Tahar Ben Jelloun sous la lumière aveuglante de Tazmamart

Le bagne de Tazmamart revisité par Tahar Ben Jelloun. Neuf années après sa fermeture, l’auteur marocain prend la plume. D’aucuns lui reprochent d’avoir attendu trop longtemps.

La souffrance d’un homme enfermé pendant dix-huit ans dans des conditions inhumaines, tel est le matériau du dernier roman de Tahar Ben Jelloun,  » Cette aveuglante absence de lumière  » (aux Editions du Seuil). L’écrivain marocain à succès romance le témoignage d’un ancien détenu du bagne de Tazmamart, Aziz Binebine.

L’histoire est inqualifiable. En juillet 1971, une tentative d’assassinat contre le roi Hassan II échoue. Les organisateurs du coup de force sont éliminés, les exécutants jugés et emprisonnés. Deux ans après, ils sont transférés et disparaissent pendant dix-huit ans. Au début des années 80, des informations commencent à filtrer, les cinquante-huit prisonniers tentent d’échapper à la mort et à la folie dans des cellules obscures, sans lit et sans soins.

A Tazmamart, les souvenirs et la colère tuent

Les survivants sont finalement libérés, en octobre 1991, sous la pression de la communauté internationale. Répartis en deux unités, vingt-deux hommes, sur vingt-neuf, sortirent du bâtiment A. Seuls trois détenus du bâtiment B ont résisté aux scorpions, au froid, à l’immobilité, à la folie, au tombeau. Aziz Binebine est l’un d’entre eux.

Tahar Ben Jelloun crée histoire et personnages grâce au témoignage d’Aziz, en y mêlant des éléments de fiction. Il ne reproduit pas les paroles d’un autre mais s’approprie l’histoire et livre sa création. Pour conférer plus de force à son roman, il utilise le  » je  » du narrateur omniscient. Un  » je  » en mouvance, confronté aux images insupportables de son passé et à l’amertume de la haine. A Tazmamart, les souvenirs et la colère tuent.

 » Cette aveuglante absence de lumière  » fait déjà l’objet de polémique. Ahmed Marzouki, l’un des survivants, se demande pourquoi Tahar Ben Jelloun n’a pas parlé plus tôt, pour sauver les prisonniers. D’aucuns disent que la souffrance d’un homme ne peut être exploitée par un autre. L’écrivain se défend d’une telle intention, et partagera ses recettes du livre avec Aziz Binebine. D’ici là, les lecteurs jugeront la qualité de l’ouvrage. Ils sont les seuls capables de mettre un écrivain à l’ombre ou de l’aveugler par la lumière des projecteurs.

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