
La Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA) lance la campagne « Octobre Rose » sous le thème « Agir pour la vie » au moment où de nouvelles données continentales viennent bouleverser l’approche de la maladie. Au Sénégal, le cancer du sein reste le premier tueur chez les femmes. Pourtant, l’inaction face aux cancers féminins constitue un frein massif à l’émergence économique du pays.
2 220 nouveaux cas de cancer du sein
Chaque année, le Sénégal recense environ 2 220 nouveaux cas de cancer du sein, pour plus de 1 300 décès prématurés. Révélés par le Dr Fatma Guenoune, présidente de la LISCA, lors d’une randonnée populaire ayant mobilisé 3 400 marcheurs à Dakar, ces chiffres masquent une vérité démographique douloureuse car cette pathologie frappe massivement des femmes actives.
Une étude de l’Institut WifOR, présentée lors de l’Africa Press Day 2026 à Nairobi, révèle que le cancer du sein a coûté plus de 10 milliards de dollars en pertes de productivité à sept économies africaines clés entre 2017 et 2023. Le Sénégal, confronté aux mêmes défis structurels, paie un lourd tribut à cette crise sanitaire.
Des patientes diagnostiquées à des stades avancés
La tragédie réside dans la temporalité du parcours de soin. En Afrique, près de 77% des patientes sont diagnostiquées à des stades avancés (phases 3 ou 4). Cela signifie que les chances de survie sont plus faibles et les coûts de prise en charge deviennent prohibitifs pour l’État comme pour les familles. La forme agressive HER2+, qui représente 20% des tumeurs mammaires sur le continent, nécessite des thérapies innovantes hors de portée pour la majorité des Sénégalaises.
Face à ce gouffre financier, la LISCA, soutenue par des partenaires comme DP World, la Fondation Sénégal Solidaire et Wave Sénégal, se substitue bien souvent aux carences du système public pour subventionner les traitements. Mais l’approche caritative a ses limites. L’édification d’une véritable souveraineté sanitaire exige que la santé soit pensée comme une infrastructure de production.
S’inspirer des modèles hybrides sur le continent
L’analyse financière de WifOR offre un argumentaire aux ministères des Finances car chaque dollar investi dans l’accès aux traitements innovants génère jusqu’à 12,40 dollars de retombées économiques. Un retour sur investissement qui s’explique par le maintien ou le retour rapide des femmes sur le marché du travail. Pour briser le cercle vicieux du dépistage tardif, le Sénégal compte donc s’inspirer des modèles hybrides qui donnent des résultats probants sur le continent.
En Côte d’Ivoire et au Kenya, les services intégrés (WICs) fusionnent les soins oncologiques féminins avec la médecine de premier recours. De son côté, l’initiative kényane EMPOWER a déjà pris en charge 235 000 femmes grâce à la numérisation et à des cliniques de proximité. Au Sénégal, la riposte s’organise pour ce mois d’octobre avec des examens quotidiens au siège de la LISCA et la mobilisation inédite du réseau national des pharmaciens.




