Manifestation de la C64 à Kinshasa : bataille autour du bilan humain après une journée de tensions


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Manifestations en RDC
Manifestations en RDC

Au lendemain de la manifestation organisée par la Coalition 64 (C64) contre la proposition de loi sur le référendum, une vive controverse oppose les autorités provinciales de Kinshasa et l’opposition sur le bilan des affrontements qui ont émaillé la mobilisation. Alors que le gouvernement provincial affirme qu’aucun décès n’a été enregistré, les organisateurs dénoncent une répression ayant fait au moins deux morts. Entre accusations croisées et absence de bilan indépendant, la confusion demeure.

Les rues de Kinshasa ont retrouvé leur calme ce samedi, mais les interrogations restent nombreuses après les violences qui ont marqué la manifestation de la Coalition 64 (C64) la veille. Prévu initialement comme un sit-in devant le Palais du Peuple pour exiger le retrait de la proposition de loi sur le référendum, le rassemblement a rapidement dégénéré en affrontements entre manifestants et forces de l’ordre dans plusieurs secteurs de la capitale congolaise. Au cœur des débats figure désormais une question sensible : combien de victimes cette journée a-t-elle réellement fait ?

Deux versions irréconciliables

Dans un communiqué publié ce samedi, le gouvernement provincial de Kinshasa a fermement rejeté les informations faisant état de décès parmi les manifestants. Selon les autorités de la ville, le bilan provisoire fait état de vingt blessés légers, quinze policiers et cinq manifestants. Cinq véhicules auraient également été incendiés au cours des incidents. Le gouvernement provincial affirme que les organisateurs n’ont pas respecté les modalités convenues avec l’administration urbaine en tentant de maintenir leur rassemblement à proximité du Palais du Peuple, malgré l’interdiction notifiée par les autorités. À en croire l’exécutif provincial, les forces de sécurité ont agi dans le cadre de leur mission de maintien de l’ordre public et de protection des institutions.

La C64 présente, pour sa part, une lecture radicalement différente des événements. Ses responsables dénoncent ce qu’ils qualifient de répression disproportionnée contre des manifestants exerçant un droit garanti par la Constitution. Plusieurs leaders de l’opposition affirment que des pertes en vies humaines ont été enregistrées lors de la dispersion des manifestants. Il est également fait état de blessures parmi les organisateurs. Des personnalités comme Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund ou Ados Ndombasi sont cités parmi les blessés.

Une manifestation à forte charge politique

La mobilisation de vendredi s’inscrivait dans un contexte politique particulièrement tendu. La C64 regroupe plusieurs figures de l’opposition remontées contre la proposition de loi portant organisation du référendum, adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale et actuellement examinée par le Sénat congolais. Pour les opposants, ce texte constitue une étape vers une éventuelle révision constitutionnelle susceptible, selon eux, de remettre en cause les limitations actuelles des mandats présidentiels. Ils accusent le pouvoir de préparer ce qu’ils appellent un « coup d’État constitutionnel » destiné à permettre au Président Félix Tshisekedi de se maintenir au-delà de l’échéance prévue en 2028.

Le gouvernement et les promoteurs du texte rejettent pour leur part ces accusations. Ils affirment que la loi vise uniquement à encadrer juridiquement le recours au référendum sur des questions d’intérêt national. Deux positions difficilement conciliables dans un contexte politique marqué par une forte défiance entre pouvoir et opposition.

Le différend autour du Palais du Peuple

C’est dans cette atmosphère extrêmement tendue que la manifestation du vendredi a été lancée. Les autorités provinciales avaient refusé que le rassemblement se tienne devant le Palais du Peuple. Pour cela, elles avaient invoqué le caractère sensible et protégé du siège du Parlement.

Selon les informations, le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, avait proposé un autre lieu comme site alternatif pour la tenue de la manifestation. Mais cette option aurait été rejetée par les responsables de la C64, qui estimaient que le Palais du Peuple représentait le lieu le plus symbolique pour exprimer leur opposition à une initiative législative débattue précisément au sein du Parlement. Cette divergence a contribué à durcir les positions des deux camps et à créer les conditions d’un face-à-face tendu entre manifestants et forces de l’ordre.

L’attente d’une enquête indépendante

Dans son communiqué, le gouvernement provincial est allé plus loin en affirmant disposer d’informations selon lesquelles certaines manifestations seraient infiltrées par des individus recrutés pour provoquer les forces de sécurité. Les autorités évoquent la présence de personnes armées d’armes blanches et parfois sous l’effet de substances prohibées. Des accusations que l’opposition rejette catégoriquement, estimant qu’elles visent à discréditer un mouvement de contestation politique légitime. Cette guerre de communication complique davantage l’établissement d’une vérité consensuelle sur le déroulement exact des événements.

Face aux versions contradictoires, plusieurs observateurs de la société civile appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante et à la publication rapide de données vérifiables concernant les éventuelles victimes et les circonstances des affrontements. Au-delà de la controverse sur le bilan humain, ces affrontements illustrent la tension croissante qui accompagne le débat sur le référendum et les soupçons de révision constitutionnelle, un sujet qui polarise de plus en plus la vie politique congolaise.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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