Petite-fille de Simon Kimbangu, Nolda Dimonekene Massamba réinvente la figure du diable dans la tradition kongo


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Nolda Dimonekene Massamba
Nolda Dimonekene Massamba

Dans Le Sourire du Diable, Nolda Dimonekene Massamba puise dans les traditions spirituelles kongo, les contes de la RDC et l’héritage kimbanguiste pour revisiter la figure du diable. Loin du démon chrétien, elle en fait une force intérieure, ambivalente, capable de conduire l’être humain vers sa propre transformation.

Dans les traditions orales kongo, la figure du « diable » renvoie davantage à une entité ambivalente qu’au démon chrétien. Quelle est votre source d’inspiration parmi les contes de la RDC ?

Nolda Dimonekene Massamba : Dans les traditions kongo, le « diable » n’est pas un ennemi extérieur : c’est une force intérieure, une énergie ambivalente qui peut autant détruire que révéler.

Mon inspiration vient des récits que j’ai entendus enfant : les histoires où les esprits du fleuve, les ancêtres et les forces invisibles testent l’humain pour mesurer sa vérité. Dans ces contes, l’ombre n’est jamais gratuite : elle est pédagogique, initiatrice, transformatrice.

Le « diable » de mon livre s’inscrit dans cette lignée : il n’est pas un démon importé, mais une figure kongo, un miroir qui oblige à regarder ce que l’on fuit.

Un héritage kimbanguiste au service de la rédemption

La théologie kimbanguiste est très présente en filigrane. Comment votre lien de descendance directe avec Simon Kimbangu a-t-il structuré votre vision du personnage diabolique et de sa possible rédemption ?

Nolda Dimonekene Massamba : Être descendante directe de Simon Kimbangu, c’est porter une mémoire spirituelle qui dépasse l’individu. Dans la théologie kimbanguiste, la lumière n’est jamais séparée de l’ombre : la rédemption est toujours possible, même pour ce qui semble irrécupérable.

Ce lien m’a appris que rien n’est définitivement perdu, qu’aucune âme n’est condamnée et que même l’obscurité peut redevenir lumière si elle accepte de se regarder.

Mon « diable » n’est donc pas un ennemi : c’est une conscience blessée, un être qui cherche sa place, un fragment du monde qui demande à être réintégré.

Avez-vous d’abord conçu ce récit en kikongo, en lingala ou dans une autre langue congolaise avant de l’écrire en français ?

Nolda Dimonekene Massamba : Oui. Avant d’être écrit en français, ce récit a été ressenti en kikongo. Les images, les rythmes, les intuitions, les voix… tout cela m’est venu dans la langue de mes ancêtres.

Le français est venu ensuite, comme un pont. Mais la structure profonde du livre, sa musicalité, son souffle sont nés dans les langues du Kongo.

Le diable comme force intérieure dans les traditions kongo

Dans le récit initiatique africain, la descente dans l’obscurité est une épreuve de transformation. Y a-t-il une part autobiographique dans la rencontre de Nolda avec ses propres ténèbres ?

Nolda Dimonekene Massamba : Oui. Ce livre n’est pas une autobiographie, mais il porte une vérité intime.

Comme beaucoup de femmes africaines, j’ai dû traverser mes propres ombres : les blessures familiales, les silences, les héritages lourds, les mémoires non dites.

La descente de Nolda n’est pas la mienne, mais elle porte mes questions, mes peurs, mes révoltes et, surtout, ma volonté de transformer la douleur en lumière.

Dans la tradition initiatique, on ne descend pas pour se perdre : on descend pour se retrouver.

Envisagez-vous une édition destinée directement au marché congolais ?

Nolda Dimonekene Massamba : Oui, absolument. C’est même une évidence.

Le Congo n’a pas besoin qu’on lui explique son propre univers cosmologique : il le reconnaît, il le respire, il le porte.

Une édition pensée pour le public congolais, avec une mise en page adaptée, une distribution locale, et peut-être même une version bilingue, fait partie de mes projets.

Ce livre est né du Kongo. Il doit retourner au Kongo.

Rédaction
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