’exportations potentielles d’uranium depuis la RDC vers la Chine dans des cargaisons de cobalt. Dans un communiqué du ministère de la Communication, Kinshasa indique avoir pris acte des conclusions de l’étude publiée le 30 juillet dans la revue scientifique Nature Communications, tout en contestant certains éléments méthodologiques.
Kinshasa pointe les limites de l’étude
Cette étude a été réalisée dans le cadre d’un travail mené par Lighthouse Reports avec le Financial Times et Le Monde. Elle estime qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées entre 2000 et 2024 dans des cargaisons d’hydroxyde de cobalt à destination de la Chine. Dans son communiqué, le gouvernement congolais souligne que l’étude repose sur une modélisation et non sur des mesures directes réalisées sur les cargaisons de minerais exportées.
Le ministère indique également que l’analyse de la composition des produits miniers marchands destinés à l’exportation ne confirme pas les tendances présentées dans l’étude. L’enquête de Lighthouse Reports repose notamment sur des documents internes, des données commerciales, des témoignages du secteur minier et une étude scientifique. Les investigations ont également exploité un mémo interne de l’AIEA datant de 2009 et obtenu en 2024.
Une campagne de vérification annoncée, l’AIEA sollicitée
Ce document faisait état d’informations jugées crédibles concernant la présence d’uranium en quantités importantes dans des minerais de cobalt du Katanga. Face aux informations publiées, les autorités congolaises annoncent l’ouverture d’une campagne de vérification analytique contradictoire. Cette opération doit permettre de procéder à de nouvelles analyses afin d’examiner la composition des produits miniers concernés.
Kinshasa prévoit également la création d’un groupe de travail interministériel chargé d’évaluer les risques sanitaires et environnementaux liés à la présence éventuelle d’uranium dans les minerais exportés. Le gouvernement annonce la présentation d’un rapport dans un délai de 60 jours. Les autorités congolaises ont par ailleurs demandé l’appui technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Cette démarche doit contribuer aux vérifications annoncées par Kinshasa concernant les minerais exportés depuis le pays.
Tenke Fungurume au centre de l’enquête
Le dossier concerne notamment la région du Katanga, dans le sud-est de la RDC, où les gisements de cuivre et de cobalt sont associés à la présence naturelle d’uranium. L’uranium fait l’objet d’une interdiction officielle d’exportation depuis la République démocratique du Congo. L’enquête publiée par Lighthouse Reports accorde une place importante au complexe minier de Tenke Fungurume Mining (TFM), aujourd’hui détenu par le groupe chinois CMOC.
Des documents internes examinés par les journalistes font état de teneurs pouvant atteindre 1 100 parties par million d’uranium dans certains échantillons de cobalt et mentionnent des essais destinés à retirer cet élément. Les investigations ont également porté sur les importations d’acide phosphorique, utilisé pour séparer l’uranium du cobalt. Selon les éléments recueillis dans l’enquête, les volumes importés ne correspondent toutefois pas à un traitement généralisé des minerais concernés.
CMOC rejette les accusations
Le groupe chinois CMOC conteste les conclusions de l’enquête. L’entreprise affirme que son hydroxyde de cobalt respecte les normes applicables et qu’aucun incident n’a été constaté lors des exportations. CMOC assure également ne pratiquer aucune activité d’extraction ou de séparation de l’uranium, ni en RDC ni en Chine. Le groupe estime par ailleurs que les teneurs relevées restent conformes aux exigences de ses clients.
Les autorités congolaises ont donc engagé une procédure de vérification qui doit notamment permettre d’examiner les données scientifiques et les éventuels risques sanitaires et environnementaux. Le rapport gouvernemental annoncé dans 60 jours doit apporter de nouveaux éléments sur les résultats de ces analyses.




