
Alors que la crise migratoire à Ceuta continue de susciter des tensions entre Rabat et Madrid, un haut responsable marocain affirme que les autorités espagnoles avaient été averties, plusieurs jours avant les arrivées massives, des conséquences d’une décision de justice espagnole sur les refoulements des migrants arrivés par voie maritime. L’Espagne dément avoir reçu une telle alerte.
La crise migratoire qui a frappé l’enclave espagnole de Ceuta continue d’alimenter les échanges entre les autorités marocaines et espagnoles. Quelques jours après les arrivées massives de migrants survenues à la fin du mois de juillet, un haut responsable du royaume marocain a assuré que Rabat avait informé Madrid du risque d’une forte pression migratoire avant le déclenchement des événements.
Une décision judiciaire au centre des discussions
S’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de plusieurs médias, ce responsable a indiqué que les autorités marocaines avaient attiré l’attention de leurs homologues espagnols autour des 22 et 23 juillet 2026. Selon lui, cette mise en garde concernait les conséquences possibles d’une récente décision rendue par le Tribunal suprême espagnol concernant les migrants interceptés après une arrivée par la mer.
Selon les déclarations du responsable marocain, Rabat estimait que cette décision risquait de modifier le comportement des candidats à la migration. Le Tribunal suprême espagnol avait jugé que la procédure de refoulement immédiat ne pouvait pas être appliquée aux personnes arrivées à Ceuta par voie maritime, cette mesure restant limitée aux franchissements des barrières terrestres. Le responsable marocain affirme que son pays avait averti les autorités espagnoles des effets que pourrait produire cette évolution juridique.
Une interprétation relayée sur les réseaux sociaux
« Nous avons dit que ce jugement allait nous créer un problème et il a créé un problème », a-t-il déclaré, évoquant les échanges intervenus avant les arrivées massives enregistrées à Ceuta. Depuis plusieurs jours, Madrid comme Rabat considèrent que la diffusion d’une interprétation erronée de cette décision de justice a contribué à amplifier les départs vers l’enclave espagnole.
De nombreux messages diffusés sur les réseaux sociaux présentaient cette évolution juridique comme la preuve que les personnes rejoignant Ceuta par la mer ne pourraient plus être renvoyées immédiatement. Cette lecture simplifiée de la décision judiciaire aurait circulé largement avant les événements des 30 et 31 juillet. Les autorités des deux pays la citent parmi les éléments ayant favorisé les déplacements de milliers de candidats vers les zones de départ situées sur la côte nord du Maroc.
Madrid conteste avoir été prévenue
Parallèlement aux déclarations du responsable marocain, plusieurs médias espagnols ont affirmé que les services de renseignement avaient eux aussi alerté le ministère espagnol de l’Intérieur sur le risque d’un afflux exceptionnel de migrants vers Ceuta. Les autorités espagnoles ont toutefois rejeté ces informations. Madrid affirme ne pas avoir reçu d’avertissement officiel annonçant une arrivée massive de migrants avant le déclenchement de la crise. Ce qui contredit les déclarations attribuées au responsable marocain.
Le responsable marocain a également répondu aux critiques formulées ces derniers jours concernant l’attitude des forces de sécurité marocaines au moment des traversées. Plusieurs observateurs et experts avaient évoqué une réaction insuffisante des autorités marocaines face aux départs enregistrés vers Ceuta. Selon ce responsable, il ne s’agit pas d’une défaillance du dispositif sécuritaire.
Gestion de la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta
Il explique que les forces de l’ordre se sont retrouvées confrontées à un nombre très important de personnes convergeant simultanément vers les zones de départ et qu’une intervention directe aurait été difficile à mettre en œuvre dans un tel contexte. Le même responsable rappelle enfin que la gestion des mouvements migratoires ne relève pas uniquement du Maroc.
Il estime que cette question concerne l’ensemble des pays impliqués par les flux migratoires et souligne que la coopération entre Rabat et Madrid demeure un élément central dans la gestion de la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta.




