Maroc : dix-huit jeunes de la GenZ 212 condamnés pour le blocage d’une autoroute à Casablanca


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GENZ 212 Les stades ou la Santé au Maroc
GENZ 212 Les stades ou la Santé au Maroc

Le tribunal de Casablanca a rendu son verdict le vendredi 12 juin. Dix-huit jeunes majeurs ont été condamnés à des peines allant de dix mois de prison ferme à un an avec sursis pour « entrave à la circulation ». Les faits remontent à la fin du mois de septembre 2025, lors des manifestations du collectif GenZ 212, qui réclamait des réformes de la santé, de l’éducation et une lutte accrue contre la corruption. Six mineurs poursuivis dans la même affaire comparaîtront quant à eux le 19 juin.

L’affaire repose sur les événements de la nuit du 28 septembre 2025. Ce soir-là, la police judiciaire de Casablanca interpelle une vingtaine de jeunes sur instructions du parquet. Le motif est le blocage de l’autoroute urbaine de la capitale économique orchestré par le mouvement GenZ 212. Selon l’accusation, les manifestants ont été arrêtés en flagrant délit alors qu’ils provoquaient l’arrêt total du trafic.

Ce collectif de la jeunesse urbaine, largement coordonné via les réseaux sociaux et la plateforme Discord, s’était déployé sur les voies pour scander des slogans sociaux, notamment en défense du système de santé. Si la défense a plaidé le caractère pacifique et les motivations sociales de la démarche, le procureur général du Roi a maintenu les poursuites sous le régime de l’arrestation.

L’article 591 du Code pénal

Le dossier s’est appuyé sur l’article 591 du Code pénal marocain, qui réprime l’entrave volontaire à la circulation sur la voie publique dès lors qu’elle est susceptible de provoquer des accidents ou de bloquer le passage. Ce texte prévoit théoriquement des peines de cinq à dix ans de réclusion. Face à cet arsenal, les sanctions prononcées apparaissent modérées, mais sur le principe, cela reste une première de condmaner des manifestants pour avoir bloqué une route !

Trois prévenus ont écopé d’un an de prison avec sursis. Pour les quinze autres, la peine prononcée correspond à la durée déjà passée en détention préventive, ce qui a permis leur libération immédiate. Le tribunal a ainsi réaffirmé l’illégalité du blocage d’infrastructures stratégiques, tout en tenant compte de l’absence de violences physiques ou de blessés.

Cette affaire s’inscrit dans un contentieux judiciaire plus large. Fin octobre, le parquet annonçait que 2 480 personnes étaient poursuivies à l’échelle nationale en lien avec les rassemblements de la GenZ 212, dont plus de 1 400 placées en détention provisoire pour « rébellion en réunion » ou « outrage envers les forces de l’ordre ». Les condamnations les plus lourdes ont été prononcées à Agadir, atteignant jusqu’à quinze ans de prison pour des dégradations de biens publics.

Un mouvement né d’une crise sanitaire

À l’origine de la colère se trouve le décès, en septembre 2025, de huit femmes au service de maternité de l’hôpital Hassan II d’Agadir, faute de soins appropriés. Ce drame a déclenché d’importantes manifestations du 27 septembre au 9 octobre, mobilisant des Marocains de toutes classes sociales. Le contraste entre les stades neufs construits pour la Coupe du monde 2030 et le délabrement des hôpitaux publics est devenu le symbole de la contestation.

Les manifestations ont reflué après la forte repression qui les a touché et aussi en raison du discours du roi Mohammed VI, le 10 octobre, appelant à accélérer les réformes, et l’annonce d’une enveloppe de 13 milliards d’euros en faveur de l’éducation et de la santé dans le budget 2026. Les procédures judiciaires suivent pourtant leur cours, et le sort des derniers détenus reste l’une des principales revendications des militants qui poursuivent les rassemblements, notamment place Maréchal à Casablanca.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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