
Trois milliardaires marocains figurent au classement Forbes 2026 : Othman Benjelloun, Aziz Akhannouch et Anas Sefrioui. Derrière eux, Alami Lazraq et Moulay Hafid Elalamy pèsent des centaines de millions de dollars, avec un patrimoine plus difficile à chiffrer. Le patrimoine de Mohammed VI, lui, échappe à toute mesure fiable et reste en dehors de ce décompte, même s’il est beauoup plus important.
Établir un classement des grandes fortunes marocaines suppose de composer avec des données lacunaires. Forbes suit trois milliardaires marocains et s’arrête là car le magazine ne publie aucun palmarès des multimillionnaires du pays. Au-delà du trio, les estimations reposent sur la valeur des participations cotées, sur des transactions rendues publiques ou sur d’anciennes évaluations jamais reprises depuis.
Pourquoi le patrimoine royal reste hors classement
Aucune estimation de la fortune de Mohammed VI ne fait autorité. Forbes classait le roi septième monarque le plus riche du monde en 2009, avec 2,5 milliards de dollars, puis retenait 5,7 milliards en 2015, dernier chiffre publié par le magazine avant l’abandon de son palmarès des têtes couronnées. Les évaluations disponibles depuis s’étalent de 2 à 8 milliards de dollars : le Daily Express retenait 2,1 milliards en 2025, Challenges plus de 5 milliards en janvier 2026, tandis que le site espagnol El Confidencial chiffrait le patrimoine de la famille royale à près de 7 milliards d’euros, dont 4,85 milliards pour le souverain.
L’amplitude tient à l’architecture du patrimoine. Siger, holding personnelle créée en 2002 et gérée par le secrétaire particulier du roi Mounir Majidi, détient une participation dans Al Mada, ex-SNI et ex-ONA, présent dans les mines, la banque, la distribution et l’agroalimentaire. Siger contrôle également Les Domaines Agricoles, quelque 12 000 hectares irrigués. Ces actifs sont logés dans des holdings non cotées, ce qui limite l’exercice à une valorisation de participations.
Les trois sœurs du roi n’ont jamais fait l’objet d’une évaluation patrimoniale publiée. Lalla Meryem préside l’Observatoire national des droits de l’enfant et les œuvres sociales des Forces armées royales, Lalla Asma la Fondation Lalla Asmaa pour enfants sourds, Lalla Hasna la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. Aucune participation industrielle ou financière n’est documentée publiquement à leur nom. Les dotations versées aux membres de la famille royale relèvent de la liste civile inscrite au budget de l’État, dont la ventilation par bénéficiaire n’est pas rendue publique.
La banque, socle de la fortune Benjelloun

Othman Benjelloun et sa famille occupent la première place du classement des fortunes privées, dans une fourchette de 1,7 à 1,9 milliard de dollars. La liste mondiale des milliardaires publiée par Forbes le 10 mars 2026 retient 1,7 milliard, au 2 386ᵉ rang mondial. Forbes Middle East, qui raisonne en patrimoine familial, monte à 1,9 milliard. À 93 ans, le banquier conserve un titre d’homme le plus riche du Maroc, hors royauté, qu’il détient depuis plus d’une décennie.
Sa fortune s’est construite autour de Bank of Africa, ex-BMCE Bank, présente dans une vingtaine de pays du continent. Le reste du périmètre passe par O Capital Group, qui contrôle l’assureur RMA, détient une participation dans Orange Maroc et conserve des positions dans l’immobilier et les services.
Akhannouch, un patrimoine rattrapé par la politique
Aziz Akhannouch et sa famille arrivent deuxièmes, avec 1,6 milliard de dollars. Le patrimoine repose sur Akwa Group, fondé par son père avec Ahmed Wakrim, qui opère dans la distribution de carburants, le gaz, la chimie et l’immobilier. Afriquia Gaz et Maghreb Oxygène sont cotées à Casablanca.
Nommé chef du gouvernement en septembre 2021, il occupe toujours le poste. Les manifestations de la Gen Z, à l’automne 2025, ont visé nommément sa double casquette d’homme d’affaires et de chef de l’exécutif. Le 11 janvier 2026, il annonçait qu’il ne dirigerait plus le Rassemblement national des indépendants et ne se présenterait pas aux législatives de septembre 2026. Mohamed Chaouki lui a succédé à la tête du parti le 7 février.
Sefrioui, au rythme du cours d’Addoha

Anas Sefrioui et sa famille ferment le trio milliardaire, avec 1,3 milliard de dollars et le 2 858ᵉ rang mondial. Le fondateur de Douja Promotion Groupe Addoha a bâti son groupe sur le logement accessible, avant de se diversifier dans le ciment et de s’étendre en Afrique de l’Ouest.
Son patrimoine suit mécaniquement le cours d’Addoha à la Bourse de Casablanca, ce qui produit des sorties et des retours de classement. Sefrioui avait quitté la liste Forbes en 2018. Il y est revenu en 2025 à 1,6 milliard de dollars, à égalité avec Othman Benjelloun, avant de perdre 300 millions en un an.
Deux fortunes que Forbes ne suit plus
La quatrième place revient à Alami Lazraq, fondateur en 1994 d’Alliances Développement Immobilier. Sa fortune tient pour l’essentiel à sa participation de 51,7 % dans le promoteur coté, soit 11,4 millions de titres. Cette seule participation a oscillé entre 600 et 750 millions de dollars au cours de 2025, pour retomber sous les 700 millions à la mi-décembre, dans un marché immobilier freiné par le coût du financement.
Alliances opère dans le logement, les résidences de luxe et l’hôtellerie, avec des projets en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le groupe a signé en novembre 2025 un partenariat de 3 milliards de dirhams avec la chaîne turque Rixos, pour trois complexes à Marrakech et Larache. Alami Lazraq ne figure plus dans la liste mondiale des milliardaires de Forbes.

Moulay Hafid Elalamy ferme ce top 5. Le fondateur de Saham a fait fortune dans l’assurance avant de céder Saham Finances au sud-africain Sanlam pour un peu plus d’un milliard de dollars en 2018, puis de redéployer ses capitaux. Saham a racheté les activités marocaines de Société Générale et l’assureur La Marocaine Vie pour 745 millions d’euros, opération finalisée en décembre 2024. La banque a été rebaptisée Saham Bank le 18 juin 2025, avec Elalamy à la présidence du conseil de surveillance.
Milliardaires ou ministres
L’ancien ministre de l’Industrie préside par ailleurs le conseil d’administration de Teleperformance depuis août 2024, où il était entré au capital à hauteur de 4 % après la cession de ses parts dans Majorel. Depuis mars 2026, Saham renforce cette position pour devenir le premier actionnaire du groupe français. Forbes n’évalue pas son patrimoine de manière suivie, ce qui rend son rang plus incertain que celui du trio de tête.
Deux dossiers décideront de l’allure de ce classement dans un an. Les législatives de septembre 2026 acteront le retrait politique d’Aziz Akhannouch sans rien changer à ses actifs. La montée de Saham au capital de Teleperformance, elle, peut faire changer d’échelle la fortune de Moulay Hafid Elalamy. Dans ce top 5 marocain, il n’est pas neutre de voir que politique et économie s’entremèlent, un milliardaire pouvant devenir ministre et un ministre milliardaire. Ce qui interroge en matière d’éthique.




