
Avec Maroc – Fin de règne, paru chez Nouveau Monde, Omar Brouksy ouvre un dossier rarement abordé publiquement au Maroc : l’après-Mohammed VI. Santé du souverain, montée en puissance du prince héritier, rôle incertain de Lalla Salma, poids des appareils sécuritaires et rivalités de palais : l’ancien journaliste de l’AFP publie une enquête consacrée aux incertitudes de la succession d’une monarchie qui refuse d’en parler, tout en semblant déjà s’y préparer.
Omar Brouksy s’est imposé comme l’une des voix critiques du pouvoir marocain. Après Mohammed VI derrière les masques, et La République de Sa Majesté et Maroc : les enquêtes interdites, le journaliste et universitaire marocain revient avec un nouvel ouvrage consacré aux mécanismes internes du pouvoir marocain Publié fin avril 2026, Maroc – Fin de règne s’inscrit dans la continuité de ses précédentes enquêtes. Mais il s’agit de poser frontalement la question que le Palais évite : que se passera-t-il après Mohammed VI ?
Pour Brouksy, le Maroc est entré dans une phase de fin de règne, sous la forme non pas d’un effondrement imminent, mais plutôt d’une transition silencieuse. Le roi est toujours là, les institutions tournent, les cérémonies se poursuivent. Mais plusieurs éléments intérrogent : absences répétées, séjours prolongés à l’étranger, raréfaction des apparitions publiques. Derrière ces observation se pose la question simple de l’exercice du pouvoir au quotidien.
La succession, angle mort du régime
Le prince héritier Moulay El Hassan occupe évidemment une place centrale. De plus en plus visible lors des cérémonies officielles, il s’installe progressivement dans le paysage sans qu’aucune transition ne soit officiellement formulée. Le pouvoir semble organiser progressivement sa visibilité, sans ouvrir de discussion publique sur la transition.
Dans le système marocain, la succession ne concerne pas seulement la famille royale. Elle engage l’équilibre d’un système entier. Brouksy insiste : l’après-Mohammed VI ne dépendra pas seulement du prince héritier, mais de ceux qui l’entoureront et chercheront à peser sur le futur règne.
L’hypothèse d’une abdication, régulièrement évoquée dans certains cercles, reste selon lui peu crédible. Elle ne correspond ni à la tradition marocaine, ni à la culture d’un pouvoir conçu pour durer jusqu’au bout. Pour Brouksy, l’enjeu principal consiste plutôt à observer et comprendre comment, déjà, les centres de pouvoir se repositionnent.
Lalla Salma et les cercles du pouvoir
Le livre revient aussi sur les personnalités et les réseaux qui pourraient peser dans cette transition. Lalla Salma est l’une des figures les plus sensibles du dossier. Longtemps omniprésente, puis brutalement effacée de la scène officielle, elle demeure un acteur potentiel en raison de son lien direct avec le prince héritier. Son rôle futur reste l’un des grands angles morts du Palais.
Mais la succession ne se résume pas aux équilibres familiaux. Brouksy décrit un système où s’entrecroisent services de sécurité, élites économiques, proches du roi et réseaux d’influence. Le Maroc qu’il dépeint n’est pas seulement une monarchie verticale : c’est un système de cercles concurrents, mêlant sécurité, affaires et proximité royale, rarement exposés au grand jour.
Dans cette perspective, la succession ne se jouera pas uniquement dans l’intimité du Palais. Elle dépendra aussi du positionnement de l’armée, des services, des grandes fortunes, mais aussi de la capacité du régime à contenir les tensions sociales. Car la stabilité revendiquée par le régime coexiste avec des tensions sociales persistantes : inégalités, chômage des jeunes, restrictions des libertés, centralisation extrême.
Une trajectoire journalistique sous pression
Avec Fin de règne, Brouksy prolonge un travail engagé de longue date. Ancien du Journal hebdomadaire et de l’AFP, il appartient à cette génération de journalistes qui ont tenté de faire vivre une presse indépendante dans un espace progressivement verrouillé. Ses précédents ouvrages avaient déjà suscité de vives réactions dans les cercles proches du pouvoir.
De la critique du récit d’un roi modernisateur à l’analyse des réseaux d’influence franco-marocains, jusqu’au contexte de l’affaire Pegasus, son travail s’est inscrit dans une tension constante avec les lignes rouges du régime.
Cette fois, le déplacement est subtil mais décisif avec l’anticipation de recomposition du système. Le livre paraît dans un moment paradoxal, où le Maroc cherche à renforcer sa position diplomatique tout en laissant planer des incertitudes internes sur l’avenir du pouvoir.
Un récit de stabilité fragilisé
Sans révélations spectaculaires, le livre accumule des questions que le débat public évite. Notamment qui exercera réellement le pouvoir autour du futur Hassan III et que deviendront les réseaux de Mohammed VI, sans parler de la guerre interne dans les services de sécurité. Enfin, la place de Lalla Salma,mère du futur souverain et personnalité moderne et appréciée de la société marocaine sera aussi déterminante.
BBrouksy décrit moins une crise ouverte qu’une transition progressive. C’est précisément ce décalage qui rend Maroc- Fin de règne aussi sensible. C’est pourquoi le livre met en doute l’image d’une monarchie parfaitement stable. Or, au Maroc, toucher à ce récit reste l’un des gestes journalistiques les plus exposés.
Les premières ripostes médiatiques venues de cercles proches de Rabat en témoignent déjà. Elles disent, à leur manière, ce que le livre met en lumière : parler de l’après-Mohammed VI, c’est toucher à l’un des sujets les plus sensibles du pouvoir marocain.

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