
À Mongbwalu, dans le territoire de Djugu (province de l’Ituri), en RDC, ce lundi matin, des pneus ont été brûlés et des banderoles arborant des messages brandies. Mais ce n’était pas des militants politiques qui manifestaient, mais des hommes et femmes agents de santé qui, depuis plusieurs semaines, affrontent quotidiennement Ebola au péril de leur vie. Et ceci, sans percevoir leur salaire.
Ce lundi matin, infirmiers, techniciens de laboratoire, agents d’entretien, équipes de surveillance épidémiologique et autres personnels engagés dans la riposte contre Ebola ont bloqué l’entrée principale de l’Hôpital général de référence de Mongbwalu pour réclamer le paiement de leurs salaires des mois de mai, juin et juillet. Sur leurs calicots, le message était sans équivoque : les autorités disposent de vingt-quatre heures pour régulariser la situation, faute de quoi une grève générale sera déclenchée.
La manifestation a rapidement gagné en intensité. Des pneus ont été incendiés, ce qui a perturbé les activités de l’hôpital ainsi que celles du centre commercial voisin. Pour disperser les protestataires, la Police nationale congolaise a fait usage de gaz lacrymogènes et procédé à des tirs de sommation.
Des héros de la riposte à bout de souffle
Depuis le début de la 17ᵉ épidémie Ebola en RDC, Mongbwalu occupe une place singulière. C’est dans cette localité qu’avait été enregistré le premier cas de cette nouvelle flambée, provoquée par le virus Ebola de souche Bundibugyo, un variant déjà responsable de plusieurs épidémies en Afrique de l’Est. La riposte mobilise quotidiennement des centaines d’agents chargés de détecter les cas suspects, d’assurer le suivi des contacts, de sensibiliser les communautés, de désinfecter les lieux contaminés et de prendre en charge les malades dans des conditions particulièrement exigeantes.
Ces missions impliquent une exposition permanente au risque de contamination. Les personnels travaillent souvent dans des zones où l’accès reste difficile en raison de l’insécurité persistante qui sévit dans plusieurs territoires de l’Ituri. À cette pression sanitaire s’ajoutent parfois la méfiance de certaines communautés, les contraintes logistiques et les longues journées passées en équipements de protection individuelle. Dans ces conditions, l’absence de rémunération pendant trois mois apparaît comme une épreuve supplémentaire difficilement supportable. Et difficilement admissible.
Une menace pour l’efficacité de la lutte contre Ebola
Le risque dépasse désormais le seul cadre social. Si les agents mettent leur menace de grève à exécution, plusieurs maillons essentiels de la riposte pourraient être affectés. La surveillance communautaire, indispensable pour identifier rapidement les nouveaux cas, pourrait ralentir. Les équipes chargées de rechercher les personnes ayant été en contact avec des malades risqueraient de suspendre leurs activités. Les campagnes de sensibilisation, qui permettent d’obtenir l’adhésion des populations aux mesures sanitaires, pourraient également être interrompues.
Or, dans la lutte contre Ebola, chaque journée perdue peut favoriser l’apparition de nouvelles chaînes de transmission. Les spécialistes rappellent régulièrement que la rapidité de détection et l’isolement précoce des cas constituent les principales armes pour contenir une épidémie. L’expérience épidémique récente de la RDC montre d’ailleurs que les flambées d’Ebola ne sont maîtrisées qu’au prix d’une mobilisation constante des équipes de terrain, appuyées par les autorités sanitaires, les partenaires internationaux et les communautés locales.
La question qu’on se pose logiquement face à cette situation est de savoir comment on peut traiter de la sorte des professionnels qui s’exposent au risque pour sauver leurs compatriotes. N’est-ce pas une façon de créer une nouvelle crise dans la crise multiforme qui secoue déjà le pays ? En tout cas, le député provincial Jean-Pierre Bikilisende a lancé un appel qui devrait résonner dans les oreilles des autorités du pays : « Je demande à la coordination de la riposte d’être en communication avec les agents commis à la riposte, parce que ces gens font un grand travail pour la communauté. S’il y a du retard par rapport à leurs droits, ils doivent en être informés ».





