GenZ, Ceuta : le Maroc a un problème de priorités, et sa jeunesse en paie le prix


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Ceuta migrants marocains débarquant en Espagne
Ceuta migrants marocains débarquant en Espagne

Il y a des chiffres qui se passent de commentaire, et d’autres qui en appellent un urgent. Le taux de chômage des jeunes Marocains de 15 à 24 ans s’élevait à 21,9% en 2025, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail relayées par la Banque mondiale, plus du double du taux de chômage national, qui plafonnait à 9%. Un jeune sur cinq sans emploi, dans un pays qui produit chaque année une nouvelle génération d’actifs que le marché du travail est structurellement incapable d’absorber. Ce n’est pas un accident conjoncturel. C’est une politique, ou plutôt l’absence d’une politique à la hauteur du problème.

L’été 2025 a offert une illustration brutale de ce que signifie, concrètement, un service public à bout de souffle : huit femmes mortes en couches par césarienne à l’hôpital Hassan-II d’Agadir. Ce drame est devenu le symbole d’un mouvement, GenZ212, porté par une jeunesse qui ne réclamait rien d’extravagant : des hôpitaux qui ne tuent pas, des écoles qui forment, une administration qui ne se nourrit pas de la corruption qu’elle est censée combattre.

Un budget qui rattrape, mais qui ne répare pas

La réponse de l’État a été à la mesure de son inquiétude : selon Human Rights Watch, environ 2 100 arrestations, des poursuites engagées contre au moins 1 400 personnes, dont 330 enfants, et trois morts pendant la répression, d’après les données de l’Association marocaine des droits humains. On mesure l’écart entre l’ampleur d’une colère sociale légitime et la brutalité de la réponse apportée. Il serait malhonnête de prétendre que rien n’a bougé.

Le projet de budget 2026 prévoit environ 13 milliards d’euros pour la santé et l’éducation, près de 3,9 milliards pour la généralisation de la protection sociale, et des enveloppes ciblées pour l’emploi des jeunes et le logement. C’est un effort réel. Mais un effort budgétaire qui arrive après des morts évitables et des mois de répression n’est pas une politique publique proactive, c’est une réponse à la pression de la rue, ce qui n’est pas la même chose que gouverner par anticipation.

Une bataille perdue d’avance

Un État qui attend qu’on compte les cadavres pour augmenter le budget de la santé a déjà perdu la bataille de la crédibilité auprès de sa jeunesse. Et puis il y a Ceuta. Fin juillet 2026, plus de 72 000 personnes ont franchi la frontière vers l’enclave espagnole, un mouvement qui a fait au moins 96 morts selon Reuters. On ne migre pas en masse, au péril de sa vie, vers un territoire de quelques kilomètres carrés, quand on a confiance dans l’avenir que son pays lui promet.

La réponse marocaine à cette crise a été, comme pour les manifestations de 2025, principalement sécuritaire : renforcement des dispositifs frontaliers, arrestations, au moins 111 personnes interceptées le 14 août selon Reuters, plutôt qu’une remise en question de fond des raisons qui poussent des milliers de jeunes à préférer le risque de mourir en mer ou à une frontière plutôt que de rester. L’Union européenne, de son côté, mise 112 millions d’euros sur la résilience économique et sociale marocaine, avec l’idée, assez limpide, que réduire les causes de l’émigration vaut mieux que la contenir après coup.

La fortune du roi pour expliquer le chômage des jeunes ?

C’est une logique que Rabat ferait bien d’appliquer à elle-même, plutôt que de la sous-traiter à ses partenaires européens. Certes, en l’état il serait injuste de transformer la fortune privée de la famille royale en explication unique du chômage des jeunes ou des drames de Ceuta. Mais on peut, et on doit, constater ce qui est établi : une jeunesse marocaine confrontée à un chômage massif, une réponse à sa colère qui a d’abord été judiciaire et policière, et une crise migratoire qui n’est pas apparue par hasard mais par désespoir.

Le problème du Maroc n’est pas seulement un problème de moyens. C’est un problème de séquence : répondre après la crise plutôt qu’avant elle, et de méthode, quand la répression précède systématiquement la réforme.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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