
Pour son premier ouvrage publié, Le Sourire du Diable, Nolda Dimonekene Massamba puise dans les récits et l’imaginaire spirituel du peuple Kongo pour construire une fable initiatique où la lumière finit toujours par trouver son chemin. Autrice franco-congolaise installée à Tonnerre, dans l’Yonne, elle s’inspire des contes et légendes de la République démocratique du Congo pour proposer un récit imprégné de spiritualité, de transmission et de résilience.
Le livre reprend la figure du diable, mais s’éloigne rapidement de sa représentation classique. Dans ce récit, l’héroïne ne vient pas l’affronter comme une guerrière. Elle se présente à lui comme une messagère, guidée par la sagesse des ancêtres, venue rappeler que chaque être conserve en lui une part de lumière. Cette approche donne au texte sa dimension particulière car le mal n’y est pas seulement combattu. Il est interrogé, déplacé, presque ramené vers une possibilité de transformation.
Le dikenga, cosmogramme kongo au cœur du récit
Dans la tradition du peuple Kongo, le dikenga dia Kongo, cosmogramme circulaire parfois tracé à même le sol lors des rituels, représente le cycle complet de l’existence : naissance, maturité, mort, renaissance. Les quatre points cardinaux correspondent aux moments du soleil et aux états de l’âme. La frontière entre le monde des vivants et celui des ancêtres est symbolisée par l’eau, passage plus que rupture définitive. Dans cet univers, la nuit n’est pas seulement l’absence du jour : elle est aussi le lieu de la transformation.
Nolda Dimonekene Massamba s’inscrit dans cette lecture cyclique du monde lorsqu’elle place son héroïne non dans un face-à-face simpliste entre le bien et le mal, mais dans un espace intermédiaire où la lumière et les ténèbres se répondent. La dimension initiatique du récit rappelle les structures de nombreux contes d’Afrique centrale, où l’épreuve permet moins de vaincre un adversaire que de révéler une vérité cachée.
L’ombre portée de Simon Kimbangu
La filiation de l’autrice a son importance. Petite-fille directe du prophète Simon Kimbangu, Nolda Dimonekene Massamba inscrit son récit dans un héritage spirituel majeur de l’Afrique centrale. Simon Kimbangu, fondateur de l’Église de Jésus-Christ sur la Terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu, fut arrêté par l’administration coloniale belge en 1921, condamné à mort puis emprisonné à vie. Sa prédication, associée à la guérison, à la non-violence et à la foi, a profondément marqué plusieurs générations de fidèles.
Cet héritage affleure dans Le Sourire du Diable sans transformer le livre en manifeste religieux. Il nourrit plutôt une fable sur la force intérieure, la capacité de pardon et la transmission. À travers cette première publication, Nolda Dimonekene Massamba donne ainsi une forme littéraire à un imaginaire spirituel congolais encore trop peu présent dans l’édition française.




