
La FAO et le Programme alimentaire mondial alertent sur une nouvelle aggravation de l’insécurité alimentaire aiguë entre juin et novembre 2026. Sur les treize pays et territoires placés sous surveillance, sept se trouvent en Afrique. Le Soudan, le Soudan du Sud, le Nigeria et la Somalie figurent parmi les situations les plus critiques au monde.
La faim progresse là où les guerres s’enlisent, où les marchés se désorganisent et où l’aide humanitaire recule. Dans leur nouvelle édition du rapport Hunger Hotspots, publiée le 17 juin 2026, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) préviennent que l’insécurité alimentaire aiguë devrait encore s’aggraver dans treize pays et territoires entre juin et novembre 2026.
L’Afrique occupe une place centrale dans cette alerte. Sept des treize foyers identifiés se trouvent sur le continent avec le Soudan, le Soudan du Sud, le Nigeria, la Somalie, la République démocratique du Congo, le Mali et Madagascar. Le tableau mondial est complété par le Yémen, la Palestine, l’Afghanistan, Haïti, le Myanmar et le Liban.
Au total, environ 266 millions de personnes font déjà face à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë dans les pays examinés par le rapport. Pour les agences onusiennes, ces zones ne sont pas seulement des crises en cours. Elles sont des points de bascule, où la faim peut rapidement se transformer en catastrophe si l’accès humanitaire, les financements et les moyens de subsistance ne sont pas renforcés.

Soudan, Nigeria, Somalie : les alertes les plus graves en Afrique
Le Soudan reste l’épicentre africain de la crise alimentaire. La guerre y continue de détruire les récoltes, de déplacer les populations et de bloquer l’accès à l’aide. Selon la FAO et le PAM, un risque de famine a été identifié dans quatorze zones du Darfour du Nord, du Darfour du Sud et du Kordofan du Sud jusqu’en septembre 2026. Ce risque devrait persister dans treize d’entre elles jusqu’à la période des récoltes, début 2027.
Près de 19,5 millions de Soudanais, soit 41 % de la population, étaient déjà confrontés à une insécurité alimentaire aiguë élevée jusqu’en mai 2026. Parmi eux, 5 millions se trouvaient en phase d’urgence. Le nombre de personnes en situation de catastrophe pourrait atteindre 200 000 entre juin et septembre, contre 135 000 lors de la période précédente.
Des régions en situation de catastrophe
Au Soudan du Sud, la crise est tout aussi profonde. Quelque 7,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, devraient connaître une situation de crise alimentaire ou pire entre avril et juillet 2026. Près de 73 000 personnes pourraient être confrontées au niveau le plus extrême, celui de la catastrophe, tandis que quatre comtés sont exposés à un risque de famine.
Le Nigeria rejoint désormais les pays de « plus haute préoccupation ». Le basculement concerne surtout le nord-est, et en particulier l’État de Borno, marqué depuis des années par l’insurrection djihadiste et les déplacements de population. Environ 34,8 millions de Nigérians pourraient se trouver en insécurité alimentaire aiguë entre juin et août 2026. Parmi eux, 1,8 million seraient en phase d’urgence et 15 000 en situation de catastrophe dans le Borno.
La Somalie, elle aussi, franchit un seuil d’alerte. Environ six millions de personnes y étaient menacées entre avril et juin 2026, dont près de 1,9 million en phase d’urgence. Le rapport identifie désormais un risque de famine dans le district de Burhakaba, dans la région de Bay. Cette dégradation est liée à l’accumulation des sécheresses, à une production agricole très faible, au conflit et aux répercussions économiques de la crise au Moyen-Orient.
RDC, Mali, Madagascar : des crises moins visibles mais persistantes
D’autres foyers africains restent sous surveillance étroite. En République démocratique du Congo, l’insécurité alimentaire demeure sévère dans les provinces de l’est, où les conflits armés provoquent des déplacements massifs. La résurgence d’Ebola ajoute une menace supplémentaire : elle peut freiner les déplacements, perturber les marchés et compliquer les opérations humanitaires.
Le Mali reste également identifié comme un point névralgique. Les violences armées, les tensions économiques et la variabilité climatique continuent d’y fragiliser les populations rurales et les déplacés. Madagascar, de son côté, fait son entrée dans la liste des foyers de crise en raison de conditions météorologiques défavorables et irrégulières, qui pèsent sur les récoltes et les moyens de subsistance.
Cette géographie de la faim rappelle que les crises alimentaires naissent souvent de la combinaison de plusieurs chocs : guerre, inflation, sécheresse, inondations, déplacements forcés, effondrement des revenus et blocage de l’aide.
La guerre et le recul de l’aide aggravent la faim
La FAO et le PAM insistent sur le fait que les conflits et les violences restent le principal moteur de la faim dans douze des treize foyers identifiés. À cette pression s’ajoutent les chocs économiques, les risques climatiques liés à un épisode El Niño annoncé, ainsi que des pluies irrégulières, des sécheresses et des inondations dans des pays déjà vulnérables.
Mais l’autre signal d’alarme concerne les financements. Les fonds consacrés à l’assistance alimentaire, à l’appui agricole d’urgence et à la nutrition dans les crises alimentaires ont chuté d’environ 59 % entre 2022 et 2025. Ils déclinent alors même que les besoins augmentent.
« Nous savons déjà où surviendront les prochaines urgences alimentaires », a averti Beth Bechdol, directrice générale adjointe de la FAO, en plaidant pour des investissements précoces dans l’agriculture d’urgence et la résilience. De son côté, Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM, estime que « les alertes de ce rapport ne peuvent être ignorées ».
Le message des deux agences est qu’agir tôt coûte moins cher et sauve davantage de vies. Soutenir les agriculteurs avant les semis, préserver les troupeaux, maintenir les marchés ouverts, sécuriser les routes humanitaires et financer la nutrition d’urgence peuvent empêcher des millions de personnes de basculer vers les formes les plus extrêmes de la faim.
À l’inverse, l’inaction risque de transformer des crises prévisibles en catastrophes. Pour l’Afrique, où se concentrent plusieurs des foyers les plus graves, l’enjeu dépasse l’urgence humanitaire : il touche à la stabilité des États, à la sécurité des populations et à la capacité des communautés à continuer de produire, se déplacer et vivre dignement.



