
La progression de milliers de jeunes vers Ceuta, le 30 juillet, a suscité des interrogations sur l’intervention des forces de sécurité marocaines. Présent sur la route entre M’diq et Tétouan, l’écrivain Tahar Ben Jelloun affirme avoir vu des agents laisser des groupes poursuivre leur déplacement vers la frontière espagnole. Il dit ne pas comprendre les raisons de cette situation.
La mobilisation vers Ceuta a pris une ampleur importante le 30 juillet, alors que plusieurs milliers de jeunes Marocains se dirigeaient vers la ville espagnole située au nord du Maroc. Tahar Ben Jelloun se trouvait dans la région de M’diq après la réception organisée à l’occasion de la Fête du Trône. Il affirme avoir observé des groupes de jeunes se déplacer dans l’obscurité en direction de Ceuta.
Des interrogations sur l’action des forces de sécurité
Dans un entretien accordé au quotidien espagnol El País, l’écrivain rapporte avoir aperçu des forces de l’ordre sur le parcours emprunté par les jeunes. Selon son témoignage, les agents les auraient laissés poursuivre leur route. Cette observation l’a conduit à s’interroger sur l’absence d’intervention plus précoce, notamment dans la région de Tétouan. Tahar Ben Jelloun affirme ne pas comprendre pourquoi les jeunes n’ont pas été empêchés de poursuivre leur déplacement dès leur passage à Tétouan.
Il met en avant la puissance de l’appareil sécuritaire marocain et affirme que les autorités disposent des moyens nécessaires pour contrôler les mouvements vers la frontière. L’écrivain estime que les jeunes auraient pu être arrêtés et renvoyés vers leurs lieux de résidence. Il évoque également une défaillance dans la gestion politique de la situation. Ces propos constituent son appréciation personnelle de l’événement et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir les raisons pour lesquelles les forces de sécurité ont agi de cette manière.
Aucune preuve d’une opération contre Madrid
Ben Jelloun indique lui-même ne pas connaître les motivations des autorités marocaines. Son témoignage ne permet donc pas d’établir que les forces de sécurité auraient volontairement facilité la progression des jeunes vers Ceuta. Il ne fournit pas non plus d’élément permettant de confirmer l’existence d’une consigne officielle allant dans ce sens. L’hypothèse d’une utilisation de la mobilisation comme moyen de pression sur l’Espagne a également été évoquée dans l’entretien.
Elle serait liée au contexte des relations entre Rabat, Madrid et Alger. Interrogé sur cette possibilité, Tahar Ben Jelloun se montre toutefois sceptique. L’écrivain déclare ne pas croire que les autorités marocaines aient organisé ou facilité le mouvement pour répondre au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie. Il ajoute que, si une telle stratégie avait été mise en œuvre, elle aurait constitué une erreur. Aucun élément présenté dans son témoignage ne permet donc d’établir une volonté officielle de Rabat d’utiliser cette mobilisation contre Madrid.
Le malaise d’une partie de la jeunesse
Les images de la progression des jeunes vers Ceuta ont néanmoins circulé largement après les événements. Elles montrent des groupes importants se dirigeant vers la frontière espagnole depuis le nord du Maroc. La mobilisation a également attiré l’attention sur les conditions dans lesquelles ces déplacements ont pu se produire. Dans son témoignage, Tahar Ben Jelloun établit également un lien entre cet épisode et l’attrait exercé par l’Europe sur certains jeunes Marocains.
Il affirme que certains d’entre eux auraient quitté leur emploi dans l’objectif de rejoindre le territoire espagnol. L’écrivain dit avoir ressenti de la tristesse et de l’indignation en regardant les images de cette mobilisation. Il fait notamment référence aux jeunes qui se dirigeaient vers une frontière où plusieurs personnes ont perdu la vie.
Meilleure police du Maghreb ?
La question soulevée par son témoignage porte principalement sur le rôle des forces de sécurité marocaines pendant cette mobilisation. Ben Jelloun s’interroge sur la possibilité qu’un mouvement rassemblant des milliers de jeunes ait pu progresser vers Ceuta alors que le Maroc dispose d’un important dispositif sécuritaire dans le nord du pays.
Tout porte à croire que la police marocaine a été « complice » de la mobilisation. D’autant que Tahar Ben Jelloun affirme avoir vu des forces de l’ordre laisser des groupes poursuivre leur. Même s’il dit ne pas connaître les raisons de cette attitude. Oui, la police marocaine est bien complice de cette invasion de Ceuta. Est-elle la meilleure police du Maghreb ? Rien n’est moins sûr.




