Maroc : 4% de jeunes inscrits, Ceuta sous tension… le signal d’alarme


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Le roi du Maroc, Mohammed VI
Le roi du Maroc, Mohammed VI

À l’heure où le Maroc vote pour renouveler sa Chambre des représentants, deux images interrogent : celle d’un corps électoral où les 18-24 ans ne représentent que 4% des inscrits et celle d’une frontière de Ceuta placée sous surveillance après de nouveaux appels à l’exil. Entre désaffection électorale, difficultés sociales et tentation du départ, le pouvoir marocain est confronté à une question qu’aucun discours sur les grands projets ne peut évacuer : quelle place offre-t-il à sa jeunesse ?

Le 23 septembre 2026, les Marocains sont appelés aux urnes pour les élections législatives. Sur le papier, les chiffres témoignent d’une compétition politique dense : 28 formations se disputent 395 sièges et 7 288 candidatures ont été enregistrées, soit plus de 18 candidats par siège. Mais derrière cette profusion de candidatures se cache une autre statistique, autrement plus préoccupante : les jeunes de 18 à 24 ans ne représentent que 4% des inscrits sur les listes électorales.

Un signal politique d’envergure

Il faut être précis : ces 4% ne constituent pas un taux d’abstention. Ils représentent la proportion des inscrits âgés de 18 à 24 ans. L’inscription électorale n’étant pas automatique, ce chiffre ne permet certes pas d’affirmer que 96% des jeunes refusent de voter. Mais il constitue malgré tout un signal politique d’envergure. Les 60 ans et plus représentent, eux, 29% du corps électoral inscrit. Le contraste entre les générations est saisissant.

Pourquoi une jeunesse appelée à vivre plusieurs décennies avec les décisions prises aujourd’hui est-elle si faiblement présente dans les listes électorales ?C’est la question que les responsables politiques marocains devraient placer au centre du débat. Le problème ne se résume d’ailleurs pas à l’absence d’inscription. Une enquête récente de l’Associated Press relève chez de nombreux jeunes Marocains un scepticisme envers les institutions politiques et une frustration liée notamment à l’emploi, à l’éducation et aux services publics. Le chômage des 15-24 ans demeure particulièrement élevé.

De grands projets, mais quel avenir pour les jeunes ?

Le Maroc met en avant ses infrastructures, son industrie, ses investissements, ses grands équipements et la préparation de la Coupe du monde 2030. Ces transformations sont réelles et constituent des éléments importants de la trajectoire économique du pays. Mais une politique publique ne se mesure pas uniquement à ses infrastructures. Elle se mesure également à la capacité d’une génération à trouver un emploi, se loger, accéder aux soins, construire une famille et envisager son avenir dans son propre pays. C’est précisément sur ce terrain que le malaise devient politique.

Les partis peuvent multiplier les promesses et les affiches. Ils peuvent annoncer des emplois et présenter de nouveaux visages. Mais si une partie de la jeunesse considère que son avenir se trouve ailleurs, la question sort complètement du cadre de la campagne électorale. Le contexte autour de Ceuta apporte une illustration particulièrement forte de cette tension. À la veille du scrutin, les autorités marocaines ont renforcé leur dispositif sécuritaire dans le nord du pays après la circulation sur les réseaux sociaux d’appels à rejoindre collectivement l’enclave espagnole de Ceuta.

Ceuta, l’autre visage du désenchantement

D’autres informations font état de messages diffusés en ligne appelant à une tentative collective ce 23 septembre, jour de vote ! Même si l’ampleur réelle de cette mobilisation demeure incertaine et qu’aucun mouvement massif comparable à certaines précédentes tentatives n’est établi. Ce phénomène pose une question politique difficile : pourquoi des jeunes envisagent-ils de prendre des risques considérables pour rejoindre un territoire européen situé à quelques kilomètres seulement de chez eux ?

La réponse ne peut évidemment pas être réduite au seul scrutin. Les motivations migratoires étant multiples. Mais l’aspiration au départ, lorsqu’elle se combine avec la défiance envers les institutions et les difficultés d’insertion professionnelle, mérite d’être entendue comme un indicateur du rapport d’une partie de la jeunesse à son pays. Seulement, le Maroc a la particularité d’être une démocratie confrontée à une faible représentation des jeunes dans le corps électoral et à une défiance déjà documentée.

Une jeunesse loin du jeu politique actuel

Le royaume dispose d’un Parlement, de partis, d’un calendrier électoral et d’une compétition politique réelle. Mais la question essentielle ne consiste pas seulement à savoir combien de candidats obtiendront un siège. Elle est de savoir si les institutions réussiront à reconnecter la politique avec une génération qui semble, pour une partie d’entre elle, chercher son avenir ailleurs. Les 7 288 candidatures montrent que les prétendants au pouvoir sont nombreux.

Les 4% de jeunes inscrits rappellent que la représentation politique ne se résume pourtant pas au nombre de candidats. Et entre les urnes et la frontière de Ceuta, le signal est là. Il ne dit pas que toute la jeunesse marocaine veut partir. Il dit qu’une partie importante de cette génération ne trouve manifestement pas encore dans le jeu politique actuel une raison suffisante de s’y investir. C’est probablement l’un des défis les plus sérieux auxquels les responsables marocains devront répondre bien au-delà du scrutin de ce 23 septembre.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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